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Depuis le 1er juin dernier, la Faculté de droit de l'Université de Montréal peut compter sur un tout nouveau doyen. Ancien responsable du Centre de recherche en droit public, puis vice-doyen aux études de premier cycle, Jacques Frémont promet un mandat marqué par le changement. Des changements susceptibles de transformer à tout jamais le visage de la formation universitaire s'il faut en croire le principal intéressé.
À l'ère de la globalisation des marchés, le nouveau doyen de la Faculté de droit de l'Université de Montréal entend faire de l'ouverture sur le monde une priorité, notamment par l'élargissement des possibilités de formation à l'étranger pour les étudiants, de même que l'accueil d'un plus grand nombre de professeurs invités étrangers |
Contrairement à son prédécesseur, l'entrée en fonction du nouveau doyen correspond à la fin des coupures et à un certain réinvestissement dans les universités québécoises. Un moment attendu depuis longtemps dans les officines universitaires et dont il entend profiter pour rattraper le temps perdu. « Le droit, explique-t-il, n'est plus du tout ce qu'il était. Il s'est beaucoup complexifié et, comme d'autres secteurs, il se développe à l'ère de la globalisation. Il faut donc repositionner la faculté pour en faire une faculté du XXIe siècle. »
Une adaptation qui se matérialisera de différentes façons, en commençant par le développement de nouveaux programmes de formation de deuxième cycle. Convaincu du bien-fondé des études supérieures, le doyen a en effet confirmé son intention d'élargir le nombre de formations mises à la disposition des étudiants. Ainsi, outre les programmes en droit des nouvelles technologies et en droit de la biotechnologie déjà disponibles, l'université entend « investir massivement dans le droit des affaires, de même que dans tout ce qui concerne le commerce et les transactions électroniques ». Des champs d'activités qui correspondent tout à fait, selon Jacques Frémont, aux besoins du marché de l'emploi francophone montréalais.
Au plan de l'organisation des cours, le doyen affirme par ailleurs lorgner du côté de la formation à distance. Une volonté qui devrait, à son avis, se matérialiser d'ici un an à travers différentes expériences pilotes.
Si les programmes d'études supérieures doivent connaître un important renouveau, le premier cycle ne sera pas non plus en reste, puisque la faculté entend aussi renforcer la formation de base. « Le programme disponible en ce moment a été conçu il y a trente ans. La réforme amorcée il y a quelques années a permis d'apporter certains ajustements, mais nous sommes encore pris avec un vieux véhicule pour répondre à des demandes nouvelles et de plus en plus complexes. Il faut remédier à ça. Après tout, si, de mois en mois, les grands cabinets doivent se repositionner pour pouvoir suivre le marché, il n'est pas étonnant que la faculté doive aussi le faire. »
Déjà, divers éléments sont sur la table à dessin. Le premier d'entre eux étant de revoir le nombre d'étudiants par cours. Confirmant le fait que la formation soit actuellement offerte dans des groupes allant parfois jusqu'à 100 ou 125 étudiants, le doyen a effectivement insisté sur l'importance de réfléchir sur de telles manières de procéder. « Il ne faut pas se raconter d'histoire, interagir en grand nombre, ce n'est pas comme interagir dans un cercle plus restreint. On ne peut pas enseigner de la même façon. »
Quelle que soit la façon dont elle sera rendue disponible aux étudiants, la nouvelle formation de premier cycle connaîtra aussi diverses transformations au niveau du contenu. Ainsi, les étudiants devraient pouvoir compter sur une part plus importante d'activités concrètes, que ce soit la rédaction ou encore la plaidoirie. Des ajouts que l'établissement entend faire de concert avec les chambres professionnelles, le milieu de pratique et l'École du Barreau.
Mais attention, soutient le doyen, pas question de délaisser pour autant la mission originale de milieu universitaire, soit celle de former des juristes. Le contenu offert en matière de droit substantif sera donc lui aussi revu et redéfini en fonction des nouvelles priorités du marché. La première de ces priorités étant sans contredit l'intégration des nouvelles technologies. Un ajout réclamé depuis un certain temps déjà par les gens des milieux de pratique et qui, selon Jacques Frémont, avait été retardé « parce que la technologie n'était pas tout à fait au rendez-vous ».
Enfin, à l'ère de la globalisation des marchés, le doyen entend aussi faire de l'ouverture sur le monde une priorité. Pour y arriver, deux mesures majeures seront mises en place, soit l'élargissement des possibilités de formation à l'étranger pour les étudiants, de même que l'accueil d'un plus grand nombre de professeurs invités d'un peu partout à travers le monde. De manière plus concrète, les programmes de formation à l'étranger seront désormais facilités par la mise en place d'un programme de soutien financier à l'intention des étudiants désirant vivre l'expérience internationale. Quant aux professeurs invités, des séjours de six à huit semaines sont envisagés, de manière à fournir des cours intensifs sur des secteurs auxquels la formation actuelle des juristes québécois ne permet pas d'avoir accès.
Parallèlement à ces mesures, la faculté entend aussi consentir une place plus importante au droit comparé et encourager, à l'extérieur du programme toutefois, l'apprentissage d'une langue tierce.
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Pour relever les nombreux défis qui s'imposent à lui, le doyen pourra compter sur une augmentation significative de ses effectifs. Jacques Frémont a en effet confirmé au Journal du Barreau le fait que le corps professoral de la faculté devrait croître de « 10 à 20 % d'ici trois ans ».
L'arrivée d'un nouveau bassin de professeurs coïncidera par ailleurs avec le développement d'au moins trois nouvelles chaires de recherche traitant respectivement du droit des technologies de l'information, du droit des affaires et du droit civil. Pour le doyen, la mise sur pied d'ici deux ou trois ans de ces nouvelles chaires « confirmera la position très avancée de la faculté en matière de recherche » en plus de créer, « à moyen terme, une masse critique scientifique susceptible d'intéresser un plus grand nombre d'étudiants étrangers et par conséquent davantage de professeurs de calibre international. »
C'est qu'au-delà des changements apportés, la qualité des étudiants inscrits préoccupe grandement Jacques Frémont. Le doyen concède effectivement que, « contrairement à ce qui a déjà été la norme, ce n'est pas la meilleure clientèle qui se bouscule aux portes des facultés de droit ». Une situation qui s'explique, à son avis, par certaines idées préconçues qu'entretiennent les gens à l'égard de la profession. « Pendant longtemps, il y avait une espèce de mentalité en droit qui voulait qu'en sortant de la faculté, on ait un stage et que ce stage allait, à coup sûr, devenir un emploi. Quand on s'est rendu compte que ça ne se passait pas tout à fait comme ça, on a vite sauté à la conclusion qu'étudier en droit équivalait à se retrouver sur le chômage. Encore aujourd'hui, les jeunes se font dire que le droit est un secteur où il n'y a pas d'emploi, alors que c'est rigoureusement le contraire et que les cabinets se battent pour recruter les juristes. À la base du problème d'admission, il y a donc un grand problème d'image et il faut que ça change. »
En fait, la faculté est à ce point préoccupée par la situation qu'elle entend procéder à une vaste réflexion sur la question. C'est que, dans la foulée des changements connus en matière d'admission, de nombreux intervenants du milieu ont reproché aux universités d'avoir baissé leurs exigences pour conserver le même nombre d'étudiants. Une hypothèse que Jacques Frémont affirme vouloir vérifier. « Il y a beaucoup de lieux communs qui circulent autour de cette question. Peut-être y a-t-il trop de gens qui entrent dans les facultés de droit, peut-être même y a-t-il trop de gens qui en sortent. Quant à savoir si la qualité des juristes formée est moindre, nous allons vérifier. Chose certaine ajoute-t-il, le message que la faculté veut envoyer est très clair : il n'est pas question de laisser aller la qualité. »
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