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Droit familial

Compétence parentale et modalités de garde

Lucie Desjardins, avocate

Le droit et la psychologie se réunissent souvent pour favoriser la compréhension des enjeux psychologiques des pratiques juridiques sur les enfants. C'est ce que la psychologue Rachel Mercier a démontré dans un cours sur la compétence parentale et les modalités de garde offert par le Service de la formation permanente du Barreau.

Mais qu'est-ce que la compétence parentale et comment l'évalue-t-on ? Voilà les questions auxquelles la psychologue a tenté de répondre.

Définitions

Selon elle, la compétence parentale se joue tous les jours dans les familles intactes ou divorcées. Mais ce n'est que lorsque les parents cessent de faire vie commune que sont soulevées des interrogations quant à cette notion. Et la littérature spécialisée en donne plusieurs définitions. Pour certains, c'est la capacité de répondre aux besoins et aux attentes de leurs enfants. Pour d'autres, c'est la capacité à reconnaître les compétences du bébé et à les transformer en performances. Le Conseil de la famille parle quant à lui de « la qualité des attitudes posées dans les gestes éducatifs à l'égard du développement de l'enfant. »

Madame Mercier pour sa part trouve intéressante la définition proposée par le pédiatre et psychanaliste Donald Winnicott qui parle de la « mère suffisamment bonne », un concept que l'on peut généraliser aux « parents suffisamment bons » et qu'il définit comme « un cadre structuré qui contient l'enfant mais qui lui permet en même temps de développer son individualité. »

Évaluation en matière de garde

Des critères généraux ont été dégagés pour évaluer la compétence parentale lorsque vient le temps de décider des modalités de garde d'enfant. D'abord, il existe des conditions préalables à l'acquisition de la compétence parentale. Et l'acquisition de cette compétence trouve sa source dans l'individu même, et malheureusement certains parents n'ont pas ce qu'il faut. Entre autres conditions, la maturité psychologique des parents est nécessaire pour assurer de façon constante les besoins d'un autre individu et être apte à distinguer ses besoins de ceux de son enfant. Cependant, cette maturité psychologique est largement sollicitée au moment du divorce. S'ajoute à cela, le fonctionnement cognitif adulte, soit les connaissances et les capacités suffisantes afin de répondre aux besoins de l'enfant. La santé mentale s'avère aussi une condition déterminante. De plus, le niveau d'estime de soi que le parent possède est aussi important et fait en sorte que le parent ne dépende pas de son enfant pour obtenir des gratifications. Malheureusement, constate Rachel Mercier, plusieurs enfants assument le rôle de gratifier le parent et cela constitue une charge trop considérable pour eux.

En outre, la compétence parentale est étroitement liée aux besoins physiques, d'apprentissage et socio-affectifs de l'enfant. Tous ces besoins sont susceptibles d'être comblés si l'enfant se retrouve à l'intérieur d'une famille fonctionnelle, qui elle n'est pas nécessairement composée d'un père, d'une mère et d'enfants mais présente plutôt diverses facettes telles une bonne communication, l'expression de sentiments variés, l'accomplissement des rôles, l'acquisition et le contrôle des comportements et la capacité de résoudre les conflits. Dès qu'il y a une relation fonctionnelle, qui se veut durable, entre un adulte agissant comme parent et un enfant, il y a famille.

Dans l'évaluation de la compétence parentale, madame Mercier indique que les caractéristiques de l'enfant et sa capacité d'adaptation sont aussi examinées, comme le type de relation et l'attachement entre l'enfant et ses parents. À ce volet, un certain nombre de facteurs déterminent la qualité du lien parent-enfant qui s'exprime par le lien d'affection d'un individu à un autre où il existe deux « je », l'aptitude à être distinct et séparé de son enfant. Et cet attachement dépend moins du temps passé ensemble mais bien de la qualité de l'investissement, comme la capacité de percevoir les besoins de son enfant et d'y répondre efficacement ou l'aptitude à transmettre les valeurs culturelles et à assurer la continuité de la relation.

En matière de garde, plusieurs autres critères sont aussi examinés, tels la santé mentale et physique des parents, le maintien des enfants dans le même milieu familial, le maintien des jeunes enfants avec le parent qui a pris davantage soin d'eux, la consommation abusive d'alcool ou de drogues, la violence envers les enfants ou le conjoint, la stabilité de la famille recomposée, le cas échéant, l'assistance possible de la famille élargie, la qualité des liens de l'enfant avec son école et sa communauté, le sexe de l'enfant et celui des parents et le syndrome d'aliénation parentale.

Typologie de parentage

Différents types de parentage existent; ils ne s'équivalent pas tous et évoluent selon les époques. Les parents d'aujourd'hui élèvent leurs enfants de façon différente d'il y a 20 ans. « Ce qu'était une mère compétente en 1930, n'est pas la même chose en 1990. Aujourd'hui, il y a peut-être beaucoup plus de liberté de penser et d'agir à l'intérieur du rôle de parent mais il y a moins de modèles pour être parent », de souligner la psychologue.

Il y a le parentage dit « désengagé », soit celui du parent qui exerce un faible contrôle sur l'enfant tout en étant peu sensible aux besoins de l'enfant; et il se caractérise par le peu de soins apporté à l'enfant et à la préoccupation du parent surtout axée sur ses besoins, sur sa difficulté de vivre ou sur sa profession. Selon madame Mercier, ce style de comportement s'apparente à de la négligence; il est nocif pour l'enfant car il ne lui permet pas de développer son estime de soi et crée un très grand sentiment d'abandon et de vide. Il ne satisfait donc pas le critère du parent suffisamment bon.

Il y a le parent « autocratique », reconnaissable lui par le grand contrôle qu'il exerce, sans pour autant qu'il exprime de la sensibilité à l'égard de l'individualité de l'enfant. Ce parent s'avère rigide et est peu favorable au développement de l'estime de soi chez l'enfant, qui risque d'être inhibé, méfiant, timide et peu créatif, croit Rachel Mercier. Le parent « permissif » quant à lui est sensible à son enfant, mais exerce peu de contrôle; il fait preuve d'une grande tolérance. Or, pour être bon parent, dit la psychologue, il faut pouvoir porter l'odieux, dire « non », exprimer la limite, sinon l'enfant peut se sentir abandonné. Il y a enfin le style « démocratique », considéré comme le style de parentage presque parfait. Il se caractérise par une sensibilité élevée du parent à l'égard de l'enfant et ce, dans l'exercice d'une supervision active. Les besoins de l'enfant sont pris en compte et cela favorise une bonne estime de lui-même, un sentiment de puissance et d'autonomie.

Ce qu'il importe de retenir c'est qu'il n'y a pas de style pur et, lorsque survient un divorce, il faut considérer les combinaisons des styles qui émergent et favoriser le modèle qui préserve le meilleur intérêt de l'enfant. Le défi pour l'avocat et les parents est de comprendre la motivation qui amène les parents à choisir un modèle de garde en particulier, car il n'est pas toujours dans l'intérêt de l'enfant. Aucune option n'est plus valable qu'une autre. Ce qui est souhaitable, de dire Rachel Mercier, c'est « la co-parentalité - qui ne veut pas dire nécessairement la garde partagée - qui devrait passer au-dessus des modèles de garde. Cela implique la reconnaissance des compétences de chacun des deux parents. » *

 

 
 

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