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L'ancien premier ministre du Québec, Me Lucien Bouchard, entend renouer très prochainement avec le prétoire. C'est ce qu'il affirmait plus tôt cet été, lors d'une entrevue qu'il accordait au Journal du Barreau où il a fait part de son intention de se consacrer maintenant à la profession d'avocat. « J'ai l'intention de revenir à des activités de plaideur. Je veux plaider à nouveau. Je ne veux pas faire que ça parce que j'aimerais avoir une pratique un peu diversifiée, mais il ne me répugnerait pas, au contraire, de prendre des mandats d'avocat-plaideur. Moi, j'ai été formé devant les tribunaux. Les gens de ma génération ont été formés devant les tribunaux. »
L'ancien premier ministre du Québec entend revenir à ses activités de plaideur. « Je me dis que l'année prochaine, à l'automne 2002, je reconsidérerai la question. Je n'écarte pas l'idée de revenir devant les tribunaux après une pause d'un an. » |
Cependant, compte tenu du fait qu'il a été premier ministre du Québec pendant cinq ans, un certain délai est nécessaire, estime-t-il, avant qu'il puisse se présenter à nouveau devant les tribunaux. « Je comprends très bien qu'en ce qui concerne le forum des tribunaux de droit commun, il y a une pause de bienséance judiciaire à observer. » Quelle sera la durée de ce purgatoire? « Il n'y a rien qui ne m'y oblige, de façon réglementaire ou législative [à respecter un délai d'inaction au prétoire], mais je pense qu'un délai serait assez convenable, mais... pas trop long, pas trop long. Quelle en sera la durée? Je me dis que l'année prochaine, à l'automne 2002, je considérerai la question à nouveau. Je n'écarte pas l'idée de revenir devant les tribunaux après une pause d'un an. »
Associé chez Ward Davies Phillips & Vineberg, un cabinet juridique transnational qui compte des bureaux dans plusieurs villes canadiennes et à l'étranger, Lucien Bouchard oriente pour l'instant sa pratique vers le droit des affaires « qui, comme vous le savez, est la prédominante du cabinet. Dans cette mesure, j'embrasse le plus largement possible ce champ d'action. Il est question de tout ce qui a trait à des conseils de nature stratégique pour les clients, aux orientations qui ont besoin de s'appuyer sur un encadrement légal, sur la négociation, la préparation de documents ». L'ancien premier ministre élargira éventuellement sa pratique vers le droit international. « Je souhaite donner à mon engagement dans la pratique du droit, aussi, pas exclusivement, mais aussi, une dimension internationale. J'ai déjà commencé. »
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Droit des affaires, droit international... Lucien Bouchard entend maintenant se consacrer entièrement à la profession d'avocat: « Mon intention, ma décision, dit-il, c'est de jouer un rôle d'avocat, d'assumer des responsabilités d'avocat en pratique active. Je comprends que j'ai joué un rôle en politique mais je reviens à mon métier premier, à ma formation de base. »
Il faut dire que l'homme est particulièrement fier d'appartenir à la profession. Il lui est d'ailleurs arrivé à l'occasion d'inscrire « avocat » sur les cartes d'embarquement ou de débarquement d'avion1... lui qui a pourtant été ambassadeur, député, ministre!2 « Oui, je suis très fier d'être avocat. J'ai toujours été fier d'être avocat et je le serai toujours (...) C'est une profession à part des autres, c'est une profession dont la motivation est de servir la justice. On dira qu'on ne la sert pas toujours bien, mais c'est l'objectif que l'on poursuit. Il n'y a peu de profession dont c'est l'engagement profond. C'est une profession qui est très exigeante. Elle demande de la rigueur, de la détermination, de la modération. Elle met en valeur tous les talents qu'une personne peut avoir compte tenu de la diversité des exigences qui en découle (...) J'ajouterais aussi que c'est une profession de liberté. Un avocat, c'est quelqu'un de fondamentalement libre. Il peut refuser ou accepter ses dossiers. Moi, j'ai beaucoup de respect pour cette profession. Je l'ai adorée et je suis très très content d'y revenir ».
En somme, la politique n'aura été qu'une parenthèse dans la carrière de M. Bouchard. Même lorsqu'il dirigeait les destinés du Québec, dans un contexte économique et budgétaire particulièrement difficile, il dit ne s'être jamais retranché de sa formation juridique ou de son métier d'avocat. « Finalement, je n'ai jamais perdu la perspective, je ne me suis jamais écarté de la perspective, de la méthode juridique dans ce que j'ai fait. Je me suis comporté comme un avocat quand j'ai été gestionnaire, dans la façon d'aborder les problèmes en appliquant l'esprit de synthèse juridique pour aborder les questions ou quand j'ai dû prendre des décisions. En revenant ici, c'est ce à quoi je retourne (...) Lorsque j'ai quitté la pratique du droit pour aller à Paris [comme ambassadeur] (...) ce n'était pas pour tout le temps. Je voyais ça comme une pause de trois ou quatre ans dans ma carrière d'avocat pour ensuite revenir. »
On connaît la suite: après un séjour de trois ans à Paris, il acceptera la proposition de Brian Mulroney, qui le taraudait depuis un long moment déjà, de joindre les rangs du conseil des ministres pour devenir secrétaire d'État, puis député. Il se plaît d'ailleurs à dire qu'habituellement on devient député, puis ministre et parfois, ambassadeur. Dans cet ordre. Lucien Bouchard, lui, a fait le chemin inverse: il a d'abord été ambassadeur, puis ministre et enfin député!
Interrogé sur les faits marquants de sa carrière, tant juridique que politique, Lucien Bouchard mentionne d'emblée des événements qui touchent la profession d'avocat, lui qui a pourtant été le premier ministre le plus populaire de l'histoire du Québec. « En vieillissant, dit-il, il y a moins de choses qui émergent. C'est assez rare que tu vois un Everest qui se dégage de la grisaille. » Il estime cependant que pour un jeune avocat, le premier succès au prétoire constitue le premier souvenir d'importance. « Dans la carrière d'avocat, les premières causes que tu gagnes en Cour supérieure, tu lis ça comme la bible. Je me rappelle la cause d'une jeune fille qui, après avoir bu deux trois gorgées d'une boisson gazeuse, s'était trouvée mal. Alors j'ai pris une action en dommages contre l'embouteilleur, qui était représenté par un avocat de Montréal. »
Sa carrière en diplomatie figure également parmi les faits saillants, « une période importante pour moi : la découverte de la diplomatie, de l'étranger ».
Les négociations faites en marge des transactions ayant mené à l'acquisition, par le gouvernement du Québec, du Séminaire de Chicoutimi et de l'Hôpital de Chicoutimi constituent également une étape fondamentale de sa carrière. Tout comme la présidence des tribunaux d'arbitrage du secteur de l'éducation, qu'il a assumée dès le début de la trentaine, et son rôle de procureur chef à la Commission Cliche. « Ce sont là des choses que j'ai trouvées très importantes dans ma carrière d'avocat. »
Une carrière qu'il a amorcée au Saguenay/Lac-Saint-Jean, sa région, à laquelle il a toujours été attachée. « Bien sûr, j'aurais pu aller n'importe où, j'ai l'impression, mais j'avais décidé d'aller à Chicoutimi. D'abord parce que j'ai été très marqué par mon milieu d'origine. Beaucoup de mes références intellectuelles et morales ont pris leurs racines dans la région du Saguenay/Lac-Saint-Jean. La vie en région a des qualités. J'étais aussi très attiré par ma famille, et il y avait le cabinet de Me Roland Fradette, une personne avec des qualités intellectuelles extraordinaires. Il a été un maître à penser pour moi, c'est quelqu'un qui m'a ouvert les portes à la pratique du droit, il m'a fait aimer le droit, il me l'a fait respecter. Ça été des années de formation, des années d'épanouissement, d'intensité, de lecture, de vie intellectuelle. »
Droit, diplomatie... qu'en est-il de la vie politique? Est-ce à dire que ses 13 années comme député, ministre conservateur, fondateur et président du Bloc québécois, chef de l'opposition officielle au Parlement et premier ministre du Québec n'ont qu'une importance secondaire à ses yeux?
Dès que l'on aborde de trop près sa carrière politique, Lucien Bouchard devient moins candide. On sens une nette réticence ou, peut-être, un profond désir d'émancipation de son engagement politique. À une seule et rare exception, alors que l'on discutait notamment de la réconciliation de ses valeurs sociales profondes, il a parlé de son mandat de premier ministre du Québec en s'identifiant comme acteur. Autrement, il utilisait la troisième personne du singulier... comme s'il parlait d'une autre personne. « Toute ma carrière politique, admet-il, n'est pas encore décantée dans ma tête: par monts et par vaux à Ottawa, les cinq années de pouvoir à Québec. »
De la justice, par contre, Lucien Bouchard en parle comme on parlerait d'une déesse de la Grèce antique, c'est-à-dire avec respect et humilité, en embrassant la conception aristotélicienne3, avec l'accent sur l'égalité. « La justice, c'est la recherche de la vérité. C'est aussi la répartition aussi juste que possible. Ça commence par là. Il y a une notion de liberté et une notion d'égalité [sous-entendue par celle de la justice]. Il y a une notion d'équité dans la justice. Mais au départ, la justice s'ancre dans le civisme de chaque individu. »
Il m'apparaissait aussi que les principes et les valeurs de Lucien Bouchard étaient très profondément ancrés!
1 Il en fait mention dans son essai autobiographique À visage découvert, initialement publié en 1992. Une nouvelle édition vient de paraître dans la collection Compact des Éditions du Boréal.
2 Puis premier ministre du Québec, de 1996 à 2001.
3 Dans Éthique de Nicomaque, Aristoste parlait ainsi de la justice: « Cherchons dans combien de cas on peut dire de quelqu'un qu'il est injuste. L'homme injuste est, semble-t-il, aussi bien celui qui agit contre la loi que celui qui veut posséder plus qu'il ne lui est dû, et même aux dépens d'autrui. Aussi, est-il évident que le juste sera celui qui se conforme aux lois et qui observe l'égalité; l'injuste nous entraîne dans l'illégalité et l'inégalité. »
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