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La chute est apparue lentement. « Je n'ai jamais consommé au travail, souligne d'emblée François (nom fictif). Une fois la semaine terminée, c'était les vacances et l'alcool ». Puis, la semaine est devenue peu à peu un trop long intervalle entre chaque fin de semaine. « Dès le lundi, j'étais impatient d'en arriver au vendredi. Je ne vivais plus que pour la fin de semaine. » Esprit indépendant, il sait qu'il doit arrêter de boire pour préserver son intégrité et « continuer à vivre ».
Me Guy Quesnel, responsable du PAMBA |
« La pratique professionnelle développe un aspect de notre personnalité, soit la rigueur, la justesse et l'économie du raisonnement, estime François. Pourtant, nous sommes fait d'émotions et de feu. Le feu c'est la ressource, la créativité. Nous devons apprendre à intégrer ces deux aspects dans notre vie personnelle et professionnelle. Or, du point de vue émotif, la profession est sèche. Nous sommes dans l'écrit, nous étudions des statuts, des lois et des règles et nous les interprétons. Puis, nous prenons position. Nous sommes pour ou contre. Nous traduisons en termes absolus des questions complexes. Nous devons donc compenser et, pour ce faire, il m'apparaît important de laisser notre dimension créatrice émerger.
« De plus, le travail de l'avocat est plus en plus celui d'un technicien, ajoute François. Cet aspect technique du droit n'est pas suffisant pour enrichir ce qu'il y a l'intérieur d'une personne. Pour intégrer sa personne et être satisfait de la gestion de ses émotions, il faut être content de ce que l'on fait. Dès lors, on aura pas besoin de compenser par l'alcool. C'est quand notre travail ne répond plus à ce besoin que la chute commence. »
L'avocat s'engage-t-il assez, s'interroge François ? « Le travail de l'avocat comporte un point de vue créateur. Il peut innover et refaire la société. Pour ce faire, il doit tenter de trouver son visage créatif et défendre ceux qui protègent la beauté du monde. S'il y a un choix à faire, c'est là. »
« Toutes les dépendances sont des maladies des émotions », enchaîne Pierre (nom fictif). Pierre, c'est la vie. L'homme transpire la sensibilité. Il est entier.
« Au début, j'étais un buveur périodique, je ne buvais que la fin de semaine, confie-t-il. Puis j'ai commencé à boire la semaine et même au travail, et à commettre des erreurs. Toute émotion est devenue l'occasion de boire. Mon psychologue me disait que j'arrêterais de boire lorsque je comprendrai pourquoi je bois. Un jour, l'ami qui m'hébergeait m'a obligé à faire un choix, à prendre une décision. »
Après quelques tâtonnements, Pierre fait trois ans de AA, puis une thérapie. Il devient intervenant dans une maison pour alcoolique à l'extérieur de Montréal. « Ce furent les 10 plus belles années de ma vie. J'ai fait du ski et de la lecture ». Il nourrit un esprit autodidacte.
« L'alcoolisme est une réaction anormale à l'alcool. Si tu es un ou une alcoolique, quelques verres d'alcool peuvent te donner une double personnalité. Ce n'est pas une question de quantité. »
Dès lors, toutes les raisons sont bonnes. « Dès qu'une émotion est forte, soit que vous gagnez vos élections ou que vous êtes tristes, que vous soyez joyeux ou que vous ayez de la peine, vous retournez vers l'objet de votre dépendance et vous buvez, résume Pierre. L'émotion forte active la dépendance. Le ressentiment, soit la faculté de se souvenir et d'éprouver vivement et avec animosité les maux et les torts que l'on a subi, fait plus de victimes chez les alcooliques que tout autre cause ».
Pierre a été un des premiers membres de Juri-Secours. « Nous nous demandions, à l'époque, si c'était une bonne chose de former un groupe avec seulement des avocats, des avocates et des notaires. Certains juges et certains avocats ne voulaient pas se faire voir chez les AA. Les résultats ont été extraordinaires. Au début nous étions une dizaine et le groupe a augmenté petit à petit. Les avocats ont compris que c'était une antichambre pour les groupes AA et ils se sont libérés de leurs peurs. »
Pour toutes informations concernant le Programme d'aide aux membres du Barreau de du Québec (PAMBA), les avocats et avocates sont invités à communiquer avec Me Guy Quesnel au (514) 286-0831 (région de Montréal) ou le 1-800-747-2622 (extérieur de Montréal), 365 jours par année, 24 heures par jour. En ce qui a trait à Juri-Secours, les numéros sont le (450) 463-9163 (région de Montréal), (418) 649-8810 (région de Québec) et (819) 772-8586 (région de l'Outaouais). Ils peuvent aussi être composés toute l'année, à tout moment.
Classique de littérature chinoise, Au fil de l'eau décrit des hommes et des femmes aux prises avec leurs passions et l'ardent espoir d'un renouveau.
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