ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
C'est sur les ailes d'Air Barreau que s'est déroulé, le 21 octobre dernier, le colloque sur les carrières internationales, offert par l'École du Barreau du Québec. Bien que le colloque visait essentiellement à présenter aux étudiants de l'École les possibilités de stages à l'international, il demeurait une bonne source de renseignements pour tout juriste s'intéressant à cette dimension de la pratique. Tel que le mentionnait Me François Fontaine, président du comité de formation du Barreau, « il s'agit d'ouvrir les horizons des juristes puisqu'il est maintenant incontestable que la pratique du droit est en mutation ». D'où une intention de sortir de façon informelle du programme de l'École et de continuer à promouvoir la pratique du droit à l'extérieur de nos frontières où, paraît-il, les avocats québécois sont l'objet d'une grande estime.
Me Stewart Shackleton, du cabinet Simmons & Simmons de Londres, a fait part de son expérience en arbitrage au niveau international, un domaine en nette progression, a-t-il pris soin de souligner |
Divers ateliers ont été offerts, dont l'un sur l'arbitrage et le commerce international. Me Pascal Paradis, de l'étude McCarthy Tétrault, a expliqué comment, à partir de son bureau de Québec, il œuvre en droit international en travaillant sur du financement de projets en Amériques centrale et latine. Pour lui, le droit international devient une réalité quotidienne de la pratique des avocats québécois puisque les clients obligent la profession à une telle adaptation. Me Paradis, qui est titulaire d'une maîtrise en droit international, est d'avis que, pour la plupart des avocats d'ici, le Québec demeure l'endroit le plus facile pour œuvrer dans le domaine du droit international. « C'est ici qu'ils ont leur réseau de contacts ». Puisqu'il est faux de croire que l'épithète international rend la chose plus intéressante, il recommande de développer une passion pour un domaine particulier. Il devient ensuite essentiel, ajoute Me Paradis, d'acquérir une expérience internationale, de miser sur une compétence particulière, de pousser l'apprentissage de plusieurs langues, de commencer à agir localement, et de garder en tête que les qualités personnelles et l'ouverture d'esprit sont essentielles.
Me Stewart Shackleton, du cabinet Simmons & Simmons de Londres, a fait part de son expérience en arbitrage au niveau international, un domaine en nette progression. Les sentences arbitrales sont plus flexibles, de dire Me Shackleton, et conviennent mieux à des traditions juridiques différentes. Aussi, un État qui refuserait de les reconnaître s'exposerait à un impact sur sa réputation internationale. Il reconnaît, par ailleurs qu'il existe très peu de formation en arbitrage et que chacun des avocats œuvrant dans ce domaine y est arrivé par un chemin différent. Il considère toutefois que des études en droit comparées sont plus susceptibles d'être utiles à un avocat désirant œuvrer dans le domaine de l'arbitrage à l'international que des études en arbitrage comme tel.
Un autre atelier portait sur le droit du développement. Me Roch Lévesque, de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) est venu expliquer la place et l'étendue de cet organisme à l'étranger ainsi que les différentes formes de collaboration qu'un juriste peut avoir avec l'Agence. Me Lévesque a notamment rappelé que les avocats québécois, en raison de leur familiarité avec les systèmes de droit civil et de common law, ont leur place dans cette sphère du droit et qu'ils sont d'ailleurs de plus en plus intégrés à toutes les étapes de différents projets de développement et non pas uniquement lors de la conclusion des accords. Il insiste sur l'importance d'être audacieux et de tenter d'acquérir le plus d'expérience possible au sein d'organismes non gouvernementaux.
Me Alexandre Backovic, quant à lui, a fait part de son expérience de stagiaire au sein de l'Institution internationale du droit du développement à Rome et des péripéties administratives qu'il a dû vivre afin d'obtenir du financement. Le moins que l'on puisse dire est que Me Backovic constitue un exemple vivant de la ténacité et de la passion qui doit animer le stagiaire à l'international. Son constat est à l'effet que la formation prodiguée par l'École du Barreau est un passeport pour le monde et que la neutralité du Canada est tout à l'avantage des avocats québécois.
Me France Mainville, de l'École du Barreau, et Mme Catherine Anne Devlin, du ministère des Relations internationales, ont par ailleurs présenté un atelier sur les modalités à observer pour effectuer un stage à l'étranger et sur les programmes de stages internationaux du ministère des Relations internationales. Il existe deux façons de trouver un stage à l'étranger, de dire Me Mainville: se prévaloir des efforts accomplis par l'École et poser sa candidature à un stage négocié par cette dernière, ou encore, trouver soi-même un stage et présenter son dossier au Comité de formation professionnelle pour qu'il soit reconnu par l'École. Me Mainville rappelle que dans les deux cas, il est important de bien cibler ses intérêts, d'être persévérant et de faire preuve de patience. Quant au programme du ministère, auquel sont exceptionnellement admissibles les étudiants actuellement inscrits à l'École du Barreau, Mme Devlin a expliqué qu'il permet de travailler au sein d'un organisme international et d'obtenir une allocation de 15 000 $.
Enfin, tous les participants ont eu droit à un dîner causerie où les organisateurs avaient pris soin d'inviter, à chacune des tables, un juriste exerçant dans le domaine de l'international, question de répondre aux diverses interrogations des participants. Le colloque s'est terminé au son de la cornemuse, avec dégustation de scotch et de bouchées écossaises. Une façon de rappeler à tous les participants qu'une carrière à l'international, c'est bien plus que le travail!
C'est avec toute sa chaleur et son franc-parler que la juge Claire L'Heureux-Dubé s'est adressée aux participants du colloque de l'École du Barreau sur les carrières internationales. Bien qu'elle se soit elle-même qualifiée de « dinosaure », c'est plutôt une vision moderne et enthousiaste du rôle des avocats québécois à l'international qu'est venue exposer la juge de la Cour suprême du Canada.
Madame L'Heureux-Dubé a d'abord expliqué qu'au début de sa carrière, le droit étranger servait de source d'interprétation alors qu'elle remarque maintenant un dialogue entre le droit de différentes juridictions. Elle a insisté sur l'importance de référer aux conventions internationales pour s'imprégner des principes de base sur lesquels le monde s'entend. Elle a par ailleurs déploré la méconnaissance, par de nombreux juristes, de ces conventions et les a invités à les présenter aux tribunaux afin que ces conventions servent de sources d'interprétation et de réflexion.
Quant à la place des jeunes Québecois désireux de faire carrière à l'international, Madame le juge L'Heureux-Dubé les invite à oser. La communauté juridique est maintenant internationale, dit-elle, et il y a de plus en plus d'ouverture pour les juristes québécois dans ce domaine, tant à l'étranger que dans les bureaux situés au Québec, mais qui œuvrent dans des dossiers ayant des ramifications partout dans le monde. Elle a notamment insisté sur l'importance des langues et sur la familiarité des Québécois avec les deux grands systèmes que sont la common law et le droit civil.
Enfin, Madame L'Heureux-Dubé a répondu aux critiques qui prétendent que traiter des problèmes d'une société n'est pas l'apanage du droit. Pour elle, « le droit, c'est le monde », ce qui implique les valeurs privilégiées par une société. En ce sens, dit-elle, on ne peut faire de droit en occultant ces questions.
© Barreau du Québec 1996-2012