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Que sont devenus nos héros d'antan?

Francis Gervais

Ce n'est pas nécessairement l'image de Perry Mason qui m'a incité à embrasser la carrière d'avocat, mais je suis sûr qu'elle a certainement dû m'inspirer en partie:

  • il gagnait toutes ses causes... ou presque;
  • ses témoins étaient toujours bien structurés et crédibles;
  • ses clients étaient tous suffisamment en moyen pour qu'il n'ait aucune difficulté à percevoir ses honoraires!;
  • ses clients étaient souvent des victimes innocentes bénéficiant de la sympathie publique;
  • et surtout, la partie adverse avouait toujours sa faute dans les dernières minutes d'un procès!

Quelle image idyllique et glamour de l'avocat, mais qui ne correspond pas à la réalité de la pratique de notre profession. Les statistiques nous révèlent qu'à peine 20 % des quelque 19 000 membres du Barreau gagnent leur vie en plaidant et, de ce nombre, peu sont des criminalistes à plein temps. Il en reste donc 80 % qui exercent la profession autrement. Ce sont toutes ces autres facettes du travail de l'avocat, trop souvent méconnues, qu'il est important de faire connaître. Pour redorer le blason de notre profession dans la population, il faut montrer la polyvalence de nos avocats et avocates, qui se caractérise entre autres par:

  • l'avocat-médiateur, qui aide deux parties (par exemple, les membres d'une même famille qui s'opposent dans le règlement d'une succession ou dans toute autre forme de litige) à trouver une solution qui met enfin un terme à une querelle qui empoisonnait leurs vies depuis plusieurs années;
  • l'avocate qui, par de judicieux conseils d'affaires, réussit à faire économiser des sommes importantes à son client ou lui trouve une solution pour compléter une transaction importante;
  • l'avocat qui travaille à fournir de l'information juridique pertinente à la population sur ses droits et obligations, prévenant ainsi la survenance des litiges;
  • l'avocate qui, par conviction, œuvre dans le milieu communautaire à promouvoir les intérêts de plus démunis, souvent pour un salaire en deçà de ce qu'elle obtiendrait ailleurs et souvent même sans rémunération;
  • l'avocat qui travaille à l'administration d'une entreprise ou d'une organisation et qui contribue à sa saine gestion;
  • l'avocat criminaliste qui défend un accusé et qui, par des arguments relatifs aux chartes, le fait parfois acquitter, même lorsque le dossier n'est pas sympathique, mais qui contribue ainsi au respect des droits fondamentaux de l'ensemble de la population.

C'est aussi tout cela la profession d'avocat et je suis certain que cette énumération n'est pas exhaustive.

Améliorer l'image de l'avocat fait partie des priorités ciblées dans mon programme. Non pas simplement pour s'en enorgueillir, mais plutôt pour faire valoir la place prépondérante et essentielle de l'avocat et du Barreau dans une société libre et démocratique.

Les campagnes publicitaires du Barreau des dernières années ont visé, d'une part, à faire connaître au public en général ses droits et les bienfaits de la consultation préventive de même que les produits d'assurance protection juridique favorisant l'accès à la justice et, d'autre part, à valoriser le rôle de l'avocat dans le milieu des affaires.

Je crois que nous devons maintenant informer la population des différentes facettes de la profession et surtout du rôle social important joué par les membres du Barreau afin d'éliminer les stéréotypes et pour que la population et nos partenaires dans l'administration de la justice prennent en considération la réalité non seulement des avocats plaideurs, mais de l'ensemble de la profession.

À cet effet, il sera primordial de rajeunir notre plan de communication en y élaborant la mission du Barreau et en prévoyant une présence accrue dans les médias pour véhiculer nos messages.

J'espère profondément que tous les membres du Barreau du Québec sentent que leur ordre professionnel est non seulement très conscient des différentes façons de pratiquer le droit, mais qu'il y attache l'importance voulue pour que tous ressentent la fierté qui doit être la nôtre d'exercer une profession noble et non seulement nécessaire mais appréciée et surtout utile et indispensable.

Le bâtonnier du Québec,
Francis Gervais

 

 
 

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