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Au moment d'un divorce, alors que les conjoints connaissent des bouleversements majeurs, des décisions fort importantes pour l'avenir des enfants doivent être prises. Considérant au surplus, comme le fait Rachel Mercier, psychologue clinicienne, que « la famille est une cellule dynamique où l'emprise des parents est l'un des éléments majeurs de son évolution et que le divorce est une crise qui doit être perçue dans un continuum », le rôle de l'avocat familialiste devient d'autant plus délicat et complexe, aux confins du droit et de la psychologie. Comment optimiser le fonctionnement post-divorce d'une famille et assurer le bien-être de ses membres? Voilà, en somme, les questions auxquelles on a tenté de répondre dans un cours intitulé Enjeux psychologiques des pratiques juridiques sur les enfants: compétence parentale et modalités de garde offert par le Service de la formation permanente du Barreau.
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Dans ce cours, Mme Mercier explique en quoi consiste la compétence parentale et le fonctionnement des familles, de même que les critères utilisés par les psychologues pour évaluer les capacités parentales. Il apparaît en effet intéressant que la notion de compétence parentale soit explorée, lorsqu'il s'agit, en matière de garde litigieuse en particulier, de déterminer lequel des deux parents est le mieux habilité. Mme Mercier analyse en outre l'impact des modalités de garde sur les parents et les enfants puisque, souligne-t-elle, les conséquences psychologiques des aménagements post-divorce ont une incidence sur la santé mentale de chacun.
Dans sa pratique de clinicienne, Mme Mercier dit avoir développé un intérêt particulier pour les situations de transition et de réorganisation familiale. Elle tend à adopter une approche systémique, c'est-à-dire qu'elle considère la famille dans sa globalité, comme un système, avec tous ses membres en interaction. Et selon cette vision, la famille n'est pas (uniquement) une question de capacité parentale. Elle considère tout de même qu'il y a certains parents qui ne sont pas très habilités et que certains sont mêmes mauvais parents. Et elle estime que dans l'ensemble « il vaut mieux pour les enfants de vivre dans une famille divorcée que dans une famille dysfonctionnelle ». C'est en effet ce que les études tendent à démontrer car, à long terme, vivre dans une famille dysfonctionnelle toujours en discorde serait plus dommageable. « Si les parents savaient le tort que cela fait aux enfants que d'être en conflit avec le conjoint, ils changeraient d'attitude. Agir comme cela, dit-elle, relève de l'ignorance. »
La compétence parentale est omniprésente tous les jours dans les familles. Ce n'est qu'au moment d'un divorce qu'émergent des questions sur cette notion. Et la littérature spécialisée en propose plusieurs versions. Pour certains, c'est la capacité de répondre aux besoins et aux attentes de leurs enfants. Pour d'autres, c'est la capacité de reconnaître les compétences du bébé et de les transformer en performances. Le Conseil de la famille parle quant à lui de « la qualité des attitudes posées dans les gestes éducatifs à l'égard du développement de l'enfant ». Pour les systémiciens (les adeptes du modèle systémique), la compétence parentale n'est ni un état, ni un trait intrapsychique, mais une caractéristique interpersonnelle; elle implique une interaction parent-enfant. Mme Mercier pour sa part trouve intéressante la définition proposée par le psychanalyste Donald Winnicott qui s'exprime en termes de « the good enough parent », le parent suffisamment bon, qu'il définit comme « un cadre structuré qui contient l'enfant mais qui lui permet en même temps de développer son individualité ». Elle croit que la plupart des parents sont suffisamment bons, bien que certains toutefois puissent être incompétents temporairement ou en permanence.
Divers critères ont été établis pour évaluer la compétence parentale lorsqu'il s'agit de décider des modalités de garde lors d'un divorce. Et il y a certaines conditions préalables à l'acquisition de la compétence parentale. Elles sont au nombre de quatre et émergent de l'individu même: la maturité psychologique, le fonctionnement cognitif adulte, la santé mentale et le niveau d'estime de soi. La maturité psychologique d'un parent c'est notamment la capacité d'être constant, disponible et responsable. Elle est nécessaire pour assurer de façon constante les besoins d'un enfant et distinguer ses besoins de ceux de son enfant. Cette maturité psychologique est largement sollicitée au moment du divorce. Le fonctionnement cognitif adulte, c'est entre autres posséder les connaissances et être capable de répondre aux besoins de l'enfant dans des situations d'urgence. Vient ensuite la santé mentale et, de l'avis de la psychologue, c'est une condition déterminante dans l'évaluation de la capacité parentale. En effet, dit-elle, « au moment du divorce, la triade n'existe plus, la famille devient une dyade et ainsi l'enfant peut être plus facilement exposé à des caractéristiques nocives chez un parent » (psychose, dépression majeure, schizophrénie, maniaco-dépression, etc.). Et enfin, le niveau d'estime de soi que le parent possède est important et fait en sorte qu'il ne dépend pas de son enfant pour obtenir des gratifications. Malheureusement, constate Rachel Mercier, plusieurs enfants assument le rôle de gratifier le parent et cela constitue une charge trop considérable pour eux.
La compétence parentale est également étroitement liée aux besoins physiques, d'apprentissage et socio-affectifs de l'enfant. Au divorce en particulier, « il est important pour un parent de reconnaître le besoin de l'enfant d'avoir un lien avec l'autre parent », dit Mme Mercier. Tous ces besoins sont susceptibles d'être comblés si l'enfant évolue à l'intérieur d'une famille fonctionnelle. Et celle-ci n'est pas nécessairement composée d'un père, d'une mère et d'enfants. Elle présente plutôt diverses facettes, telles une bonne communication, l'expression de sentiments variés, l'accomplissement des rôles (éviter de parentiser les enfants), l'acquisition et le contrôle des comportements (apprendre le partage, l'initiative) et la capacité de résoudre les conflits. Dès qu'il y a une relation fonctionnelle durable entre un adulte agissant comme parent et un enfant, il y a famille.
Les caractéristiques de l'enfant et sa capacité d'adaptation sont aussi examinées, comme le type de relation et l'attachement entre l'enfant et ses parents. Un certain nombre de facteurs déterminent la qualité du lien parent-enfant qui s'exprime par le lien d'affection d'un individu à un autre où il existe deux « je », l'aptitude à être distinct et séparé de son enfant. Et cet attachement dépend moins du temps passé ensemble mais bien de la qualité de l'investissement, comme la capacité de percevoir les besoins de son enfant et d'y répondre efficacement, l'aptitude à transmettre les valeurs culturelles et la qualité et la continuité de la relation.
D'autres critères peuvent aussi être examinés, tels la santé physique des parents, la consommation abusive d'alcool ou de drogues, la violence envers les enfants ou le conjoint, la qualité des liens de l'enfant avec son école et sa communauté et le syndrome d'aliénation parentale.
Quatre styles de parentage sont généralement identifiés dans la littérature: désengagé, autocratique, permissif et démocratique. Et ils s'articulent autour de deux pôles: la sensibilité et le contrôle. Le parent dit désengagé est celui qui exerce un faible contrôle sur l'enfant tout en étant peu sensible aux besoins de l'enfant. Il apporte peu de soins à l'enfant et se préoccupe surtout de ses besoins, de sa difficulté de vivre ou de sa profession. Selon Rachel Mercier, « ce style de comportement s'apparente à de la négligence. Il est nocif pour l'enfant car il ne lui permet pas de développer son estime de soi et crée un grand sentiment d'abandon et de vide ». Il ne satisfait donc pas le critère du parent suffisamment bon.
Le parent dit autocratique se reconnaît par le grand contrôle qu'il exerce, sans pour autant qu'il exprime de la sensibilité à l'égard de l'individualité de l'enfant. Ce parent s'avère « rigide et est peu favorable au développement de l'estime de soi chez l'enfant, qui risque d'être inhibé, méfiant, timide et peu créatif », croit la psychologue. Le parent dit permissif est pour sa part sensible à son enfant, mais exerce peu de contrôle. Il fait preuve d'une grande tolérance. Or pour être bon parent, « il faut pouvoir exprimer les limites, sinon l'enfant peut se sentir abandonné ». Et enfin, le parent dit démocratique est considéré comme le style de parentage presque parfait. Il se caractérise par une sensibilité élevée du parent à l'égard de l'enfant, jumelée à l'exercice d'une supervision active. Il prend en compte les besoins de l'enfant, ce qui favorise une bonne estime de lui-même, un sentiment de puissance et d'autonomie.
Peu de parents se classent dans un seul de ces styles. Dans l'évaluation de la capacité parentale au moment d'un divorce, le psychologue considère les combinaisons de styles qui émergent et favorisent le parent dont le modèle de parentage est susceptible d'assurer le meilleur intérêt de l'enfant. Car c'est bien là que réside l'objectif fondamental de l'expertise psycholégale ou psychosociale: le meilleur intérêt de l'enfant. Et l'un des défis majeurs qui se présente au psychologue chargé de l'évaluation et aussi à l'avocat « est de comprendre la motivation qui amène les parents à choisir un modèle de garde en particulier, car il n'est pas toujours dans l'intérêt de l'enfant ».
Bien que la garde partagée ait pu gagner du terrain dans la dernière décennie, elle n'est pas toujours dans le meilleur intérêt de l'enfant, constate Mme Mercier, qui ne voit pas là une panacée ou un modèle de garde à privilégier à tout prix. Au contraire. Elle se réjouit de constater que la réforme mise de l'avant en droit de la famille ne prône pas la normalisation de la garde partagée. Pour elle, ce qui est ultimement souhaitable, c'est « la co-parentalité (qui n'est pas nécessairement la garde partagée) qui devrait passer au-dessus des modèles de garde. Ce concept implique la reconnaissance des compétences de chacun des deux parents et préserve le mieux l'estime de soi de chaque parent ».
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