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Le Québec perd l'un de ses plus brillants juristes

Décès de l'honorable Jules Deschênes

Marius Marin

C'est avec beaucoup de tristesse que la communauté juridique apprenait le décès, le 10 mai dernier, de l'honorable Jules Deschênes. Juge, avocat, professeur, auteur de nombreux articles juridiques, Jules Deschênes était reconnu pour son rôle actif dans le domaine du droit international, notamment en ce qui concerne les droits humains. Plus près de nous, au Barreau du Québec, il a notamment participé à la grande réforme de la Loi sur le Barreau à titre de procureur, défendant avec brio le projet de réforme auprès du législateur, adopté en 1967.

L'honorable Jules Deschênes   en 1997, lors du Grand dîner d'automne de l'Association des diplômés   en droit de l'Université de Montréal
L'honorable Jules Deschênes en 1997, lors du Grand dîner d'automne de l'Association des diplômés en droit de l'Université de Montréal

Le juge en chef du Québec, l'honorable Pierre A. Michaud, s'est dit profondément attristé par le décès de l'ancien juge en chef de la Cour supérieure. « C'était un homme remarquable, totalement engagé à la justice, au plan national comme au plan international, de dire le juge Michaud. Et il a fait preuve tout au long de sa carrière d'un leadership judiciaire exceptionnel. Alors qu'il était juge en chef à la Cour supérieure, par exemple, il n'hésitait jamais à prendre en charge les dossiers les plus difficiles, entre autres concernant la question linguistique. Il le faisait avec une grande limpidité et sérénité, point par point. Il a fait aussi beaucoup pour l'indépendance de la magistrature par ses interventions, par ses écrits. Son Maître chez eux, publié en 1981 je crois, est encore cité régulièrement aujourd'hui. Écoutez, le juge Deschênes est un de ceux qui aura marqué le plus la communauté juridique de ce siècle. Et au plan personnel, c'était un homme généreux, d'une courtoisie totale. »

Le bâtonnier Denis Jacques, qui s'est également dit peiné du décès de l'honorable juge Deschênes, avait récemment eu l'occasion d'échanger avec lui. « Le 4 mai dernier, dans le cadre d'une activité de l'Association du Barreau canadien, j'ai eu la chance de rencontrer et de discuter une dernière fois avec l'honorable Jules Deschênes. J'ai toujours admiré les qualités de cet homme d'intelligence et de cœur. Brillant juriste, il a contribué d'une façon remarquable à l'avancement du droit, tant au Québec que sur la scène internationale. D'ailleurs, en 1989, la Médaille du Barreau du Québec, la plus haute distinction offerte par notre organisation, lui avait été décernée pour souligner sa contribution remarquable à l'avancement du droit. »

Me Ronald Montcalm, qui occupera la présidence du Barreau du Québec à partir du 3 juin prochain, a également tenu à dire quelques mots. « J'ai eu l'occasion de la rencontrer à l'occasion et d'échanger avec lui sur différents sujets. Cet homme, simple et chaleureux, était doté d'un esprit juridique hors du commun. Il s'est engagé dans de nombreux projets tout au long de sa carrière et il le faisait avec passion. »

Une carrière remarquable

Né à Montréal, l'honora-ble Jules Deschênes a été admis au Barreau du Québec en 1946. Avocat plaideur pendant 25 ans, il a notamment été juge à la Cour d'appel du Québec (1972), juge en chef de la Cour supérieure du Québec (1973 à 1983), président de la Commission d'enquête sur les criminels de guerre au Canada (1985-1986), président de la Commission d'enquête de l'Organisation internationale du travail sur la Roumanie (1989-1991), président de la Société royale du Canada (1990-1992), juge élu par l'Assemblée générale des Nations unies au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (1993-1997) et professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal. Le juge Deschênes a également été fondateur du Conseil interprofessionnel du Québec, dont il a assumé la présidence en 1967, et membre du premier tribunal d'arbitrage créé par les gouvernements canadien et américain à la suite de l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis.

Il s'est également engagé au Barreau du Québec : en 1965 au Comité de la réforme de la loi et des règlements, en 1966 à titre de représentant du Barreau au Conseil interprofessionnel du Québec et, en 1989, à titre de président du Comité de la formation professionnelle.

Auteur respecté, il a écrit de nombreux ouvrages, notamment Maître chez eux, Ainsi parlèrent les tribunaux, Les plateaux de la balance, Judicial Independence: The Contemporary Debate, en plus d'une autobiographie publiée en 1988, Sur la ligne de feu.

De nombreux articles et études ont également paru sous sa signature, notamment dans la Revue du Barreau sur l'autonomie administrative de l'organisation judiciaire (Revue du Barreau, no 39, pp 159 à 182) et sur la mobilité des juges et des avocats au Canada (Revue du Barreau, no 42, pp 3 à 21). Conférencier recherché, il a été appelé à prononcer des dizaines de conférences à travers le monde, sa réputation dépassant largement les frontières du Québec et du Canada.

Il a maintes fois été honoré pour son excellence et a reçu, outre la Médaille du Barreau en 1989, le prix annuel de l'Association du Barreau canadien (1988), la Médaille d'or de l'Institut canadien d'administration de la justice (1985) et un doctorat honoris causa de l'Université Concordia (1981), en plus d'avoir été fait Compagnon de l'Ordre du Canada, Conseiller en loi de la reine et membre honoraire Phi Delta Phi de l'Université McGill.

Décédé à Laval, le juge Jules Deschênes était âgé de 76 ans.

 

 
 

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