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Spécialiste en droit du commerce international bien connue pour ses nombreux écrits et professeure en management à l'Université Laval, Me Nicole Lacasse est officiellement devenue, au début avril, titulaire fondatrice de la Chaire Stephen-Jarislowsky en gestion des affaires internationales. Dotée d'un capital de 1,5 million $, la Chaire aura pour mission première de favoriser la recherche et la formation en la matière.
M. Stephen Jarislowsky, président de Jarilowsky Fraser, Me Nicole Lacasse, professeure et titulaire fondatrice de la Chaire Stephen-Jarislowsky en gestion des affaires internationales, et le ministre du Commerce international du gouvernement du Canada, M. Pierre Pettigrew |
Pour Me Lacasse, la naissance de la Chaire marquera le début d'une nouvelle ère dans la région de la capitale mais également dans toute la province. Enfin, dit-elle, nous pourrons nous positionner sur la scène des échanges internationaux en développant un savoir propre adapté aux besoins de nos marchés. Et, les juristes pourraient grandement en bénéficier.
Au Québec, un peu moins d'une dizaine de professeurs-juristes sont spécialisés en commerce international. Dans les cabinets privés, l'expertise se retrouve presque exclusivement dans les grandes firmes citadines. Pourtant le marché est là, selon Me Lacasse. « Ce n'est pas de l'exotisme l'international... C'est pas juste Bombardier qui exporte. La PME du coin exporte », clame-t-elle.
La spécialiste croit donc que la communauté juridique doit prendre la place qui lui revient avant que d'autres professionnels n'accaparent le marché. Le mariage droit-gestion serait promis à un avenir reluisant. « Il faut sortir de nos champs traditionnels... On peut jouer un rôle important auprès des entreprises. »
Le premier pas à faire, toujours selon Me Lacasse, sera de rétablir l'image des avocats auprès des acteurs économiques. « Le juriste est encore perçu comme celui qui vient quand on a un problème », explique-t-elle.
Certes le droit est bien encadré et il est primordial de bien connaître les limites imposées. Mais, il faut savoir démontrer aux gens d'affaires, qui voient plus souvent qu'autrement l'avocat comme un empêcheur, que la règle offre une certaine souplesse. « Il faut voir là où il y a de la flexibilité et savoir l'utiliser », expose-t-elle. Dès lors, les dirigeants d'entreprises sauront déceler leurs avantages. D'une perspective contentieuse, on passe à une perspective d'affaires.
L'image des juristes ne s'en portera que mieux, juge Me Lacasse. « Il faut être faciliteur, montrer les limites juridiques. Le droit, c'est un moyen. »
Attention toutefois. La prise de conscience devra également être entamée par les juristes. « Le légal vu comme outil mais plus comme une fin en soi. »
Pour ceux qui prendront ce virage affaires, il est cependant important de comprendre qu'il faut vous rendre attrayants. Prêchant peut-être pour sa paroisse, la professeure insiste sur l'importance de bonifier la formation juridique. Comment? Un MBA en gestion par exemple. Ainsi, les candidats seront à même de comprendre la vision des dirigeants et pourront siéger parmi les comptables et autres professionnels qui ne se font pas prier pour envahir les hautes sphères décisionnelles.
La tâche de Me Lacasse s'annonce ardue. Autant elle veut convaincre ses pairs de se lancer dans le monde des affaires, autant elle veut conscientiser les gestionnaires d'entreprises qui ne sont souvent pas plus formés en « international ». Beaucoup se lancent sans expertise aucune quant aux règles qui régissent le commerce international. Paradoxalement, les marchés sont de moins en moins locaux. La mondialisation est bien réelle. « Le concurrent n'est plus à Lévis ou Québec quand on est à Sainte-Foy. Il est maintenant à Singapour ou Munich », souligne-t-elle.
Il deviendrait donc urgent que les gens d'affaires optent pour une formation accrue ou embauchent des spécialistes. Les membres de la Chaire se pencheront sur la question.
Autre obstacle de taille à surmonter, la dichotomie que voient les gestionnaires entre leur vision et celle des universitaires, ces pelleteux de nuages. « L'économie du savoir, ça va passer beaucoup par un mariage entre les universités et les entreprises », estime Me Lacasse, reconnaissant qu'il lui faudra investir énormément de temps et d'énergie dans l'aventure.
Et qui est Stephen Jarislowsky? Président de Jarislowsky Fraser Ltée, il est l'un des plus importants gestionnaires de portefeuilles au Canada. Sa fondation a donné 500 000 $ pour que la Chaire voie le jour. Le déblocage des fonds était conditionnel au versement d'une somme équivalente par les entreprises privées. Déjà, au moins six autres chaires canadiennes ont été créées grâce à ses contributions. Pourquoi investit-il autant dans les institutions d'enseignement? Pour donner de la pérennité à son nom, estime Me Lacasse.
Outre le richissime financier, les gouvernements fédéral et provincial participent au financement de la Chaire. Le ministre du Commerce international, Pierre Pettigrew, ainsi que le premier vice-président de l'Assemblée nationale, Raymond Brouillet, s'étaient d'ailleurs déplacés pour le lancement des travaux de la Chaire. Ottawa verse 500 000 $ alors que Québec en octroie quelque 200 000 $.
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