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L'avocate comme chef d'orchestre...

De la baguette au rabat !

Marius Marin
À l'occasion de la rentrée des tribunaux à Laval le 11 septembre dernier, la bâtonnière Brigitte Gauthier livrait une allocution fort à propos, des plus pittoresque et originale, laissant indéniablement transparaître une âme de mélomane avertie et de juriste engagée. Profitant de cette occasion, comme le veut la tradition, pour faire part de sa vision et du rôle joué par les avocats dans le cadre de leurs fonctions au sein de l'appareil judiciaire, la bâtonnière a comparé l'avocate à un chef d'orchestre. Et pour une fois, en tout cas le temps de son discours, le féminin incluait le masculin!

M<sup>me</sup> Françoise Charbonneau (au centre), coordonnatrice au Barreau de Laval, a été honorée lors de la rentrée. Elle est entourée de M<sup>e</sup> Francis Gervais, vice-président du Barreau du Québec, et M<sup>e</sup> Brigitte Gauthier
Mme Françoise Charbonneau (au centre), coordonnatrice au Barreau de Laval, a été honorée lors de la rentrée. Elle est entourée de Me Francis Gervais, vice-président du Barreau du Québec, et Me Brigitte Gauthier

Façon peu usuelle, mais après tout fort élégante, d'affirmer que le travail de l'avocate est en réalité celui d'une coordonnatrice de haut niveau et la loi, une grande partition. « La partition c'est la loi, simple ou complexe, courte ou longue, claire ou obscure. Dans tous les cas, on l'interprète à notre façon... Le législateur serait-il un grand compositeur? » Et « la chef d'orchestre vous dira que ça prend une très grande sensibilité pour bien rendre une œuvre. Il faut respecter l'œuvre. Il faut respecter la justiciable ». L'avocate assumera seule les critiques; il n'y a jamais d'interprétation parfaite, mais il faut y tendre, de dire la bâtonnière.

Plaidoiries et coûts de la justice

Le tempo est aussi important, ajoute Me Gauthier avec humour. « Allegretto pour les remarques préliminaires. Adagio pour la preuve. Et pour les plaidoiries, tout dépend. Largo, si l'on plaide à 10 heures. Prestissimo, si l'on plaide à 16 heures. »

Il faut aussi savoir adapter l'œuvre du législateur. L'avocate fait constamment face à plusieurs contraintes : salles d'audience non disponibles, équipement désuet des techniciennes... et le public s'attend malgré tout à une grande performance. Sans oublier les coûts élevés que l'on reproche souvent au système judiciaire, la bâtonnière s'inquiète. « Le coût du billet est aussi une préoccupation de la chef d'orchestre. » Un billet dispendieux rapporte sur le moment, « mais d'un autre côté, moins de gens pourront assister au concert ».

Vulgariser et adapter le droit

Tout comme les chefs d'orchestres modernes ont compris qu'il fallait sortir et aller jouer dans les parcs et dans les églises pour survivre, c'est la même chose pour la justice, de dire la bâtonnière. « Il faut la publiciser, la vulgariser, la rendre plus accessible. Il ne faut pas hésiter à travailler avec les autres intervenantes qui œuvrent aussi à la résolution des conflits ».

L'avocate doit aussi s'adapter. « Les générations passées interprétaient le Code civil. Aujourd'hui, on doit comprendre le droit dans un contexte parfois virtuel, transnational, où les gens seront appelés à transiger par le biais de moniteurs et de fibre optique. »

Et tout comme les chefs d'orchestre qui ont dû s'adapter au fil du temps aux nouveaux instruments de musique, passant du clavecin au piano, au synthétiseur pour jouer du Mozart, l'avocate doit « pratiquer différemment avec de nouveaux outils et ce, dans un contexte social en constante évolution », même si son rôle fondamental, lui, n'a pas changé. La bâtonnière estime qu'il faut continuer à « véhiculer des valeurs de justice fondamentale qui, elles, doivent être immuables avec des instruments en constante évolution [que l'avocate] doit maîtriser parfaitement ».

« Maestro, à vos baguettes et vos rabats, soyez fiers vous êtes avocates et à vos cas! », concluait avec un jeu de mots habile Me Gauthier.

 

 
 

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