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Me Nathalie Chalifour

L'envers du décor

Guylaine Boucher

Enfant, puis adolescente, Me Nathalie Chalifour rêvait de grands rôles, de musique et de danse. La culture était sa seule véritable passion, le show business son environnement naturel. Si on lui avait dit à l'époque qu'elle serait un jour avocate, elle aurait refusé d'y croire. Pourtant, elle a depuis bel et bien délaissé les costumes de scène pour la toge. Avocate en droit du divertissement, elle n'a aucun regret. L'envers du décor lui convient parfaitement.

Enfant de la balle, Nathalie entreprend très jeune des cours qui la mèneront devant les caméras. En 1983, elle tient le premier rôle dans Mario, un long métrage de Jean Beaudin, puis fait un peu de télévision. En âge de s'inscrire à l'université, elle flirte avec le cinéma et les communications, avant de finalement opter pour le droit, à la plus grande surprise de son entourage. « Je suis la première avocate de ma famille. Je suis allée en droit sans vraiment savoir si la science juridique et le milieu du droit allaient susciter un intérêt suffisant chez moi pour que j'y consacre ma vie professionnelle. Je voulais avoir un diplôme, quelque chose de solide. J'ai choisi le droit. Ça a été un véritable coup de foudre. »

Agréablement surprise du nouvel univers qu'elle découvre, Nathalie est spontanément attirée par le litige. Admise au Barreau en 1991, elle consacre d'ailleurs ses premières années de pratique aux litiges civil et commercial. Puis, rapidement, son passé la rattrape. « Quand on commence dans la profession, on travaille généralement sur les dossiers qui nous sont soumis par notre patron. C'est ce que j'ai fait, puis progressivement, je me suis mise à avoir des mandats issus du milieu artistique. J'ai côtoyé des artistes, des producteurs de musique, de télévision et j'ai compris que je pouvais marier mes deux passions. Tranquillement, l'idée que je pouvais, en parallèle, commencer à développer ma propre pratique a germé et je me suis lancée. »

Le grand saut

Il faudra plusieurs années à Nathalie pour développer sa propre clientèle. En fait, plus que du temps, il lui faudra aussi beaucoup de persévérance, avoue-t-elle aujourd'hui, le sourire aux lèvres. C'est que, dans un monde habitué à une pratique plus traditionnelle, choisir de miser sur le monde artistique ne fait pas nécessairement l'unanimité. « Au début, les gens se disaient: 'elle peut en faire à condition qu'elle continue à faire ses 1 800 heures de temps facturable par année'. Beaucoup de gens me regardaient aller et souriaient en coin, en pensant que ça n'allait pas être lucratif, que je n'allais pas y arriver ou que je n'allais pas réussir à générer un volume intéressant. Puis, il est venu un moment où je ne pouvais plus continuer à travailler et faire le reste en parallèle. Je savais ce que je voulais et j'ai plongé. Je me disais que ça allait marcher. »

De mandat en mandat, les événements ont finalement donné raison à Nathalie. Aujourd'hui, la totalité de sa pratique porte sur le droit du divertissement. Jour après jour, pour son plus grand bonheur, elle baigne dans l'univers qu'elle aimait tant lorsqu'elle était petite. « Dans le domaine du divertissement je suis tout à fait moi-même. Je ne vois pas ce que je fais comme un travail. J'aime mes clients. J'aime les enjeux. J'aime les questions. Pour moi la culture, les arts, le divertissement participent à rendre les gens heureux et en ce sens-là je trouve le travail que je fais très utile. C'est fascinant. »

Concrètement, une bonne partie du temps de Nathalie est consacrée à la négociation. Négociation entre un artiste et son agent, entre un artiste et un producteur, entre une maison de disques et un gérant, etc. Des négociations qui mènent presque inévitablement à la rédaction d'un contrat. Un contrat dont elle assume aussi très souvent le suivi. C'est que, dans ce secteur, explique-t-elle, il n'est pas rare que des changements doivent être apportés à un contrat après la signature. « Parce qu'on travaille beaucoup avec les émotions, on ne peut pas dire à quelqu'un 'tu as signé ton contrat, maintenant fait ce pour quoi tu es payé un point c'est tout'. Il faut que tout le monde se sente rassuré, respecté. Il n'est donc pas rare de renégocier des conditions contractuelles, de signer des amendements au contrat. Il faut accompagner nos clients peu importe de quel côté de la clôture ils sont. Il faut comprendre ce dont ils ont besoin pour que le processus créatif se passe bien. »

Dans le même registre, Nathalie assume aussi une importante responsabilité conseil. « En droit du divertissement, on ne peut pas uniquement être des exécutants. Il faut aussi parfois ramener nos propres clients lorsqu'ils vont trop loin, leur donner l'heure juste même si ce n'est pas toujours agréable. Les artistes se trouvent souvent face à plusieurs options, ils ont besoin d'être accompagnés dans leur prise de décision. Ils veulent pouvoir faire confiance au jugement des gens qui les représentent. C'est une grande responsabilité et il faut être à l'aise là-dedans. »

À l'occasion, Nathalie assume aussi la représentation de ses clients devant les tribunaux. À titre d'exemple, c'est elle qui a assumé la défense de la comédienne Linda Malo dans une affaire de droit à l'image. Elle aussi qui a épaulé la chanteuse Lynda Lemay dans ses démêlés avec son ancien gérant.

Aujourd'hui et pour longtemps

Passionnée et soucieuse de valoriser son champ de pratique, Nathalie fondait en 1997, l'AJAVA, l'Association des juristes pour l'avancement de la vie artistique. Derrière cette initiative, deux objectifs: faire connaître le droit du divertissement et favoriser le rapprochement entre les juristes ayant déjà fait le choix d'œuvrer dans ce secteur. Parce que les mandats accomplis en droit du divertissement ont une portée très concrète, l'AJAVA travaille notamment à la formation terrain des avocats du secteur. « Pour bien faire notre travail en tant qu'avocat, il faut bien sûr que nos connaissances en science juridique soient à jour, mais il faut aussi que l'on sache comment fonctionne les choses sur le terrain, comment par exemple, on en vient à produire un disque, quelles sont les étapes normales de distribution d'un film, etc, explique Nathalie. L'AJAVA a permis et permet encore de former les avocats sur ces questions. C'est, à mon sens, ce qui fait la différence entre un avocat qui choisit le secteur simplement parce qu'il trouve le star system attirant ou parce qu'il est vraiment intéressé à contribuer à l'industrie culturelle. »

Bien que les antécédents de Nathalie ne laissent aucun doute sur sa volonté de contribuer, elle admet que les choses n'ont pas été pour autant toujours faciles. « Parce qu'ils ont déjà des représentants, qu'ils n'en veulent pas ou tout simplement parce qu'ils n'aiment pas les avocats, il n'est pas toujours facile d'asseoir sa crédibilité et de faire en sorte que les gens nous fassent confiance, surtout dans le domaine artistique. Il faut travailler fort, être présent. Personnellement, je ne suis pas souvent assise derrière mon bureau. Je vais en studio, dans les coulisses, au lancement de disque. C'est exigeant, d'autant plus qu'avec les gens du secteur artistique, il y a beaucoup de sensibilité dans les rapports humains, peut-être plus que dans le domaine des affaires ordinaires. Ce sont des gens qui expriment leurs émotions rapidement et facilement. Il faut savoir vivre avec ça. Personnellement, ça ne me dérange pas du tout. C'est même l'un des aspects de mon travail que je préfère. »

En fait, avec le recul, Nathalie admet, que n'eut été de cette spécialisation, elle aurait probablement délaissé la profession. « Je n'ai jamais eu de plan de carrière et je n'ai jamais prétendu savoir exactement où je m'en allais. Quand j'ai commencé à faire des dossiers en droit du divertissement, je cherchais une niche qui allait faire en sorte que je n'aurais pas l'impression de travailler, qui me permettrait d'accepter volontairement les nombreuses exigences et contraintes liées à la profession. J'avais le sentiment que si je n'allais pas vers ce champ de pratique-là, il serait très difficile de faire en sorte que la science juridique me rende suffisamment heureuse pour que je continue. Aujourd'hui, tout ce que je sais c'est que j'aime ce que je fais, que je veux continuer de le faire encore longtemps et du mieux que je peux. » RIDEAU!

 

 
 

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