ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.

Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca

Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.

 

Avocat, procureur, plaideur...

Isabelle Huard*

Bon nombre d'avocats ne portent pas attention aux origines des différents dérivatifs qui servent à nommer leur profession. Prenons par exemple le mot avocat, qui tire son origine du latin advocatus, dérivé du verbe advocare qui signifie « appeler auprès de ». Les barreaux ayant disparu avec l'Empire romain, le mot avocat reparaît du VIe au XIIe siècle, pour désigner les défenseurs des églises. En 1798, le dictionnaire de l'Académie française en fait déjà mention comme étant « celui qui fait la profession de défendre des causes en justice ». Également, on appelle même à l'époque un avocat consultant celui qui ne plaide pas et qui donne seulement son avis et son conseil par écrit, sur les affaires litigieuses. On parlait aussi d'avocate en faisant référence à la mère défendant son enfant. Et c'est la Sainte Vierge qui représentait la figure par excellence de « l'avocate des pécheurs ». Un peu plus tard, en 1835, on voit apparaître l'expression « avocat du diable », au sens figuré et familier. On le décrit comme étant celui qui propose des objections, dans une conférence sur quelque point de doctrine ou de morale religieuse. Cette même année, on introduit le mot « jurisconsulte » comme étant une personne qui est « versée dans la science du droit et des lois » et qui donne son avis sur des questions de droit. C'est donc dire que la consultation juridique existait déjà au XIX1 novembre 1900, à la suite d'une loi.

Le mot procureur, quant à lui, vient de procurer au sens « d'agir à la place de quelqu'un » et fait référence à la notion encore vivante de « procuration ». Dès le XIVe siècle, la royauté nommait un procureur du roi en cour d'Église pour exercer une surveillance sur les juridictions ecclésiastiques. Autre aspect intéressant, on appelait jadis procureuse la femme d'un procureur, mais considéré au niveau populaire et familier, le mot prenait un tout autre sens, signifiant « proxénète ».

Et qu'en est-il de plaideur ? Eh bien, certains seront peut-être surpris d'apprendre que le mot est dérivé de plaider, lui-même de plaid (du latin placitum) et il signifie littéralement « ce qui plaît »! Racine a d'ailleurs choisi ce mot comme titre d'une de ses comédies (Les plaideurs, jouée pour la première fois en novembre 1668) et il aurait écrit cette pièce à la suite d'un procès qu'il venait de perdre. Dans cette œuvre, il se moque des plaideurs, des avocats, des juges et des mœurs du palais!

Sources : Larousse du XXe siècle (1933), site internet de « Parler au quotidien » (CNDP), site internet du « Français au micro » (Radio-Canada) et Racine, Théâtre complet, Paris, Garnier, 1953.

* Détentrice d'une maîtrise en Études littéraires de l'UQAM, Isabelle Huard collabore à plusieurs publications à titre de rédactrice pigiste et enseigne la rédaction spécialisée au Collège de Sherbrooke.

 

 
 

Retour au haut de la page

© Barreau du Québec 1996-2012