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Programme d'aide aux membres du Barreau

Être là quand ça compte...

François Brodeur

Une toge n'est pas une armure pour l'âme, mais elle peut être tissée de plomb lorsque celui ou celle qui la porte a besoin d'un répit. Les vicissitudes qui pourrissent l'existence des avocats n'ont rien de bien originales. Les problèmes de santé mentale, le stress à haute dose, les traumatismes y côtoient la dépendance à l'alcool, à la drogue ou au jeu. Allez donc démêler les causes des conséquences dans cet écheveau ! On imagine sans mal tout ce qui peut arriver lorsque sa condition ne permet plus à un avocat de servir adéquatement ses clients. Mais conçoit-on l'angoisse de celui ou de celle qui craint pour sa réputation, sa carrière, toute sa vie ? Peut-on mesurer à quel point il devient difficile pour un avocat de trouver son souffle lorsque c'est pour admettre qu'il a perdu le contrôle ?

M<sup>e</sup> Rolland Boudrea
Me Rolland Boudrea

Cet avocat, il faut le rejoindre, l'aider à voir son problème et faire en sorte de briser la spirale où il s'enlise. Voilà précisément pourquoi le Barreau du Québec soutient un organisme spécial indépendant de ses structures : le programme d'aide aux membres du Barreau, ou PAMBA.

La discrétion pour vocation

Le fonctionnement du PAMBA repose sur l'engagement de ses administrateurs et sur le dévouement de son gestionnaire. C'est probablement l'organisme associé au Barreau dont les normes de discrétion sont les plus exigeantes. Le Barreau du Québec finance le PAMBA au moyen d'une cotisation spéciale et désigne ses président et vice-président. Ceux-ci supervisent les opérations sans jamais accéder aux données nominales. Et, si l'identité des avocats qui demandent de l'aide reste secrète même pour le président du PAMBA, a fortiori le demeure-t-elle également pour le Barreau et ses différents services.

Ce secret a un peu surpris Me Rolland Boudreau lorsqu'on l'a approché cet été pour prendre le relais de Me Georges Emery à la présidence du programme. Ancien vice-président aux affaires juridiques du Canadien National et ancien bâtonnier de Montréal (1988-1989), l'avocat avoue avoir hésité avant d'accepter : « Je ne connaissais presque rien du PAMBA et j'ai pris le train en marche ». Le gestionnaire, Me Guy Quesnel, a eu tôt fait de lui expliquer le fonctionnement du programme, une « machine bien rodée » selon les premiers constats du nouveau président.

Me Boudreau n'a aucune difficulté à réconcilier les objectifs du Barreau du Québec avec les buts que poursuit le PAMBA. Ne protège-t-on pas mieux le public en s'assurant qu'un avocat en détresse ait une porte où frapper pour demander de l'aide ? Et quand vient le temps de définir les formes que peuvent prendre cette assistance, l'idée d'un programme maison se justifie d'autant plus que la vie d'un avocat et sa carrière sont indissociables ; il faut pouvoir les comprendre toutes les deux.

De la pratique actuelle du droit, le nouveau président du PAMBA retient qu'elle est moins valorisante. Les coûts de la justice sont tels qu'ils découragent les justiciables. Ceux qui retiennent des services professionnels tiennent à en avoir de plus en plus pour leur argent. Et ce sont les avocats qui ont absorbé toute l'insatisfaction. La pratique est aussi plus éprouvante que par le passé. Les heures sont nombreuses. Les jeunes avocats doivent rencontrer des objectifs de plus en plus exigeants alors que leurs aînés ne peuvent plus espérer ralentir en fin de carrière. Ceux qui parviennent à soutenir le rythme imposé par le marché compétitif du droit le font souvent au détriment de leur vie familiale. Ces problèmes sont ceux d'une profession qui passe par une seconde adolescence. Elle grandit. Elle change. On a parfois du mal à s'y reconnaître, ce qui laisse bien des avocats désemparés.

Il faut cependant se garder de voir l'exercice du droit comme un écueil naufrageur, signale Me Quesnel. Il a recensé relativement peu de syndromes d'épuisement professionnel (des burn-out). Des conditions de vie personnelles s'associent souvent aux impératifs professionnels pour amener un avocat dans les pièges de la dépendance ou les gouffres de la dépression.

Il y a des jours pour les certitudes, des jours où le bien, le mal, et l'avenir s'ordonnent sans heurts. La voie à suivre ne fait pas de doute. Et puis, il y a ces autres heures, celles où plus rien n'est sûr, celles où on a l'impression de lâcher prise, celles enfin qui tuent l'espoir. On veut partager les premières ; pourquoi devrait-on être seul pour affronter les secondes ?

Les administrateurs

Le conseil d'administration du PAMBA compte neuf fauteuils, dont un est actuellement vacant. Dans ses fonctions de président, Me Boudreau est assisté d'une vice-présidente, Me Hélène Bissonnette (Longueuil). Ils sont entourés de Me Robert Primeau, de Me Michèle Fitzgibbons, de Me Patricia Gauthier, de Me Georges Boudreau et de Me Richard Bourget. Une place toute spéciale a été conservée pour le premier président du programme, Me Georges Emery.

 

 
 

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