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Dîner de l'Association des diplômés en droit de l'Université de Montréal

Hommage à Louise Arbour

Indra Balassoupramaniane, avocate

C'est à l'honorable Louise Arbour, juge de la Cour suprême du Canada, que l'Association des diplômés de droit de l'Université de Montréal (ADDUM) a rendu hommage, le 24 octobre dernier, à l'occasion de son Grand dîner d'automne annuel.

Quelque 300 personnes ont tenu à rendre hommage à la juge Louise Arbour, dont le président de l'Association des diplômés en droit de l'Université de Montréal, M<sup>e</sup> Ménard Saucier
Quelque 300 personnes ont tenu à rendre hommage à la juge Louise Arbour, dont le président de l'Association des diplômés en droit de l'Université de Montréal, Me Ménard Saucier

Diplômée de la Faculté de droit de l'Université de Montréal (promotion de 1970, mention Distinction), ainsi que de plusieurs autres universités, la carrière de Louise Arbour est un exemple d'excellence. Avant d'intégrer la Cour suprême du Canada en septembre 1999, Madame Arbour avait été nommée procureure du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, d'octobre 1996 à septembre 1999. Tout au long de ces trois années, elle n'a pas cessé d'occuper le devant de la scène médiatique en se faisant remarquer par son courage et sa détermination. En ce soir du 24 octobre 2000, Madame le juge a choisi de partager quelques réflexions sur cette expérience à l'étranger avec les 300 anciens diplômés de la Faculté de droit de l'Université de Montréal venus lui rendre hommage.

Le Tribunal pénal international

Lors de son mandat au sein du TPI, Madame Louise Arbour s'est beaucoup investie pour mettre en place un système juridique pouvant juger les grandes affaires criminelles en matière de génocide et de crimes contre l'humanité. Cette entreprise a nécessité beaucoup d'effort et de persévérance, non seulement du fait qu'elle devait concilier deux séries de règles qui, de par leur nature et leur essence différaient radicalement, mais également à cause des disparités de culture et d'idéologie: « J'ai travaillé pendant trois ans à tenter de mettre sur pied un système juridique approprié pour mener à terme des poursuites pénales de grande envergure, en matière de génocide et de crimes contre l'humanité. (...) Ce projet juridique international, ainsi que l'établissement d'une Cour pénale internationale permanente visent à marier deux grands domaines du droit pourtant bien étrangers l'un à l'autre, soit le droit pénal et le droit international. (...) Le droit international est le domaine du droit le plus consensuel. Il repose sur les ententes scellées entre États souverains ou même parfois sur la pratique des États. C'est un droit qui respecte au premier plan la souveraineté des États et qui préfère de beaucoup le principe à la règle. Par contraste, le droit pénal est un droit coercitif, autoritaire et qui, ironiquement, se méfie parfois de l'autorité de l'État, ou tout au moins de l'abus d'autorité par les organes étatiques. Il s'agit d'un droit rigoureux, qui s'attend souvent à l'application stricte de la règle, tout au moins au profit de la liberté individuelle face à l'État. La fusion de ces deux disciplines provoque des conflits structurels importants qui s'aggravent facilement lorsque les juristes de formation anglo-saxonne et américaine préconisent la supériorité de leur système sur celui des Européens, plus particulièrement sur les systèmes d'origine civiliste où le modèle d'une justice pénale dite inquisitoire apparaît à ses tenants comme ayant une vocation universelle indiscutable », explique Louise Arbour.

Par ailleurs, ce séjour à l'étranger a permis à Madame Arbour de découvrir d'autres cultures étrangères, d'autres expertises juridiques, et de constater, à travers ses expériences de travail, l'excellence des avocats canadiens et, plus particulièrement, des juristes québécois qui étaient les mieux préparés à gérer les projets internationaux de cette importance: « Je vous avoue, avec toute l'humilité que vous jugerez appropriée d'attribuer à mes propos, que les juristes canadiens excellent dans ce genre d'entreprise et que les québécois s'y distinguent de façon toute particulière, en raison, comme bien d'autres l'ont déjà fait remarquer, de leur bilinguisme et de leur biculturalisme juridique. »

Elle poursuit en développant notamment les principaux points qui caractérisent le niveau des avocats canadiens: « Il me semble important de souligner deux des nombreuses raisons qui contribuent à notre succès dans les entreprises juridiques qui nous écartent des sentiers battus. D'une part, il serait à la fois ingrat et immodeste pour moi de ne pas reconnaître la qualité exceptionnelle de l'enseignement que nous avons reçu, tous et chacun, à différentes étapes de notre formation juridique, au sein d'une faculté de droit qui se voue à la poursuite et au maintien de l'excellence. Et je profite de notre réunion, ce soir, pour rendre hommage à tous ceux et celles qui ont œuvré et qui continuent de faire carrière dans l'enseignement du droit à l'Université de Montréal. C'est sans fausse modestie que j'attribue à mes professeurs la part du lion sinon de toutes mes réussites, du moins de celles qui reposent sur le savoir et la rigueur intellectuelle.

« (...) Le deuxième facteur qui contribue grandement à l'exportabilité de notre expertise juridique, tout au moins dans les domaines de droit public, c'est à mon avis l'impact de la Charte canadienne des droits et libertés sur notre conception même du droit et de son évolution. En effet, plusieurs d'entre nous avons été formés avant l'avènement de cette Charte qui a bousculé nos notions les plus fondamentales de justice et d'équité. Plusieurs encore avaient fait carrière, par exemple en droit pénal, sur des assises que la constitution nous forçait à remettre en question. Il me semble que ce soit la marque des grands systèmes de justice, surtout de justice criminelle, que d'avoir une capacité forte d'autocritique, d'examen approfondi et de réforme le cas échéant. Cette exigence, nous l'avons vécue et de ce fait, nous avons acquis, je crois, une maturité intellectuelle qui vient moins de l'adhérence aveugle à la tradition que de la volonté de se remettre en question. Je pense que nous avons développé, dans la foulée des exigences de la Charte et de l'hégémonie des exigences qu'elle comporte, une sorte de réflexe déontologique qui nous sert, au Canada, et qui nous place dans une position enviable de leadership sur la scène internationale. »

Madame Arbour conclut son allocution en exprimant toute la joie qu'elle éprouve de se retrouver parmi les siens, après ses longs périples et expériences à l'étranger: « En aménageant à Ottawa, je me suis indéniablement rapprochée de mes vieux amis d'ici, et l'honneur que vous me décernez ce soir me plonge dans l'angoisse existentielle de constater qu'entouré de ses vieux amis de Faculté, généreux et tolérants, on se sent l'audace de toutes les prophéties. »

Des changements

Les représentants de l'ADDUM ont clos le magnifique discours de Madame Louise Arbour en lui décernant le diplôme d'honneur pour la remercier pour ses éminents services à la collectivité et pour la réussite exceptionnelle de sa carrière.

D'autres personnalités sont intervenues lors de cette grande soirée, en particulier Jacques Frémont, le nouveau doyen de la Faculté de droit de l'Université de Montréal. Avant de présenter l'invitée d'honneur, l'honorable Louise Arbour, il a parlé des principaux changements survenus dernièrement au sein de la Faculté, dont notamment le renouvellement du personnel professoral à la suite des départs en retraite et la mise en place de nouvelles formations et diplômes afin de mieux répondre aux besoins du marché. Toutes ces mesures vont donc améliorer, encore plus, la qualité et l'excellence de l'enseignement du droit au Québec.

 

 
 

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