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Le bâtonnier Francis Gervais en entrevue au Journal du Barreau

Construire sur les acquis

Guylaine Boucher
Élu bâtonnier en mai dernier, Me Francis Gervais a le droit communicatif. Soucieux de l'image de la profession, il souhaite à la fois redorer le blason des avocats et avocates du Québec et continuer à leur offrir des services le mieux adaptés possible à leurs besoins. Résultat: après les changements vécus par la profession, le bâtonnier du Québec prône une remise en question de l'institution. Le Barreau dessert-il encore bien ses membres? Voilà la grande question à laquelle Me Gervais compte s'attarder tout au long de ses 12 mois de mandat.

Le Barreau dessert-il encore bien ses membres? C'est une des questions auxquelles le bâtonnier Francis Gervais compte s'attarder lors de son mandat
Barreau dessert-il encore bien ses membres? C'est une des questions auxquelles le bâtonnier Francis Gervais compte s'attarder lors de son mandat

En poste depuis quelques semaines seulement, les dossiers s'empilent déjà ça et là sur le bureau. D'un geste rapide mais méthodique il fait place nette, puis s'asseoit frais et dispos. Qu'on se le tienne pour dit, l'homme aime les choses ordonnées.

Admis au Barreau en 1974, Me Francis Gervais a fait de l'implication au Barreau du Québec une habitude. Actif pour la création du Barreau de la section de Laval au courant des années 80, il prend ensuite part aux activités du conseil général du Barreau du Québec en 1992, puis se joint à l'équipe du Comité de formation professionnelle. Un engagement qu'il maintiendra jusqu'à sa toute récente nomination comme bâtonnier.

Avocat œuvrant en droit municipal, litige et droit immobilier, sa pratique s'est partagée entre le contentieux et le cabinet privé. Le tout ponctué de nombreuses expériences d'enseignement, tant dans le milieu collégial qu'à l'École du Barreau du Québec. Des expériences qui ont fait naître chez lui une vive préoccupation pour la relève.

C'est cette même préoccupation qui lui a, dit-il, inspiré le thème de continuité et de changement qui est au cœur de sa plate-forme électorale. « Le Barreau est là depuis plus de 150 ans et compte sur d'excellents programmes. Je suis conscient du fait que ce n'est pas parce que je viens d'arriver que tout va changer du jour au lendemain. Par contre, la continuité ne veut pas dire de s'asseoir sur nos lauriers. En 1996, avec le Rapport sur l'avenir de la profession nous avons dit à nos membres qu'il fallait prendre le virage technologique. Je pense qu'ils l'ont pris et que la création du Centre d'information juridique est le plus récent pas dans ce sens-là. Aujourd'hui, il faut par contre se demander si, comme institution, le Barreau, lui, a pris ce virage. Est-ce que les services, les programmes, le rôle du Barreau sont adaptés à la nouvelle réalité des cabinets? Personnellement, je n'ai pas de réponse à cette question, mais je crois qu'il est urgent de faire un exercice de réflexion pour le savoir. »

De fond en comble

De la formation à l'assurance responsabilité professionnelle, en passant par l'inspection professionnelle, tous les services rattachés au Barreau du Québec doivent donc, selon le bâtonnier, passer aux rayons X de l'évolution.

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À titre d'exemple, au niveau de la formation professionnelle, c'est le programme en entier qui mérite, selon Me Gervais, d'être scruté à la loupe. « Le programme a été pensé dans les années 1990-91 et mis en place en 1995. Nous sommes 10 ans plus tard et il y a eu depuis des changements importants dans la pratique. Je crois donc qu'il est tout à fait légitime de se demander si notre système est encore adéquat au point où il en est ou si, au contraire, il doit être changé. »

Le Comité de la formation professionnelle profitera donc de son « Lac-à-l'épaule » annuel pour réfléchir sur le système de formation professionnelle. Une réflexion au terme de laquelle Me Gervais attend certaines recommandations. « Peut-être, précise-t-il, en arriverons-nous au constat qu'il vaut mieux ne rien changer. Au moins, nous aurons pris une décision éclairée. »

Un exercice qu'il souhaite étendre à l'ensemble des autres services, accordant par exemple une attention toute particulière au développement de nouveaux moyens de diffusion en matière de formation permanente. « Les gens nous disent que les cours offerts sont excellents, mais qu'ils n'ont plus le temps de les suivre. Peut-être y a-t-il d'autres moyens de les offrir? » Changements technologiques aidant, une attention toute particulière sera aussi accordée à la question de l'inspection professionnelle dans un contexte de pratique informatisée. « On ne tient plus les bureaux comme avant. Dans un souci de protection du public, nous devons veiller à ce que ces nouvelles façons de faire soient encadrées. Il faut donc voir quelles sont les lacunes de notre système actuel à ce chapitre. »

Un discours qu'il tient également pour l'assurance responsabilité. « Notre système d'assurance responsabilité figure parmi l'un des meilleurs au monde. Si nous souhaitons conserver cette valeur ajoutée il faut s'interroger et se demander si notre protection actuelle couvre de manière adéquate la réalité vécue par les avocats qui utilisent les nouvelles technologies, qui font des affaires internationales, interprovinciales ou même, peut-être bientôt, qui pratiquent dans une société par actions de type cabinet multidisciplinaire. »

Un exercice de réflexion à grande échelle qui sera, en outre, selon lui, ponctué de certains autres dossiers, dont la formation continue et la multidisciplinarité. Un sujet plus que jamais à l'ordre du jour avec le projet de loi 169, modifiant le Code des professions pour permettre la création de cabinets multidisciplinaires de type société par actions.

Faire peau neuve

En fait, non seulement le bâtonnier compte voir le Barreau faire peau neuve sur le plan des services aux membres, mais il espère aussi changer la perception de la population envers la profession. Une profession qu'il confesse aimer plus que tout au monde. « Plus jeune, je me retrouvais souvent comme porte-parole, prêt à faire valoir des points de vue, à mener des réflexions, à chercher des solutions. À la longue, j'ai réalisé que le droit me permettait de faire un peu toutes ces choses-là. Il me permettait de combiner différents plaisirs intellectuels, que ce soit réfléchir, trouver des solutions, parler en public, représenter des gens. Je pratique ce métier depuis 27 ans et je l'aime toujours autant. La perception que les gens ont de la profession me dérange beaucoup et j'aimerais qu'ils comprennent que notre métier ne se limite pas à plaider, mais qu'il implique aussi beaucoup d'autres choses. »

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Pour y arriver, Me Gervais compte sur la mise en place d'un important plan de communication. « Les gens doivent savoir que pendant que certains avocats plaident en cour, d'autres fouillent et cherchent des solutions pour sauver des sous à leurs clients, pour négocier une entente à l'amiable. Ils doivent savoir que près de 1000 d'entre eux s'impliquent bénévolement dans leur ordre professionnel pour commenter les nouvelles législations votées par le gouvernement et s'y opposer lorsque nécessaire. C'est ce que j'appelle la loyale opposition hors parlement, et il faut la faire connaître. »

Les communications et la visibilité de la profession seront donc au centre des discussions d'orientations qui seront menées tout au long de la saison estivale. Un exercice qui devrait mener au développement de certains concepts qui pourront par la suite être diffusés auprès de la population en général.

Une question d'honneur

Ambitieux programme? Me Gervais ne le cache pas. « Il faudrait être parfaitement naïf pour croire que j'arriverai à voir les résultats concrets de toutes mes actions au cours de mon mandat. Un bâtonnier est là pour semer des choses que d'autres récolteront après lui. Ça fait partie du choix que l'on fait lorsque l'on décide un jour de se présenter comme bâtonnier et c'est ce qui m'animera tout au long de mon mandat. »

Un mandat qu'il affirme par ailleurs prendre avec le plus grand des sérieux. « Le hasard m'a amené à faire de nombreuses choses. Je suis devant les tribunaux presque chaque jour depuis 27 ans, j'enseigne depuis 15 ans et j'ai donné de multiples conférences dans ma carrière. Me présenter devant les gens, je n'ai pas de problème avec ça, mais les 25 pas que j'ai faits de ma table au podium lors de la passation des pouvoirs ont été les plus longs de ma vie. J'avais, il me semble, un poids symbolique qui me tombait sur les épaules. C'est comme si tout d'un coup, 19 000 avocats me disaient 'c'est à vous que nous faisons confiance cette année pour nous représenter'. C'est un privilège et un honneur immenses, mais c'est aussi toute une série d'obligations que j'espère bien remplir. »

 

 
 

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