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C'est le juge Jean-Louis Baudouin, de la Cour d'appel du Québec, qui était l'invité d'honneur du Grand dîner d'automne de l'Association des diplômés de droit de l'Université de Montréal (ADDUM), qui avait lieu à Montréal le 8 novembre dernier. Pour l'occasion, plus de 200 personnes sont venues lui rendre hommage, dont l'ancien juge en chef Antonio Lamer et le doyen de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, Me Jacques Frémont.
Le président de l'ADDUM, Me Médard Saucier, a remis au juge Jean-Louis Baudouin (à gauche) un diplôme d'honneur pour souligner la réussite exceptionnelle de sa carrière. |
Né d'une famille qui pratique le droit depuis une dizaine de générations, le juge Jean-Louis Baudouin, éminent juriste et source d'inspiration pour ses pairs, est l'un des grands humanistes du droit contemporain. Professeur de droit pendant 30 ans et juge à la Cour d'appel depuis 12 ans, M. Baudouin a été l'artisan du Code civil du Québec et il s'est beaucoup impliqué dans la réforme du droit du Canada. Juriste de renommée internationale, il a été invité au cours des 10 dernières années à donner plus d'une centaine de conférences et de cours magistraux à travers le monde.
S'adressant à l'auditoire, le juge Jean-Louis Baudouin a partagé ses réflexions sur son rôle de juge, depuis sa nomination à la Cour d'appel en 1989. Selon lui, le travail à la Cour est resté le même mais les relations entre la magistrature et la société ont beaucoup évolué, modifiant sensiblement le rôle du juge. Les rapports qu'entretient la magistrature avec le législateur, le public et les universités ont notamment beaucoup évolué.
« C'est à l'apparition et la mise en vigueur des Chartes que l'on doit les profonds bouleversements des rapports entre la justice et la législation, d'expliquer le juge de la Cour d'appel du Québec. Les Chartes sont rédigées comme l'est un Code civil, c'est-à-dire en termes généraux et abstraits qui laissent une grande place à l'interprétation jurisprudentielle et à une interprétation évolutive; elles font, par ailleurs, le lien entre le droit et la vie sociale. Elles donnent au magistrat un grand pouvoir de modeler la société. Ceux-ci ont désormais un plus grand mot à dire dans la détermination de nos valeurs socioculturelles. Ils ont entre les mains un instrument de normativité simple et résolument orienté vers le changement. Les juges qui, avant les Chartes, et pour caricaturer, disaient le droit, désormais, en bonne partie, font le droit. C'est ce que le pays a voulu et c'est sain. »
Par ailleurs, les rapports entre la magistrature et le public sont aujourd'hui empreints d'ouverture. « Quand je suis arrivé à la Cour d'appel, les relations entre la magistrature et le public étaient pratiquement inexistantes, que ce soient les relations directes ou celles par le truchement des médias d'information. Il n'était d'ailleurs pas de bon ton pour un juge d'accepter de donner des conférences et encore moins des interviews sur des questions d'actualité. Aujourd'hui, la situation a radicalement changé et l'exemple vient de loin et de haut puisqu'il vient de nos collègues à la Cour suprême eux-mêmes. Ceux-ci n'hésitent plus à aborder publiquement des sujets parfois controversés et de faire largement part de leur réflexion sur ceux-ci. (...) Ce changement d'attitude et de mentalité me paraît sain. Il permet de démystifier la profession, de montrer que la justice est humaine et non désincarnée, que nous ne travaillons pas en vase clos et dans une tour d'ivoire, coupés de toute sensibilité sociale. »
Enfin, les liens entre les juges et les universitaires se sont rapprochés ces dernières années et ce changement, de dire le juge Baudouin, est mutuel. « Du côté des juges, on constate que ceux-ci font de plus en plus appel aux facultés de droit et aux professeurs. J'ai toujours été d'opinion qu'un bon praticien doit avant tout être un théoricien. La progression tout à fait remarquable de la doctrine juridique depuis les 15 dernières années a apporté un outil très précieux au travail de la magistrature. En outre, nombre de juges qui prennent des congés sabbatiques le font désormais au sein des facultés de droit. Ce contact est précieux, puisque souvent les courants de pensée présents à l'heure actuelle dans les facultés sont ceux dont les juges auront à tenir compte dans l'avenir. Du côté des facultés, celles-ci fournissent à la magistrature une pépinière de talents. La qualité de nos recherchistes à temps plein ou de nos stagiaires s'est considérablement améliorée depuis ces dernières années. Enfin, et pour terminer, on constate aussi qu'un nombre de plus en plus grand de magistrats n'hésitent pas à se commettre en écrivant eux aussi des ouvrages de doctrine. »
L'allocution terminée, le président de l'ADDUM, Me Médard Saucier, a remis au juge Jean-Louis Baudouin un diplôme d'honneur pour souligner « la réussite exceptionnelle de sa carrière et pour le remercier pour ses éminents services rendus à la collectivité, notamment pour avoir consacré 30 ans à former les étudiants de droit de la Faculté de droit de l'Université de Montréal ».
Une faculté pour laquelle le juge s'est dit particulièrement fier. Il a d'ailleurs conclu cette soirée en invitant les diplômés à s'impliquer davantage. « (...) c'est l'ADDUM qui nous réunit ici, je veux dire combien il est important pour vous tous et pour vous toutes de maintenir des liens étroits, tant sur le plan intellectuel que sur le plan financier, avec votre alma mater et de garder un lien fraternel avec la Faculté de droit de l'Université de Montréal ».
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