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Le Conseil de presse accueille une plainte de la Chambre des notaires contre TVA

De l'intimidation plutôt que de l'information

Lise I. Beaudoin, avocate

En mars dernier, le Conseil de presse donnait raison à la Chambre des notaires1 et dénonçait le comportement de deux équipes des émissions J.E. et J.E. en direct après que celles-ci eurent envahi sans préavis deux études notariales pour s'enquérir du cas de clients insatisfaits.

Le Conseil de presse a en effet adressé un blâme au Groupe TVA dans ce dossier et a incité J.E. à réviser ses méthodes de travail qui, selon lui, s'apparentaient dans les circonstances à du journalisme d'embuscade. Il invitait aussi les journalistes impliqués à respecter davantage le droit des personnes visées et à ne pas banaliser ce type de pratique journalistique, qui devrait rester exceptionnel.

Faits et arguments

La plainte de la Chambre des notaires portait sur deux incidents impliquant des journalistes et cameramen des émissions J.E. et J.E. en direct du Groupe TVA. Dans les deux cas, les journalistes Alain Laforest et Anne-Marie Rainville ont utilisé un procédé similaire, en s'amenant sans préavis aux bureaux des notaires Paule Mackay et Sylvie Lafond et en insistant pour leur parler au sujet d'une plainte d'un client insatisfait. Dans un cas, cette intrusion s'est faite au milieu d'une salle d'attente bondée de clients, dans l'autre, l'équipe de télévision a pénétré dans le bureau de la notaire alors qu'elle était en consultation avec un client.

Devant ces faits, la Chambre allègue un comportement abusif et inéquitable et demande au Conseil de presse de dénoncer et condamner cette pratique journalistique du Groupe TVA. Pour la plaignante, « personne n'est dupe de l'effet recherché par les journalistes de J.E. Surprise par l'arrivée intempestive du journaliste, figée par la présence de la caméra, embarrassée de voir ses clients mêlés à cette histoire bien malgré eux, la notaire est évidemment mal à l'aise et projette l'image de celle qui a quelque chose à cacher. Aux yeux des téléspectateurs, elle est forcément coupable. »

La Chambre plaide que ce procédé est injuste sinon odieux pour la personne qui le subit. La Chambre dit qu'elle admettrait à la rigueur un tel comportement si les journalistes avaient essayé plusieurs fois et sans succès d'obtenir des explications des notaires concernées et si ces dernières avaient tenté délibérément de se défiler et d'échapper à leurs responsabilités. Mais ce n'était pas du tout le cas des notaires Mackay et Lafond.

M. Alain Gazaille, du Groupe TVA, plaide pour sa part que, comme J.E. veut des réponses à des questions précises, de vraies réponses, pas des réponses fabriquées, dans un délai déterminé, les journalistes jugent approprié selon les circonstances de s'introduire à un endroit sans s'annoncer. « Libre à la personne de répondre ou non à nos questions. Et la caméra est l'un de nos outils de travail. Nous devons voir notre interlocuteur », ajoute M. Gazaille. Il ne voit pas en quoi le comportement du Groupe TVA ait pu être abusif, ni ce qu'une demande de rendez-vous aurait changé à l'attitude des notaires qui, de toute façon, ont refusé de donner leurs versions. Pour lui, une étude notariale est un endroit ouvert au public et la presse fait partie du public.

La décision

Le Conseil de presse donne raison à la Chambre des notaires. Les principes de la liberté de presse et du droit du public à l'information ne sont pas absolus. En outre, précise-t-il, « la rigueur intellectuelle et professionnelle dont doivent faire preuve les médias et les journalistes constitue la garantie d'une information de qualité. Elle est synonyme d'exactitude, de précision, d'intégrité et de respect des personnes, des événements et du public. Les médias et les professionnels de l'information ne doivent pas déformer la réalité en recourant au sensationnalisme. »

Bien que le Conseil soit d'avis que les deux émissions en cause répondaient presque en tout point à ces exigences et que les questions soulevées par les reportages étaient nettement d'intérêt public, il accueille tout de même la plainte. Car pour lui rien ne justifiait que des équipes de J.E. et de J.E. en direct débarquent sans préavis chez les deux notaires en cause. Le choix des journalistes lui semble arbitraire et sensationnaliste, destiné à intimider plutôt qu'à informer.

Le Conseil est d'avis que l'argument de M. Gazaille selon lequel il y aurait symétrie entre le droit du journaliste de poser des questions et le droit des personnes visées de refuser de répondre est fallacieux. Ici, le rapport entre les équipes de journalistes et les notaires n'était pas égal. La Chambre des notaires a raison de prétendre que le silence des professionnelles concernées les fait « forcément » paraître coupables aux yeux des téléspectateurs. D'ailleurs, parlant du droit au silence des notaires, M. Gazaille a qualifié d'« obstiné » leur refus de répondre aux questions de J.E.

Donc pour toutes ces raisons, le Conseil de presse blâme le Groupe TVA et l'incite à réviser ses méthodes de travail et à ne pas banaliser ce type de journalisme, qui doit demeurer exceptionnel.

Chambre des notaires du Québec c. Laforest, Rainville et Groupe TVA, Conseil de presse, no 199806-054, 10-03-99.

 

 
 

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