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La petite histoire du maillet

Isabelle Huard

Le maillet est au juge ce que la balance est à la justice : nous les identifions naturellement l'un à l'autre et ils font bien souvent figure de symboles lorsque nous les associons.

La première apparition du mot « maillet » eut lieu en 1606. On en faisait alors mention comme diminutif de « mail », en référence à l'instrument de guerre utilisé jadis par les Français. De sa première utilisation comme arme (engendrant le désordre), le maillet servira par la suite la justice (représentant l'ordre). Voilà un paradoxe intéressant!

L'histoire révèle qu'aux temps du roi Charles VI (en 1381), les habitants d'une petite ville se révoltèrent contre le gouvernement des oncles du jeune roi en entrant à l'Hôtel de ville par la force. Ils y prirent tous les habillements de guerre qui s'y trouvaient, et principalement grande quantité de maillets de plomb qui avaient été faits pour battre les Anglais. Cet événement fut appelé « l'Assemblée des maillets » et les gens qui la composaient, les « Maillotins ».

Ensuite, en 1694, le dictionnaire de l'Académie française fait mention du mot maillet comme d'« un espèce de marteau à deux têtes qui est ordinairement de bois ». On l'appelle aussi « maillot ». Toujours en 1694, on fait référence au mot « mail » comme d'une petite masse de bois garnie de fer aux deux bouts, ayant un long manche pliant, dont on se servait pour jouer en poussant une boule de bois. Ce jeu semble donc être l'ancêtre du croquet.

C'est la franc-maçonnerie, au XVIIIe siècle, qui en fait référence pour la première fois comme d'un instrument de justice : le maillet est alors désigné comme « un marteau de bois à deux têtes, dont se servent le vénérable et les surveillants pour donner des signaux et pour imposer le silence ».

Avant de servir la justice, le maillet a été utilisé dans plusieurs autres domaines, notamment comme « arme des gens de pied » du XIIIe siècle au XVe siècle (il était alors composé d'un cylindre de plomb muni de fer et d'une hampe qu'on pouvait manier des deux mains). Il servait également comme outil à un grand nombre d'ouvriers et d'artisans (menuisier, tonnelier, plombier, tailleur de pierre, papetier, etc.). Bref, depuis son instauration, le maillet remplace le marteau dans tous les usages où le métal risquerait de détériorer la pièce sur laquelle on frappe. Habituellement, le maillet est fait d'un bloc de bois de chêne, de frêne ou d'orme et comporte un manche de frêne de petite longueur.

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Sources : Larousse du XXe siècle (1933), Dictionnaire d'étymologie (Gilles Ménage), Dictionnaire de l'Académie française (versions 1798 & 1835 disponibles sur Internet).

 

 
 

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