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Co-récipiendaire du Mérite du Barreau de Montréal

Philippe Casgrain: un avocat de parole

Louise Vadnais, avocate

La Journée du Barreau du 6 septembre dernier restera un événement mémorable pour Me Philippe Casgrain. Le bâtonnier Richard Wagner lui a remis, au nom du Conseil du Barreau de Montréal, un Mérite pour son implication remarquable dans le dossier des bibliothèques.

Le bâtonnier Richard Wagner remet le Mérite du Barreau de Montréal à M<sup>e</sup> Philippe Casgrain.
Le bâtonnier Richard Wagner remet le Mérite du Barreau de Montréal à Me Philippe Casgrain.

D'entrée, le bâtonnier a signalé l'importance de la contribution de Me Casgrain comme président-fondateur du Réseau de bibliothèques de barreaux, créé en 1981. « Ce réseau est l'ancêtre de ce qui sera maintenant la nouvelle structure de diffusion de l'information juridique pour tous les avocats du Québec, soit le Centre d'accès à l'information juridique. Il était donc tout à fait dans l'ordre, a fait valoir le bâtonnier, de souligner la contribution de ce bénévole qui a toujours travaillé avec panache dans le meilleur intérêt de notre profession. »

Cette distinction, qui souligne la contribution exceptionnelle d'un membre du Barreau de Montréal à son ordre professionnel et à ses activités, a aussi été décernée ex æquo au bâtonnier sortant Michel A. Pinsonnault, qui a repris le flambeau du dossier des bibliothèques dès 1990.

Vision et dévouement

Me Casgrain, qui célébrera en 2002 son 50e anniversaire d'admission à la profession, a en outre participé activement aux activités du Barreau de Montréal tout au long de sa carrière. Il a siégé au Conseil dès les premières années de sa pratique comme représentant de l'Association du jeune barreau de Montréal (1959-60). Avant de devenir bâtonnier du Barreau de Montréal en 1980, il a siégé comme conseiller de 1968 à 1970 et comme premier conseiller en 1979-80.

C'est comme premier conseiller qu'il a eu l'idée de rendre accessible à tous les avocats du Québec l'information juridique, alors disponible dans les deux seules bibliothèques de droit existantes à l'époque, celles de Montréal et de Québec. Me Casgrain, qui siégeait alors au Comité administratif du Barreau du Québec, a demandé au Comité des intérêts des comptes en fidéicommis de dégager des fonds, versés au Fonds d'études juridiques, afin de dispenser de l'information juridique dans toute la province. Une étude demandée par le Barreau de Montréal a par la suite recommandé de mettre en place des bibliothèques partout en province.

Entré en fonction comme directeur général sous le bâtonnat de Me Casgrain, Me Maurice Boileau a fait écho au bâtonnier Wagner sur l'importance de ce premier jalon posé dans le vaste dossier des bibliothèques: « À l'époque, personne ne parlait d'accès à l'information juridique. Ce n'était pas évident de mettre en place un réseau pour l'ensemble des sections de la province. Me Casgrain a fait de ce projet son cheval de bataille alors que ce n'était pas du tout dans l'air du temps, se rappelle le directeur général. Il a fait preuve de vision, d'altruisme et de dévouement. »

Une vie professionnelle enrichissante

Originaire de Rimouski, Me Casgrain a complété sa licence en droit à l'Université Laval. Admis au Barreau du Québec en 1952, il débutait comme avocat la même année à Montréal au sein du cabinet Magee, O'Donnell & Byers, aujourd'hui connu sous le nom de Fraser Milner Casgrain. Associé dès 1958, cet avocat plaideur, membre de l'American College of Trial Lawyers, s'est particulièrement distingué dans le règlement de litiges en droit commercial et de l'environnement.

Pour Me Casgrain, la pratique du droit ne change pas malgré toutes les nouvelles recettes à la mode. « C'est toujours l'effort conjoint d'avocats qui s'entendent entre eux pour servir le client le mieux possible. Ce sont les avocats les plus compétents, les plus honnêtes et les plus dévoués qui vont surnager », estime ce doyen de la pratique.

Et qu'en est-il de l'avenir des plaideurs? Me Casgrain affirme qu'un très bon plaideur a un avenir extraordinaire: « Plaider est une habileté naturelle qui demande énormément de confiance en soi. En revanche, c'est la connaissance de son dossier acquise en y mettant 10 fois plus de travail que son adversaire, c'est le deuxième souffle qu'on y met, comme un coureur qui, en bout de ligne, font pencher la balance. »

Plaider demeure pour Me Casgrain un immense plaisir. « J'ai toujours hâte que le juge entre et que le show commence, dit-il. Je me sens comme un acteur prêt à conquérir l'assistance. On réussit en se donnant: tout donner ce que l'on a en soi avec une connaissance profonde de son dossier, pour aller chercher chez le juge la sympathie naturelle. »

Lire et penser

Parfaitement à l'aise dans la langue de Molière et dans celle de Shakespeare, Me Casgrain lit autant Proust que les mémoires de Churchill. Sa passion pour la lecture est très certainement à l'origine de son désir de voir s'établir et se développer des bibliothèques dans toutes les sections du Québec. « Durant toutes ces années j'ai réussi à m'occuper de politique, de théâtre et de littérature. Cette ouverture est essentielle à une pratique du droit intelligente », affirme ce liseur infatigable qui recommande chaudement à tous les juristes la fréquentation de Lord Denning, un juge qui possédait « une écriture d'un anglais extraordinaire ».

« Ce n'est pas assis à côté du téléphone, à attendre l'appel d'un client, que l'avocat arrive à réfléchir à son dossier. La bibliothèque demeurera toujours un lieu de concentration. Une chapelle où l'on se recueille pour puiser l'inspiration afin d'assurer le triomphe de son client. Pour y parvenir il faut lire et penser. »

Qu'en est-il de son panache auquel fait allusion le bâtonnier Wagner? Me Casgrain répond d'emblée qu'il tient en entier dans cette phrase de Cyrano de Bergerac: « C'est bien plus beau quand c'est inutile ». Célèbre réplique, qui l'inspire à « donner pour le plaisir de donner ».

« Communiquer oralement c'est toujours prendre un risque. On brode sur des idées et cela peut conduire à des gaffes. J'en ai fait beaucoup, d'énormes, mais toujours sans méchanceté. Tellement énormes, confie-t-il, qu'on ne m'en veut pas! »

 

 
 

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