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Louis Marquis à la barre de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke

Il faut ouvrir les frontières

Catherine Page

Défi considérable pour Louis Marquis, en poste depuis le 1er juillet, aux commandes de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke. À 36 ans seulement, le nouveau doyen entame son mandat alors que la discipline est au cœur d'un véritable tournant, autant dans son enseignement que dans son appli-cation.

L'avocat de l'avenir doit être capable de voir le travail différemment et de s'intégrer dans un réseau multidisciplinaire
L'avocat de l'avenir doit être capable de voir le travail différemment et de s'intégrer dans un réseau multidisciplinaire

« Le défi est intéressant. Mon arrivée coïncide avec la réforme du financement des universités ce qui nous ouvre beaucoup de possibilités. On ne revivra pas une telle conjoncture avant au moins 10 ans », estime le nouveau doyen.

La Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke, Louis Marquis la connaît par cœur. Il en a fait son choix au moment de ses études de premier cycle. Sa maîtrise de l'University of Cambridge en poche, il revient à Sherbrooke en 1989 où il commence à enseigner. C'est en cumulant des tâches d'enseignement et de vice-doyen à la recherche (1996-2000) que Louis Marquis termine sa thèse de doctorat à l'University of British Columbia.

Le mandat de Louis Marquis sera fortement influencé par les deux domaines dont il a fait ses spécialités: la prévention et le règlement des différends, ainsi que l'arbitrage, la négociation et la médiation.

« Le droit ne peut plus seulement donner une réponse juridique à un problème. Il y a beaucoup d'avenir pour notre discipline, mais on a besoin d'un système global. »

Ouvrir ses frontières

Pour ce faire, le nouveau doyen de la faculté entend orienter l'enseignement et la recherche dans quatre créneaux bien précis.

« Le droit est en train de changer. La discipline présente des caractéristiques qui ont longtemps été vues comme des avantages et un héritage de la modernité, soit la stabilité, le souci de la précision et la simplicité. »

Au niveau de la stabilité, on sait tous que la longévité des lois et des règlements a passablement diminué. Le droit doit maintenant être en mesure de réagir rapidement. Par opposition à la précision, on assiste à une dynamique d'interaction avec d'autres disciplines et enfin, les problèmes sont de plus en plus complexes. On ne peut plus se réduire au droit public et au droit civil. Il y maintenant le droit des enfants, par exemple, ou le droit de l'environnement. Pour Louis Marquis, il est impératif d'ouvrir les frontières et de se connecter sur d'autres disciplines.

Après avoir créé un diplôme de deuxième cycle en prévention et règlement des différends, la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke veut maintenant créer une maîtrise et une chaire dans ce domaine. « Ce secteur est explosif. On n'a pas fini d'assister à l'intégration des PRT (prévention et règlement des différends). Déjà, la médiation familiale a été intégrée dans notre système judiciaire. De plus en plus, on va implanter un système de médiation. Dans ce sens, c'est sûr qu'on a pris les devants. Tant mieux, si on montre la voie. »

En droit de la santé et politique sociale, on compte procéder à la création d'un doctorat et d'une chaire de recherche. En droit transcontinental et globalisation, la faculté veut offrir à ses étudiants une formation en common law, ce qui leur permettrait de devenir membres d'autres Barreaux, comme ceux des autres provinces canadiennes. Enfin, dans le créneau de l'intégration des sciences au droit, on travaille à la mise sur pied d'un baccalauréat biotechnologie et droit qui s'étalera sur quatre ans.

« Dans ces quatre domaines, on veut être reconnu comme un chef de file grâce à un enseignement et une formation distinctifs et innovateurs par rapport à ce qui se fait ailleurs. Déjà, l'Université de Sherbrooke se positionne bien dans les deux premiers créneaux. »

Impliquer l'étudiant dans son aprentissage

Malgré cela, Louis Marquis mentionne aussi que la faculté sera appelée à revoir le mode d'apprentissage offert au premier cycle.

Le droit ne peut plus seulement donner une réponse juridique à un problème, de dire Louis Marquis
Le droit ne peut plus seulement donner une réponse juridique à un problème, de dire Louis Marquis

« L'étudiant doit, premièrement, s'ouvrir au monde en général. Ensuite, on doit impliquer, de façon encore plus insistante, l'étudiant dans son apprentissage. Il doit être maître d'œuvre de son propre apprentissage plutôt que de s'en tenir à une formule de pure transmission de connaissances qui a montré ses limites. »

« Enfin, il faut mener l'étudiant à acquérir des habiletés qui vont faire en sorte que, dans sa vie professionnelle, il va être animé par un esprit constructif dans ses interventions pour trouver des solutions marquées pas la multidisciplinarité. Le futur juriste est de moins en moins en vase clos et est appelé à travailler avec d'autres professionnels. »

La faculté entend aussi faire sa marque dans le développement international. « Il y a présentement une forte demande en Afrique, dans les pays de l'Est et en Asie pour de la réforme juridique en général. Notre expertise est en demande. »

Profession et institution en mouvance

Selon une enquête réalisée par Canadian Lawer, la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke se classe au premier rang au Canada en tant que faculté recommandée par ses diplômés. Un résultat qui ne peut toutefois être garant de l'avenir. Toutes les facultés de droit et toutes les institutions universitaires au Canada sont actuellement engagées dans une course à finir qui entraînera de profondes transformations.

« On est carrément dans la mouvance. Le ministère a déposé l'essentiel de sa nouvelle politique de financement cet été, et on est à l'intérieur d'un paquet de concours de financement qui n'existaient pas il y a un an. »

La profession, en tant que telle, a aussi un exercice de conscience à faire en commençant par le nombre d'avocats qui se retrouvent sur le marché du travail à chaque année. L'idée d'une surpopulation qui persiste dans l'opinion publique est-elle bien réelle?

« Il n'y a pas trop d'avocats. Le problème, c'est qu'ils se dirigent tous dans les mêmes secteurs. »

Les étudiants, à leur entrée à la faculté, désirent souvent devenir de redoutables plaideurs devant le tribunal, alors que la tendance démontre que les avocats seront de moins en moins appelés à régler les problèmes devant un juge. « Le travail de l'institution, à mon avis, ne commence pas seulement une fois l'étudiant accepté. Nous avons donc un projet qui vise à faire connaître le véritable rôle de l'avocat dans la communauté. Un programme d'éducation dans les écoles, notamment dans les cégeps, pourrait éveiller les étudiants à la réalité du droit. »

« L'avocat de l'avenir doit être capable de voir le travail différemment et de s'intégrer dans un réseau multidisciplinaire. Présentement, l'avocat est vu comme quelqu'un qui envenime les litiges et, dans certains cas, c'est vrai. La profession juridique de demain sera, au contraire, un très, très bon outil de prévention. » *

 

 
 

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