ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
On ne peut plus dissocier la pauvreté des enfants et le Tribunal de la jeunesse. Régulateur de la misère d'enfant, ce tribunal et son système gèrent discrètement l'industrie des laissés-pour-compte. Trop souvent, nous intervenons sur les effets de leurs souffrances et non sur les causes. Nombreux malheurs pourraient être évités par des politiques d'aide et de prévention.
En vertu du droit naturel, sacré et inviolable, en vertu de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, notamment l'article 25 qui stipule que toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, en vertu de nos chartes des droits et libertés de la personne, en vertu de notre législation, notre société a le devoir de veiller à la sécurité et au développement d'un enfant.
Ballons d'hélium errant dans la stratosphère juridique, ces principes juridiques, fondement du contrat social, sont à mille lieux de notre réalité et hors de portée pour ces enfants. Principes juridiques ou icônes décoratives pour salon de thé d'une société inconsciente, insouciante ou hypocrite. Une justice sociale à deux vitesses.
Au sol, le Tribunal de la jeunesse fait office de Cour des petites créances pour enfants démunis, créanciers mineurs d'une société riche. Malgré tant d'efforts, la situation de ces enfants demeure illégale et immorale.
La pauvreté des enfants est avant tout un échec, une illégalité. Le politique a la responsabilité d'articuler, de sensibiliser, de dynamiser et d'harmoniser les forces collectives. La souffrance d'un enfant dans le besoin ne peut jamais se justifier. Nos gouvernements doivent faire respecter le droit, qui doit jouer son rôle de protecteur d'enfant.
Pas de paix sociale sans justice sociale. Notre responsabilité à l'égard de ces jeunes est de faire les pressions et les représentations nécessaires afin que ce problème se règle rapidement. L'indifférence et l'aveuglement volontaires sont les pires ennemis de ces enfants.
Toute dénonciation, mobilisation et manifestation contre la misère de ces enfants et l'injustice sociale dont ils sont l'objet est un devoir, justifié en vertu du droit naturel. C'est le combat d'Antigone contre le Léviathan.
Les luttes pour la démocratie ont été motivées par une vision et un désir de justice sociale et non pour se limiter à favoriser la concentration du capital, la conquête de nouveaux marchés et la domination d'un libéralisme économique barbare. L'économie est-elle au service des enfants ou les enfants au service de l'économie?
Plusieurs enfants survivent tant bien que mal dans des quartiers défavorisés, véritable ghetto et point de convergence de fatalité et désillusions. Environnement peu stimulant, ces enfants vivent dans ces enclaves, qui sont un apartheid économique.
Nous avons le devoir de les accueillir, de les intégrer et de leur fournir des services décents. C'est un devoir de civilité fondamental.
Malheureusement, rien à l'horizon nous permet d'entrevoir une volonté de changement. Au contraire, au lieu d'opter pour une véritable politique de prévention pour nos jeunes, le gouvernement canadien semble se confiner dans un repli sécuritaire. Exemple: le nouveau projet de loi C-7 (Loi sur le système pénal juvénile) unanimement contesté au Québec.
Son obsession et son acharnement pour la criminalité juvénile, conjugués à son manque de volonté de respecter son engagement officiel de s'attaquer à la pauvreté le démontrent et posent un sérieux problème de crédibilité. Il semble plus facile de punir et de vouloir responsabiliser ces jeunes que d'opter pour une politique de prévention et d'émancipation.
Glissement de l'État social en État pénal à partir duquel s'arrime une logique de contrôle et de surveillance de ces jeunes. Les agents de probation et les travailleurs sociaux remplacent subtilement les professeurs, les techniciens en sport et loisirs, les entraîneurs, les animateurs sociaux et les travailleurs de rue. Le centre d'accueil remplace les infrastructures communautaires et les centres sportifs et culturels et les écoles qui sont dramatiquement sous-équipés dans ces quartiers.
La judiciarisation de la misère juvénile est trop souvent le résultat d'un rendez-vous manqué causé par un manque de ressources ou d'une relation signifiante. L'ordonnance judiciaire crée une obligation légale à l'égard de ces jeunes. L'activité devient une sentence, le loisir, une ordonnance, comme si la motivation et la volonté pouvaient s'ordonner.
Gare au non-respect de ces ordonnances car chaque bris alourdira leur casier judiciaire. Le système pénal juvénile et le système clinique qui en découle grignotent de plus en plus les budgets alloués à la jeunesse.
Spirale inflationniste d'une logique infernale de contrôle et de surveillance, l'État semble opter pour une politique répressive afin d'instaurer le grand nettoyage, ce nouvel hygiénisme social pour jeunes exclus. Il serait plus profitable de combattre l'ennui et la pauvreté de ces quartiers en optant pour une politique de prévention et d'animation.
Faut-il encore s'étonner de voir dans ces quartiers pauvres la prolifération d'une criminalité juvénile précoce (gangs de rue, drogue, violence, etc.)? Véritable marécage urbain, les jeunes s'enlisent dans ces quartiers où règnent l'ennui, la promiscuité, les tensions et le stress.
Ces jeunes n'ont pas choisi ce destin et rien ne peut justifier qu'on les abandonne à leur sort. Le Québec devrait opter pour une politique unifiée concernant les jeunes. Créer une société de sports et loisirs pour les mineurs ayant comme pivot central une école solide, équipée et accueillante. Une stratégie d'animation positive, l'enthousiasme remplaçant l'ordonnance. Pour ce faire, le Québec devrait avoir la juridiction exclusive sur ces jeunes, la relève québécoise.
Il faut être réaliste et courageux. Une justice sociale, une redistribution des ressources sont des plaques tectoniques engendrant des tensions, des rapports de force et si nécessaire un point de rupture que seule une société mature et responsable peut gérer.
Le progrès d'une société s'évalue à l'aune de sa justice sociale, particulièrement le droit qu'à un enfant d'être accueilli dans une culture digne de ce nom.
En ce début de siècle, donnons la chance à chaque enfant de vivre dans un monde plus beau et plus doux. Bref, un monde meilleur.
© Barreau du Québec 1996-2012