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De nos jours, le mot festival se prête à toutes les saisons et à toutes les activités. On peut avoir le festival de la tomate rose sans peur ni pépin, celui du chien qui n'aboie point mais qui mord souvent, celui de la danse sur les mains et les pieds sans dessus dessous. Il y a évidemment des festivals mieux réputés, tels celui d'Avignon puis celui des vieilles charrues, celui du film de Cannes et celui des films du monde de Montréal, celui de l'oie blanche de Montmagny, puis celui de la musique country, et celui de musique de Lanaudière et aussi le festival de jazz de Montréal.
Parlant jazz, on apprenait au détour du nouveau millénaire que le mot jazz avait été le mot nouveau le plus important du vingtième siècle. D'abord en 1918, jezz, puis en 1920 jazz, ce mot a un double sens de danse et de genre musical. L'origine de ce mot proviendrait d'un verbe argotique noir en usage à la Nouvelle-Orléans vers 1870-1880, qui signifierait exciter, avec une connotation rythmique et érotique. Né dans le sud des États-Unis, le jazz émigre vers Chicago, puis dans tout le pays pour devenir une musique universelle, écoutée par les Noirs surtout pour la danse, puis par des publics de plus en plus variés à partir de 1920-1930. Vers 1955, le jazz devient une musique plus savante avec le be-bop qui succédait au swing et au rythm and blues des année 1935-1945. Puis en 1965, on joue du jazz libre. À Montréal, cet été on pourra faire danser en français durant le festival, des mots comme jazz-band, jazzman, jazziste, jazzifier, jazzique et jazzoloque sur la musique des montréalais Oliver Jones et Oscar Peterson.
Dans mon enfance, le mot festival éveillait une saison, l'hiver, et une activité précise, le festival du Mont-Saint-Louis au Forum de Montréal. À huit ans, j'étais académicien. Je fréquentais, à Laval-des-Rapides, une école dirigée par les frères des écoles chrétiennes : l'Académie Saint-Jean-Eudes. Les élèves qui s'étaient illustrés davantage parmi les enfants de chœur, par la qualité de leur génuflexion et de leur oraison, et ceux du chœur de chant, par la couleur et la hauteur de leur réponse, recevaient une passe gratuite pour le festival du Mont-Saint-Louis, école dirigée aussi par les frères des écoles chrétiennes. À onze heures, le samedi, nous quittions l'Académie pour traverser au galop, tant il faisait froid, la rivière des Prairies sur la passerelle jazzifiante, le long du pont des gros chars. Puis, nous montions à bord de tramways, les petits chars, chancelant et vacillant, conduits par des garde-moteur à qui il ne fallait point parler et qui nous intimaient d'avancer vers l'arrière. Aux portes du Forum, c'était la cohue, le tohu-bohu tellement c'était grouillant de petit monde qui nous portait, deçi delà, en haut en bas, comme une vague. Cela m'effrayait. Je ne savais point nager dans ces eaux de foule car à Laval-des-Rapides il n'y avait jamais foule comme ça, même à l'église. Soudain, la marée humaine me laissait tomber près d'un tourniquet où on me déchirait mon ticket. Nous montions et montions alors au paradis du Forum. Parfois, il arrivait que nous ne soyons point à l'arrière d'une colonne soutenant le temple du Forum. Nous pouvions alors mieux imaginer ce qui se courait ou sautait là-bas dans le lointain sur la patinoire. Notre académie déléguait au festival ses meilleurs patineurs pour concourir à des courses en solitaires ou à relais contre les autres écoles, comme le Plateau, Saint-Stanislas, Saint-Viateur. De l'endroit où on logeait dans le temple, on ne pouvait pas distinguer si le patineur qui trébuchait contre la couleur de la ligne bleue était ou non un de nos académiciens. Il y avait aussi des sauteurs qui s'élançaient, voltigeaient entre ciel et glace, et atterrissaient sur un baril qui s'enfuyait. On savait que ce n'était point un académicien car à l'école nous n'avions point de baril et, par conséquent, point de sauteur. C'était avec des barils aux couleurs du Seven-up, qu'entre les périodes de la joute de hockey mettant aux points le Mont-Saint-Louis et l'École Polytechnique, des arroseurs arrosaient la glace. Il y avait des araignées géantes qui se balançaient sur un trapèze puis se projetaient vers l'abîme de la glace en bas pour être cueillies juste en temps par une main secourable. Elles étaient vêtues comme les ballerines graciles qui étaient venues danser sur la scène de l'Académie Saint-Jean-Eudes l'automne précédent. Le curé avait conseillé à mon père de ne pas nous permettre d'aller voir les danseuses de ballet. Nous avions, mes frères et moi, placé les chaises dans la salle puis assisté aux sauts de chat et d'entrechats des ballerines avec une émotion vive, coupable et délicieuse.
Durant le festival, comme nous ne pouvions pas tellement voir ce qui se déroulait sur la glace, même si on annonçait dans le programme clowns et mangeurs de feu, nous allions au restaurant. du Forum. Là, on pouvait voir de près des académiciennes en fleurs des écoles de sœurs et les entendre qui piaffaient et pouffaient des rires écoles. Timidement d'abord, on leur parlait de sauteurs de barils et de trapézistes-ballerines puis, timidement encore, on leur causait d'elles et un peu de nous en partageant patates trop frites et Seven-up pétillant.
Quelques festivals plus tard, j'ai cessé d'être académicien pour devenir collégien à Limoilou, à l'Externat classique Saint-Jean-Eudes. Là et alors, adolescent avec des boutons, je me suis retrouvé dans une mer humaine le long de la rue Saint-Jean, dans une atmosphère de festival, avec clowns et musiciens qui jazzifiaient allègrement. C'était le Carnaval de Québec à ses débuts, avec son bonhomme et ses belles duchesses et sa chanson « Carnaval, festival, mardi gras ». Je me sentais alors sans peur ni reproche, grisé d'être porté deci delà par cette foule en plaisir. Je me suis alors promis de me retrouver un jour au Carnaval de Venise, déguisé en trapéziste, comme Burt Lancaster dans le film Trapèze avec Gina Lollobrigida. Encore à ce jour, je n'entends point consulter cardinal, curé ou bedeau pour me délivrer de ma promesse que j'exécuterai bien un soir.
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