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Isabelle Huard*
Il n'y a point d'homme qui ne puisse être son propre juge, quand il le veut sincèrement.
- Grimm
Dans le domaine juridique, l'élémentaire constitue souvent l'essentiel. Aussi, convient-il de retenir que c'est le droit, la loi et le pouvoir de légiférer qui fondent la raison d'être de la magistrature.
Mais qu'en est-il des origines et du sens des mots juge, magistrat et honorable?
D'abord, le mot juge (du latin judex) provient de jus et dicere, qui signifie « dire le droit ». Bien sûr, le mot juge renvoie au sens large au magistrat chargé de rendre la justice et d'appliquer les lois. Historiquement, dès le IVe siècle, les Wisigoths donnaient le titre de juge à leur chef. La mythologie grecque en fait également mention avec les Juges des enfers, dont faisaient partie Minos, Eaque et Rhadamante, qui jugeaient les âmes des morts. Ceci n'est pas sans rappeler le Saint-Pierre des croyances populaires.
Autrefois, on appelait les « juges ordinaires » ceux qui avaient la connaissance de certaines causes en vertu du droit que leur conférait leur titre et non en vertu d'une commission exceptionnelle. On appelait du même nom les juges qui siégeaient toute l'année et non successivement et par semestres. Les « juges extraordinaires », quant à eux, étaient ceux qui ne connaissaient que certaines matières très pointues des juridictions ordinaires. En droit romain, le rôle de juge (judex) venait après celui du magistrat, qui organisait l'instance et fixait l'objet du litige entre les parties. Le juge tranchait déjà à l'époque le différend par une sentence qu'il rendait toujours seul et il était choisi par les parties ou tiré sur une liste dressée à l'avance.
Plusieurs périodes de l'Histoire font mention de juges (Grand juge d'Aragon, juges d'Israël, Livre des juges, etc.). Aujourd'hui, le juge fait partie du quotidien, à tel point qu'au Québec, notre langue a cette particularité de nommer « juge de ligne » celui qui, au hockey, est chargé de surveiller les hors-jeu!
Le « magistrat », quant à lui, provient du latin magistratus qui désigne à la fois le fonctionnaire et la fonction. En droit romain, le nom de magistrat s'appliquait à tout fonctionnaire investi de l'autorité publique. Dans un sens restreint, magistrat était opposé à juge. Le magistrat avait pour fonction d'entendre les parties et d'investir le juge; selon la procédure (du formulaire ou extraordinaire), le magistrat délivrait la formule ou statuait lui-même définitivement.
Le mot « honorable » nous vient du latin honorabilis, de honor signifiant honneur. Nous parlons de quelqu'un d'honorable lorsqu'il est digne de considération et d'estime. En Angleterre, la qualification d'honorable (honourable) précède le nom des fils de vicomtes ou barons, de divers magistrats ou fonctionnaires et des membres de la Chambre des communes. Toutefois, l'adjectif honorable est employé abusivement au Canada comme titre, sous l'influence de l'Anglais. On doit s'adresser à « M. le juge » et non à « l'Honorable ». Et s'il porte la robe... d'une femme, ce sera à « Mme la juge » que l'on s'adressera. Ce titre d'honorable ne peut donc accompagner le nom d'un élu du peuple, qu'il soit député, ministre ou premier ministre.
Sources : Larousse du XXe siècle, sites Internet : Juripole, serveur juridique de Lorraine; Parler au quotidien; Dictionnaire universel francophone en ligne.
* Détentrice d'une maîtrise en Études littéraires de l'UQAM, Isabelle Huard collabore à plusieurs publications à titre de rédactrice pigiste et enseigne la rédaction spécialisée au Collège de Sherbrooke.
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