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Comme avocats en droit de la jeunesse nous sommes témoins des effets dévastateurs de la pauvreté des enfants. Des enfants victimes de la dégradation du tissu social de notre société.
Nous percevons les conséquences de la pauvreté à travers le processus judiciaire du Tribunal de la jeunesse. Devant l'ampleur du phénomène on a l'impression que le Tribunal est devenu une soupape qui doit gérer une pression de plus en plus forte causée par cette pauvreté. L'ensemble des intervenants est affecté par la nature et le volume de ce problème. Il est facile d'imaginer l'effet d'être en présence de ces enfants qui souffrent de la faim en sachant qu'ils habitent dans votre quartier, dans votre ville.
La Loi sur la protection de la jeunesse est une loi d'exception devant répondre à des situations où la sécurité et le développement de l'enfant sont compromis. Cette loi n'a pas pour objet de répondre aux anomalies de notre système économique. Nous assistons à la judiciarisation de la pauvreté.
Depuis une vingtaine d'années, l'inégalité se creuse à l'intérieur des pays industrialisés. Le tiers-monde est à l'intérieur de nos sociétés. Des enfants souffrent de la faim au Canada.
Concernant la pauvreté chez les enfants, le Canada se retrouve dans les dernières positions du classement des pays industrialisés (17e sur 23). Plus de 15 % des jeunes canadiens subissent la pauvreté, (rapport de l'UNICEF). Le taux de pauvreté atteint plus du tiers de la population de Montréal.
L'application d'une certaine idéologie économique fait en sorte que la richesse demeure de plus en plus au sommet de la pyramide sociale. Selon les données des Nations unies, pour donner à toute la population du glo-be l'accès aux besoins de base (nourriture, eau potable, éducation, santé), il suffirait de prélever, sur les 225 plus grosses fortunes du monde, moins de 4 % de leur richesse.
Le problème de nos sociétés est un problème de culture et de valeurs. Ce n'est pas la création de la richesse qui est en cause mais un problème de redistribution. Le public doit comprendre que des enfants souffrent de la pauvreté. Ces enfants souffrent à cause de l'indifférence des gens, par manque de solidarité. On ne doit pas vivre sous l'impression que la situation est sous contrôle. Plusieurs enfants sont laissés à eux-mêmes faute d'aide. L'exclusion d'un enfant à des besoins de base pour des raisons économiques ne peut être justifiée car elle relèverait de la barbarie.
À long terme, nous aurons à faire face aux effets pervers causés par cette situation. Le chômage et l'aide sociale engendrent des effets et des coûts sociaux. La pauvreté diffuse des problèmes sociaux, qui se reportent d'une génération sur l'autre, et instaure un climat de désenchantement et de violence.
On veut nous convaincre que l'économie est une réalité qui se situe au-dessus d'une culture. On veut nous convaincre qu'une société doit soumettre son identité culturelle, ses convictions sociales et ses valeurs les plus profondes aux règles implacables de l'économie.
Les spécialistes qui dé-fendent cet argument le font en fonction d'une lecture partielle et biaisée de la réalité.
L'histoire a été témoin d'atrocités et d'aberrations commises par cette vision limitée de spécialistes. L'homme a toujours trouvé un ar-gument pour justifier son égoïsme et sa domination, au nom de l'ordre, de la sécurité nationale, du nazisme, du fascisme, des religions, et maintenant au nom de l'intégrisme économique.
La culture est avant tout un projet de société, un projet mobilisateur qui canalise l'énergie d'une communauté et aide à prendre les grandes décisions avec des priorités. La culture imprègne le citoyen et l'influence dans ces comportements et permet l'instauration d'une écologie sociale.
Pour vivre en société comme pour vivre en famille, on n'a pas besoin d'être des spécialistes, il faut du coeur, du gros bon sens et administrer en fonction des valeurs et de priorités. Des parents responsables n'attendent pas d'avoir mangé à leur faim avant de faire manger leurs enfants. Pourquoi en serait-il autrement pour l'État et la communauté économique? La culture est l'esprit de la famille d'un peuple.
Chaque société produit sa propre culture qui influence son évolution. Nous devons dépoussiérer nos balises idéologiques, notre sens des valeurs et des responsabilités car elles serviront de repères à nos jeunes. À nous d'être crédibles pour ces jeunes. Nous devons faire la démonstration que la culture d'une société est une armure tissée de valeurs et de convictions historiques qui nous protègent tous contre la barbarie. Du discours aux gestes, il en va de notre crédibilité face à notre histoire et à notre avenir. Combien d'enfants devons-nous sacrifier? Lesquels?
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