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Marius Marin
NDLR - En juin 1996, le Conseil général adoptait à l'unanimité le rapport du Comité du Barreau sur l'avenir de la profession1 qui avait eu pour mandat, en juin 1994, « de déterminer les tendances dans l'évolution de la pratique du droit à court, moyen et long terme, de fixer des objectifs à atteindre d'ici l'an 2000 et d'identifier les gestes qui devront être posés afin d'atteindre ces objectifs. » Nous vous proposons un résumé de ce rapport, adopté par le Conseil général en juin 1996.
La profession d'avocat, au même titre que les autres professions, est touchée par une variété de facteurs qui influencent la pratique du droit: l'internationalisation des activités économiques, la technologie, l'accroissement de la réglementation gouvernementale, suivi d'une phase de déréglementation, les nouveaux modes de gestion des entreprises, un marché du travail en mutation où les femmes et les minorités ethniques prennent, avec raison, une place plus importante, l'accroissement des effectifs chez les avocats dans un contexte de ralentissement économique, etc. Le rythme de ces changements, il importe de le signaler, s'est accéléré ces dernières années et continuera, tout l'indique, d'aller en s'accroissant. Il est réaliste de poser l'hypothèse que les nouvelles données économiques et technologiques engendreront un positionnement nouveau et une restructuration sans précédent de la pratique du droit. Dans un monde en plein bouleversement, les avocats sont appelés à changer leur façon de faire et à accepter une petite révolution des mentalités: ils œuvrent désormais dans l'industrie des services juridiques.
En tant que pourvoyeurs principaux de services juridiques, les avocats occupent une place centrale au sein de l'industrie. Les relations étroites qu'ils entretiennent avec la clientèle, leur visibilité et l'importance de leurs effectifs les désignent spontanément comme le principal pôle d'influence. Cela dit, il ne faut pas oublier que l'industrie des services juridiques est composée de nombreux autres acteurs dont les décisions et les actions peuvent influencer tant la performance globale de l'industrie que les conditions de pratique de la profession. Il importe donc aux avocats de prendre les devants plutôt que de réagir et de s'adapter aux nouvelles réalités, aux nouveaux besoins du marché.
Pour y arriver, trois critères sont à considérer: d'abord voir son cabinet comme une entreprise de services; se voir soi-même comme un conseiller d'affaires qui est là pour aider la clientèle; et cesser d'aviver la concurrence avec ses partenaires-avocats. La compétition extérieure est déjà suffisamment forte sans qu'elle doive se vivre en plus à l'intérieur du même cabinet.
Les avocats doivent donc se faire à l'idée qu'ils sont en affaires. Le mot d'ordre est « vendre, vendre, vendre » : se vendre soi-même, vendre son expertise, vendre sa façon spécifique de faire les choses. Cela implique d'être à l'écoute du client, d'avoir une vision globale de la clientèle et de son propre cabinet, savoir gérer ses propres affaires et celles de ses clients-partenaires, et savoir apprivoiser l'intangible - pas seulement les heures et la facturation mais aussi les relations humaines: responsabiliser son monde, encourager les leaders, avoir le sens du travail d'équipe. C'est ce qui s'appelle l'art de brasser les affaires.
Bien sûr, à l'image des gens d'affaires, les avocats doivent faire preuve de plus d'efficacité, notamment en ayant recours à l'informatique, question d'offrir un service rapide à un coût abordable. Les cabinets doivent également conclure des alliances, des ententes de collaboration avec d'autres cabinets, pour répondre aux multiples demandes de la clientèle. Les avocats devront aussi être plus efficaces au plan marketing et établir une stratégie qui permettra d'aller chercher une solide clientèle.
Enfin, de nouveaux marchés sont à explorer: le droit des affaires, le droit international, les questions de propriété intellectuelle soulevées par l'explosion informatique. D'autres avenues sont également intéressantes: le financement des entreprises, l'administration des affaires, la médiation, l'arbitrage, etc. Au même titre que les comptables, les notaires et les fiscalistes, les avocats doivent s'intéresser au marché de l'acte non exclusif, de plus en plus important.
La population change, l'économie change, les environnements de la profession d'avocat changent. Les membres de la profession doivent aussi changer. Bien sûr, le Barreau du Québec devra exercer un fort leadership dans ce processus d'adaptation de ses membres aux défis de l'avenir mais c'est d'abord aux avocats de relever ces défis. Ils doivent se montrer ouverts aux changements et accepter le virage nécessaire de leur pratique.
1 Vous pouvez consulter le rapport du Comité du Barreau sur l'avenir de la profession sur le site du Barreau du Québec.
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