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En l'an 2001, s'il avait 21 ans, Marcel Trahan choisirait d'être avocat en droit des jeunes. Ça lui permettrait, dit-il, de s'acquitter de la plus noble obligation d'un être humain, soit de permettre à quelqu'un de s'épanouir.
Dans une fable de La Fontaine, certains s'étonnent qu'un vieillard, un octogénaire, continuait à planter. Le juge Marcel Trahan est né à Nicolet l'année de la Première Guerre mondiale, en 1914. Quand la Deuxième Grande guerre fait rage, en 1942, il est requis de se faire soldat. On le refuse : il était incapable de voir le danger, plaisante-t-il. Jamais de toute sa vie, en raison de la faiblesse de sa vue, il n'a conduit une voiture. C'est son épouse qui le conduisait à son bureau de juge et venait l'en chercher.
Sur le pas de la porte de sa résidence, à Saint-Laurent, cet octogénaire enflammé me récite un poème électrisant, intitulé Hécatombe, sur la dispersion des Acadiens. Il continue, au haut du douzième étage de son logis, de planter dans la terre de la vie: par son verbe demeuré beau et haut et par ses lectures et son écriture sur les choses et les gens, dont les Trahan. Car il écrit sur la famille Trahan, dont Joseph Trahan, qui était aux côtés du général Montcalm en 1760, à Québec, lors de la bataille des plaines d'Abraham. Tous les résidents de l'immeuble où vivent le juge Trahan et son épouse ont su au lendemain de l'émission de télévision sur l'histoire vivante du Canada que ce Joseph Trahan était un ancêtre important.
C'est à 14 ans, en lisant un livre de son père, que Marcel Trahan découvre qu'il est Acadien. Il va le demeurer sans relâche aucune depuis. Il a découvert force Trahan aux États-Unis, en Angleterre et en France. Il avait perdu sa mère à l'âge de neuf ans. Son père, qui fut député à Québec puis à Ottawa avec Laurier, le place alors à Montréal comme pensionnaire chez les sœurs.
Il se lance ensuite à Nicolet dans ses études classiques. Il est chassé du collège pour s'être enfui du dortoir un soir pour aller jouer au hockey. Il se replace sans délai dans un autre collège à Trois-Rivières. À 16 ans, pour mémoriser des textes et des poèmes, il se hisse sur le toit et récite des vers que les voisins apprennent en même temps que lui.
Le même matin, il devient avocat en même temps que son frère Jacques dans le bureau de son père, alors juge à la Cour supérieure. Un soir, une dame vient le consulter. Ses deux fils sont en détention, en attente de leur procès. En fouillant les antécédents judiciaires du fils de 23 ans, Marcel Trahan découvre que depuis l'âge de 11 ans, ce fils a maille à partir avec les tribunaux. Il découvre que son passé est lourd, lourd d'un lourd passé car le père de cet homme de 23 ans affiche de fort multiples condamnations judiciaires.
Quelques temps après, un soir, il fait à Montréal une conférence sur la jeunesse délinquante. Des juges de la Cour des jeunes délinquants sont présents. Il devient conseiller juridique de cette cour puis greffier. Ce tribunal, qui va devenir la Cour du bien-être social, ajoute deux ailes au tribunal. C'est la maison de détention dont il devient directeur. Il veut que les jeunes aient accès à une bibliothèque. Cet édifice loge maintenant l'École nationale du théâtre. À la Chambre de la jeunesse, à Montréal, existe une bibliothèque à laquelle l'an passé on a donné le nom de Marcel Trahan. On souhaite que cela porte chance à ce lieu de réflexion et de consultation avec l'aide précieuse de mécènes pour qu'un jour il devienne une importante bibliothèque du droit des jeunes pour tout le Québec.
Marcel Trahan fait une incursion dans le Vieux-Montréal par la suite pour agir, durant quatre années, comme coroner. Il revient ensuite à ses amours d'enfance en étant nommé juge à la Cour du bien-être social. C'est en 1989 que les Nations unies vont voter une Charte des droits de l'enfant, qui a été accepté par 191 pays sauf la Somalie et les États-Unis, charte qui proscrit la violence contre les enfants et la mise à mort par l'État d'adolescents. Dès 1942, Marcel Trahan participait activement à un institut familial qui proposait une charte des droits de l'enfant comportant dix-huit paragraphes. On y mentionnait le droit d'avoir des parents physiquement et mentalement sains. Des parents préparés à leurs responsabilités domestiques et familiales. Et aussi « le droit à une culture physique et à de grandes facilités de jeux et de délassement à la campagne et en ville. »
Le juge Trahan s'enflamme d'un plein feu quand il parle de Bosco, auquel il fut associé depuis les débuts en 1952-54. Il a aussi été le président de son conseil d'administration après sa retraite comme juge. On a voulu créer, au temps de Maurice Duplessis, une institution permanente pour les jeunes de 16-18 ans qui, à cette époque, étaient généralement envoyés en prison. Dans un livre publié en 1999, Bosco, la tendresse, quand on avait décidé de fermer Boscoville, il est écrit que Marcel Trahan est passé d'un éducateur-directeur à un juge de la jeunesse. L'auteur, Gilles Gendreau, écrit que pour les délinquants, on associe juge à condamnation, à sentence beaucoup plus qu'à justice. Lors d'une rencontre l'an dernier, pour garder ouvertes les portes de Boscoville, plusieurs ex-délinquants, dont le comédien Michel Forget, étaient présents. Plusieurs anciens remerciaient spontanément et chaleureusement leur « vieux juge »; puis tous l'ont acclamé à l'unisson.
Faisant sienne la phrase d'Anatole France, « La justice qui n'est pas rendue avec sympathie est la plus cruelle des injustices », Marcel Trahan, dont la journaliste Armande Saint-Jean écrivait qu'il était le juge de la persuasion, parle du rôle du magistrat en jeunesse : « Les jeunes disent qu'on ne les écoute point. Il faut que le juge s'entretienne avec le jeune. On a trop légalisé et formalisé les lois pour les jeunes. Le juge en jeunesse doit être un professeur d'énergie sociale. »
Esprit toujours curieux de découvrir avec avidité, comprendre avec tendresse et aider avec fermeté les êtres dans leur force et leur souffrance, Marcel Trahan s'est intéressé vivement à la criminologie. Il a été président de la Société de criminologie de Montréal et de Québec. Durant de nombreuses années, il a été fort actif à l'Association des magistrats de la jeunesse à Rome, Bruxelles, Genève et Oxford. En 1978, c'est lui qui organise à Montréal le congrès de l'Association mondiale des magistrats de la jeunesse. Des représentants de 64 pays prennent part aux échanges.
Ce dont ont besoin les jeunes aujourd'hui, comme hier, selon Marcel Trahan c'est de mystique. « Les jeunes entendent beaucoup de choses, mais la plupart du temps fort superficielles. Peu de personnes sont prêtes à les écouter. » La mystique pour ce noble personnage qui continue, avec sa conjointe de plus d'un demi-siècle, de vivre à plein, face aux vents de tempête et de soleil, c'est un surcroît d'énergie spirituelle et morale.
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