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Selon les vents moelleux du printemps, le mot audition affiche moins d'audience que durant les mortes saisons précédentes. On cause de plus en plus de la date d'audience du procès des jumeaux maltraités. On ajoute que l'audition des témoins en cette affaire va prendre deux semaines. On distingue de mieux en mieux que, dans une audience, il y a audition de témoins puis plaidoiries des avocats. On comprend d'avantage qu'en anglais le mot hearing signifie à la fois audition et audience mais qu'en français ce sont là deux réalités distinctes et qu'il ne faut pas mêler les serviettes avec les serpillières.
Par contre, certains autres mots résistent davantage aux vents emportés de l'hiver et continuent de fleurir comme de l'ortie sous la lune. Il en est ainsi des plaidoyers de culpabilité et des plaidoyers de non culpabilité. Au lieu de dire pompeusement que sa cliente enregistre un plaidoyer de culpabilité pourquoi ne pas dire simplement qu'elle reconnaît sa culpabilité ou qu'elle s'avoue ou se reconnaît coupable ou qu'elle plaide coupable. Plusieurs avocats continuent d'enregistrer des plaidoyers de non culpabilité, et ce, sans qu'on ne les entende prononcer le début d'un iota d'un plaidoyer. En effet, le mot plaidoyer réfère nécessairement à un discours prononcé à l'audience pour défendre le droit d'une partie. Quand un avocat déclare déposer ou enregistrer un plaidoyer de culpabilité, son client devrait pointer l'oreille et se demander si son avocat n'ait pas partie liée avec le ministère public et veut venir en aide à la poursuite. Car si son avocat enregistre un tel plaidoyer de culpabilité, c'est qu'il veut, par un discours éloquent et bien senti devant le tribunal, convaincre le juge au-delà de tout doute que son client est bel et bien complètement coupable.
Une expression qui semble fondre comme neige au soleil du printemps c'est dossier légal pour désigner improprement le dossier de cour contenant les diverses pièces, procédures d'une affaire portée devant un tribunal. On parle de plus en plus du dossier de cour laissant le soin au tribunal de statuer plus tard si ce dossier contient un élément légal ou illégal. Par contre, le terme latin subpœna résiste et s'accroche comme une plante grimpante par ses vrilles au mur de la résistance de certaines avocates et certains juges en mal de lettres de la Rome antique, même si ce terme n'existe point en français. Dans la langue juridique, écrit Guy Bertrand, le conseiller juridique à Radio-Canada, citation ou assignation à comparaître désigne le document officiel qu'on remet à un témoin pour qu'il se présente devant les tribunaux. Quand un témoin reçoit une citation à comparaître on dira de cette personne qu'elle est citée ou assignée à comparaître.
Il ne faut pas faire violence à une femme, c'est tout à fait indigne et aussi c'est là une expression archaïque. C'est synonyme du verbe violer. Il semble que ce ne soit qu'au Québec qu'on continue d'utiliser cette expression violence faite aux femmes. Ailleurs, on parle de violence exercée sur les femmes, de violence envers les femmes et surtout de violence contre les femmes.
D'autre part, pour tenter d'en finir avec les abus sexuels, ne faudrait-il point parler d'agression sexuelle car c'en est véritablement une agression commise trop souvent à l'égard d'enfants, ou parler d'exploitation sexuelle d'enfants. L'équivalent français du terme anglais sexual abuser est agresseur sexuel. On parlera d'agresseur sexuel en série ou en contexte d'agresseur en série comme d'un tueur en série. Malheureusement, on continue de parler d'abus sexuels au pays du Québec. Même le Petit Robert ne s'abuserait-il point et, ce faisant, ne nous abuserait-il pas en parlant dans sa dernière édition d'abus sexuels contre les enfants au lieu d'agression sexuelle ou d'exploitation sexuelle? L'abus c'est l'usage mauvais, excessif ou injuste qu'on fait d'une chose : abus d'alcool, abus de pouvoir, abus d'autorité, abus de droit... Le verbe abuser, quand il est transitif indirect, signifie user mal d'une chose comme abuser de ses forces. Quand il est verbe transitif direct, il a trait aux personnes et signifie alors tromper, berner, leurrer. Chercher à abuser quelqu'un, se laisser abuser ou s'abuser dans le sens de se tromper, se méprendre, exploiter, comporte justement cette notion d'abuser de quelqu'un à son profit. L'exploitation de l'homme par l'homme. L'exploitation des femmes et des enfants dans les pays pauvres. Pourquoi ne par parler d'exploitation sexuelle d'enfant quand on veut parler de cette triste réalité que sont non seulement les relations sexuelles mais aussi les jeux sexuels entre un adulte et un enfant ayant pour but de stimuler sexuellement cet enfant ou de l'utiliser pour obtenir une stimulation sexuelle sur sa personne.
Récemment, me sont tombés en mains libres, des mots d'un collègue du Collège Sainte-Marie et de la Faculté de droit à Montréal, le juge Pierre Viau, de la Cour supérieure à Montréal. Il écrivait sur le plaisir de lire.
« Lire, dit Pierre Viau, par nécessité mais surtout par plaisir, pour la sonorité des mots qui chantent, dansent et nous entraînent joyeusement ou mélancoliquement sur les chemins d'un monde souvent bien inconsistant... Lire la nature, les frissons du tremble, le frémissement des eaux, la majesté du vol plané de l'oiseau. Conserver tout cela en soi. Le méditer. L'oublier. L'assimiler. Et un jour, peut-être, retrouver cette beauté dans un mot, une phrase, un vers. Comme l'écrivait si bien Rilke, parlant des souvenirs : C'est lorsqu'ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu'ils n'ont plus de nom et ne se distinguent plus en nous, ce n'est qu'alors qu'il peut arriver qu'en une heure très rare, du milieu d'eux se lève le premier mot d'un vers. »
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