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BEAUX MOTS DITS

Le 1er juin, fantaisie de mots, de bonds, et place aux artistes !

Jacques R. Roy, j.c.q.

Il y a de cela moult saisons. Il façonna un temps, il conçut un espace, il rêva une scène. Cet ex-bâtonnier de
Montréal imagina des dizaines et des dizaines d'avocats et avocates sur cette scène avec quelques juges clairsemés. Me Gabriel Lapointe contempla sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier à la Place des Arts des membres du Barreau de Montréal devenir artistes-féeriques le temps d'un soir.

Ce rêve fou va devenir, par la magie d'un entêtement tenace, une fantastique réalité le soir du premier juin prochain quand des membres du Barreau vont mettre sur scène leur goût des mots, leur joie des notes et des sons, leur prédilection pour les bonds et les tours. Le temps d'un soir, des avocats, des avocates vont vivre leur rêve d'être des artistes et passer ce temps d'un soir à vivre leur passe-temps sur les tréteaux de la Place des Arts.

Ce n'est point le boulingrin, le favori

Ni le golf ni même le boulingrin ne forge le matériau du passe-temps privilégié de la majorité des avocats et avocates et des juges clairsemés. Certaines fréquentent des clubs de lecture, d'autres se font ligueurs et s'activent dans des ligues de garage en donnant du temps qui, au hockey qui, à la balle douce ou dure. Certains vont à la chasse à l'oie de toutes les couleurs ou au papillon blond, d'autres se plongent avec délice dans la plongée sous-marine dans un étang du voisinage. D'aucuns se lancent depuis un avion des environs vers le sol en parachute, d'aucunes vers les sommets à la conquête de cimes et de cols au faîte de monts déneigés. Quelques-uns collectionnent des bouteilles à la mer pour y lire des mots inédits à l'intérieur, d'autres des toiles d'araignée ou les divers souliers de satin de Cendrillon. Certains font dans l'instrumentation et se consacrent et se dédient à la crécelle, au clavecin, à la cornemuse, à la clarinette, voire au clairon, ou à la caisse, à la contrebasse ou aux castagnettes. D'autres ont pour compagnon le violon.


Certains violons d'Ingres

On se rappelle que le peintre français Dominique Ingres, qui peignit la chapelle Sixtine, avait un violon comme loisir pour passer le temps qui, à certains moments, faisait sentir son poids par sa langueur. Le premier ministre du Québec-procureur-général-bâtonnier, Maurice Duplessis, n'aimait point les joueurs de piano ou de violon. Il n'en consacrait pas moins ses loisirs à collectionner des tableaux et rêvait d'en posséder un peint par Ingres, l'homme au violon. Un autre premier ministre, canadien, celui-là Mackenzie King, se divertissait à faire tourner des tables dans l'espoir qu'elles lui diraient des beaux mots de sa mère depuis longtemps envolée. Le physicien allemand-suisse-américain Albert Einstein passait du beau temps à jouer du violon, le médecin-musicien Albert Schweitzer de l'orgue et le politicien-mineur Nikita Khrouchtchev du soulier à l'ONU.

Vont faire leur numéro d'artistes

Depuis la naissance du Barreau de Montréal, il y a cent cinquante ans, dans un berceau voisin de celui de la Cour d'appel et celui de la Cour supérieure, des flots de mots ont vogué dans de multiples pièces de procédure judiciaire contestées ou non, dans de nombreux jugements arrêtés ou pas. Des torrents de paroles ont depuis coulé sur les diverses scènes des salles d'audience, et dans les couloirs des pas perdus des palais de justice de Montréal.
Pour marquer ce temps qui s'en est allé et pour célébrer ces mots qui se sont envolés sur les ailes de l'espace, des
avocats, des avocates et quelques juges clairsemés deviennent , ce soir du premier jour de juin, diseurs, choristes, comédiens, musiciens, équilibristes, magiciennes, humoristes dans un monde de fantaisie et de rêve. On y parlera en mots d'ici et en mots d'ailleurs car le monde juridique de Montréal foisonne de plusieurs parfums et résonne de plusieurs tonalités. On y jouera du jazz et du blues, on se retrouvera en Irlande et à Memphis et en Picardie et au Naziland, on entendra des voix frapper et n'avoir que l'amour en partage.

Des membres du Barreau vont se liguer avec quelques juges clairsemés de la Cour du Québec et de la Cour supérieure pour faire chanter et danser d'aise notes majeures et fugues mineures. Des avocates ailées vont s'envoler sur des fils aériens et s'amuser à voler du temps avant qu'il ne soit passé. D'autres, par des gestes et des passes de la prestidigitation, vont créer un espace de douces illusions le temps de moments de fantaisie.

Avec des mots, des sons, des bonds, des silences et de l'espace, des avocates et avocates veulent se dire en plusieurs langues, ce soir de juin que comme plusieurs autres avocats et avocates dans
la salle Wilfrid-Pelletier
qu' « Y'AURAIENT VOULU ÊTRE DES ARTISTES. »

 

 
 

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