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Arbitre, arbitrer, arbitrage, libre arbitre...

Isabelle Huard

Machiavel disait qu'« il est impossible d'admettre que notre libre arbitre ne se réduise à rien, et que tout ici-bas a un cours fatal ».

Mais avant de traiter de la notion de libre arbitre, voyons d'abord les significations des mots arbitre et arbitrer. Au départ, ils signifient tout simplement décider ou avoir une influence suffisante pour imposer ses conditions, et déterminer le résultat final de certaines élections. Du latin arbiter, l'emploi du mot arbitrer dérive en fait de certains emplois du mot arbitrage. Il s'agit de trancher un différend, de décider, là où deux adversaires s'opposent, sans que l'un l'emporte réellement sur l'autre par la force ou le droit.

En droit ancien, à Rome, l'arbitrage ne faisait l'objet d'aucune réglementation à l'origine. Les parties désignaient d'un commun accord un ou plusieurs arbitres (récepti arbitri) pour régler leurs litiges. Chaque partie se promettait réciproquement une peine au cas où l'autre contreviendrait à la décision rendue.

Aujourd'hui, l'arbitrage ne peut s'exercer que sur les droits dont on a la libre disposition et le jugement arbitral doit se conformer aux règles de droit.

Sans aller si loin, on parle par exemple de l'arbitrage d'un juge, dans une querelle de voisinage...

Le mot arbitre, quant à lui, est au départ une notion juridique. Il détient en ancien français le premier sens d'autorité qui fait respecter sa décision et observer la loi. L'arbitre est choisi par un tribunal ou par les intéressés eux-mêmes pour trancher un différend. De là dérive directement le sens sportif, apparu à la fin du XIXe siècle: on parle alors d'arbitrer, de veiller à ce qu'une partie, un match se déroule conformément aux règlements acceptés au départ par les deux équipes. En plus de faire respecter les règles du jeu sans lui-même y participer, l'arbitre est également choisi de façon à être neutre (par exemple en compétition internationale, il n'appartiendra à aucune des deux nationalités qui sont en compétition).

L'arbitre, si ses décisions sont sans appel, a généralement pour caractéristique d'être désintéressé par rapport au litige. Ceci est conforme à l'étymologie latine arbitror qui signifie je décide.

Mais de toute façon, ce mot est bien étonnant: d'un côté, il a donné naissance à l'expression libre arbitre, qui a connu une grande faveur dans la tradition chrétienne médiévale et classique. Le libre arbitre est la faculté de se déterminer librement, sans contrainte, ni influence extérieure. De l'autre, il a donné arbitraire, dont la signification a fini (à partir du début du XVIIe siècle) par devenir contraire à son origine. Une décision arbitraire est une décision que rien ne justifie, qui découle du caprice plus que de la raison. L'adjectif s'applique en particulier à un pouvoir qui s'exerce pour son seul plaisir, et l'arbitraire est le fait du despote, comme on dit.

Alors qu'au départ, un arbitrage est censé dire le droit et rendre justice, l'arbitraire est devenu synonyme d'injuste. Quoiqu'il en soit, la notion d'arbitre vue comme action autonome qui implique l'idée de liberté, implique aussi l'idée de pouvoir faire sans être déterminé par des causes.

On voit alors comment on peut passer d'arbitre à arbitraire: quoi de plus arbitraire qu'un acte gratuit? Cela dépend de la seule volonté des humains...

Sources : Larousse du XXe siècle, Office de la langue française, site internet de Parler au quotidien.

 

 
 

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