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L'ex-journaliste et éditorialiste Gérard Pelletier raconte, dans ses mémoires Le temps des choix, qu'il n'était pas très heureux dans le métier de politicien. Il détestait particulièrement le droit parlementaire. Un jour, le député et avocat David Lewis du NPD lui avait fait comprendre que les gens qui n'ont pas de formation juridique sont mal préparés pour faire de la politique.
Louis Massicotte, professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal |
Louis Massicotte, professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal, raconte souvent cette anecdote à ses étudiants pour leur faire comprendre la place des avocats en politique. « Les éditorialistes sont habitués de regarder les deux côtés de la médaille alors que le rôle de l'avocat est de défendre une cause, pas de chercher la vérité absolue. Les avocats ont en général un tempérament qui peut plus facilement se mouler aux exigences de la politique. La politique n'est pas attirante pour les scientifiques. »
Les avocats sont nombreux à se lancer en politique. Aux élections fédérales de cet automne, le Parti conservateur avait sept candidats avocats au Québec (plus deux étudiants en droit), le Bloc québécois en avait neuf et le Parti libéral, 15. Ils sont attirés en politique parce que c'est un domaine proche de la pratique du droit.
« L'avocat conseille le client sur les lois et discute avec le tribunal de la façon de les appliquer, alors que le député fait les lois », de faire remarquer Jacques Bourgault, avocat et professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal. Il note aussi que le rôle d'officier public de l'avocat peut l'inciter à s'engager dans sa communauté.
En politique, les avocats peuvent mettre en valeur leur tempérament combatif et leur talent oratoire. Dans les débats parlementaires, ils ont souvent l'avantage parce qu'ils sont formés pour prendre la parole devant les tribunaux. Ils connaissent les règles et sont habitués de les respecter. « Ce sont des personnes qui ont une cuirasse plus dure que d'autres. Ils sont capables de prendre des coups et d'en donner », de dire Vincent Lemieux, professeur de sciences politiques à l'Université Laval.
En raison de leur formation, les juristes ont d'habitude une longueur d'avance en politique sur les autres professions. Ils connaissent le jargon juridique et les institutions. D'ailleurs, on déplore souvent que les nouveaux députés non-juristes mettent plus de temps que les autres à se familiariser avec les rouages de la production législative et avec les facettes de l'administration publique.
Selon Louis Massicotte, qui a écrit une thèse de doctorat sur l'histoire du parlement québécoise depuis 1867, 43 % de l'ensemble des députés au Québec étaient juristes de 1867 à 1881, alors qu'entre 1927 et 1936, le pourcentage n'était plus que de 29 %. De nos jours, le pourcentage est encore plus bas.
À une certaine époque, les seules personnes assez scolarisées pour espérer avoir un poste en politique faisaient partie des professions libérales : les médecins, les notaires, les architectes, les avocats (la politique était interdite aux prêtres). Et seules les professions juridiques avaient des affinités avec le travail de politicien.
Traditionnellement, les avocats sont associés aux hautes sphères du pouvoir. La plupart des premiers ministres québécois ou fédéraux étaient avocats. Le premier ministre voit généralement à ce que plusieurs ministres soient avocats. Aussi, les postes de solliciteur général et de ministre de la Justice leur sont réservés.
De plus, le professeur Louis Massicotte rappelle la place importante qu'avaient anciennement les avocats députés québécois dans le pouvoir législatif, même s'ils n'étaient pas ministres. Les députés, qu'ils soient ou non du parti au pouvoir, présentaient des projets de lois et certains étaient adoptés par l'Assemblée nationale. La proportion d'avocats parmi les députés qui déposaient le plus de projets de loi était de 99,5 %, selon Louis Massicotte. Cette pratique est disparue avec l'arrivée de Duplessis au pouvoir.
La liberté et la marge de manœuvre professionnelle qu'ont les avocats de pratique privée facilitent peut-être leur entrée en politique : en quittant la pratique pour la politique, ils peuvent confier leur clientèle à des associés. Après un mandat de quatre ou huit ans à Ottawa ou Québec, le député avocat revient à la pratique avec un capital de notoriété et un réseau de contacts qu'il peut mettre à profit. C'est plus difficile pour un employé de quitter et revenir après un mandat de député. Quoique, dans certaines grandes entreprises, un employé conserve la sécurité d'emploi pendant qu'il est élu, de faire remarquer Jean Crête, professeur de sciences politiques à l'Université Laval. C'est plus difficile dans le milieu universitaire. « Un chercheur universitaire qui va en politique pendant plusieurs années ne peut pratiquement pas revenir travailler dans son créneau, car ce sera difficile d'avoir des subventions », de dire Jean Crête. Par contre, l'avocat, après la fin de son mandat, est souvent nommé à un tribunal ou à un organisme administratif pour y finir sa carrière.
Il y a d'autres professionnels qui travaillent à leur compte et qui pourraient concurrencer les avocats en politique. Jean Crête pense notamment aux acteurs. Comme les avocats, ils ont appris l'art de séduire et de convaincre. En politique, comme dans les métiers d'acteurs et d'avocats, il est essentiel d'avoir de la facilité à s'exprimer. Cela dit, les artistes de la scène sont cependant peu familiers avec les questions législatives.
À la différence des avocats, les acteurs mémorisent leurs textes et les pratiquent avant de les déclamer en public. Il font varier les émotions et font tout ce qu'il faut pour que le public reste accroché. Mais ces habiletés sont différentes de celles des avocats. « Ces derniers sont entraînés aux débats publics. On en a eu un exemple dans le dernier débat des chefs à la télévision. Ils sont entraînés à donner la réplique immédiatement. Ils doivent avoir la répartie au bon moment. Après, c'est trop tard », d'expliquer Jean Crête.
Il est évident que la pratique de la politique a des affinités nombreuses avec la pratique du droit, probablement plus qu'avec n'importe quelle autre profession. Pas étonnant que les avocat soient encore nombreux à se lancer en politique. Sans compter que les formations politiques apprécient avoir des membres du Barreau dans leur organisation parce qu'ils ont ainsi accès rapidement aux connaissances et à l'expérience d'avocats engagés et de confiance. « Dans notre profession, on pratique selon des standards de professionnalisme. On fait pour nos clients ce qu'il faut faire, indépendamment de la sympathie ou de l'antipathie que nous avons pour eux. Quand nous nous engageons pour un parti politique, notre engagement est total parce que nous y mettons en plus notre enthousiasme pour les idées politiques », de conclure l'avocat et professeur de sciences politiques Jacques Bourgault.
Neuf membres du Barreau du Québec ont été élus lors des élections fédérales du 27 novembre dernier.
Circonscription de Montréal-Ouest
Me Martin Cauchon (1985 - section de Montréal)
Député d'Outremont (Parti libéral du Canada)
Me Paul Martin (1978 section de Montréal)
Député de LaSalle-Émard (Parti libéral du Canada)
Me Irwin Cotler (1968 section de Montréal)
Député de Mont-Royal (Parti libéral du Canada)
Me Marlene Jennings (1988 section de Montréal)
Députée de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine (Parti libéral du Canada)
Circonscription de Laval
Me Carole-Marie Allard (1991 section de Montréal)
Députée de Laval-Est (Parti libéral du Canada)
Circonscription de la Rive-Sud
Me Robert Lanctôt (1989 section de Longueuil)
Député de Châteauguay (Bloc québécois)
Circonscription de l'Estrie
M. le bâtonnier Denis Paradis (1976 section de Bedford)
Député de Brome-Missisquoi (Parti libéral du Canada)
Circonscription de Québec région
Me Michel Guimond (1989 section de Québec)
Député de Beauport-Montmorency-Orléans (Bloc québécois)
Circonscription de la Mauricie
Me Michel Bellehumeur (1986 section de Laurentides-Lanaudière)
Député de Berthier-Montcalm (Bloc québécois)
Par ailleurs, M. Jean Chrétien, député de Saint-Maurice et Premier ministre du Canada, a démissionné du Barreau du Québec en 1991.
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