ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
Le Mérite Christine Tourigny 2002 a été décerné à Me Lucie Lamarche, Ph.d., professeure au Département des sciences juridiques de l'UQAM. Le Mérite lui a été remis par le bâtonnier Francis Gervais lors de la cérémonie de remise des Mérites du congrès annuel du Barreau du Québec, le samedi 1er juin 2002 au Manoir Richelieu. Invitée à présenter la récipiendaire, la bâtonnière Jocelyne Olivier, présidente du Comité sur les femmes dans la profession, a évoqué l'excellence de la vie professionnelle de Me Lamarche, indissociable de son engagement social. « Une feuille de route des plus impressionnantes, a fait valoir la bâtonnière, qui témoigne de ses préoccupations humanitaires et de sa contribution remarquable à la promotion et à l'évolution des droits de la personne et des femmes mais également de son choix de mettre ses connaissances au service des plus démunis, notamment au sein de nombreux organismes communautaires voués à la défense des droits des femmes. »
|
Me Lucie Lamarche, que l'on voit entourée du bâtonnier Francis Gervais et de la bâtonnière Jocelyne Olivier, possède le dynamisme nécessaire pour défendre les droits des personnes qui ont le plus de difficultés à les exercer |
Admise au Barreau en 1978, Me Lamarche a entrepris sa carrière d'avocate à la Clinique juridique de Pointe Saint-Charles. Puis elle a poursuivi sa pratique comme associée au sein de l'étude Bohémier Dame Lamarche (1982-1986). Elle a aussi enseigné à l'École du Barreau (1987-1992).
Me Katherine Lippel, professeure, une collègue du Département des sciences juridiques, a connu Me Lamarche sur les bancs de l'Université de Montréal avant de pratiquer avec elle au sein de l'étude St-Louis, Lippel, Guillet, Lamarche, de 1986 à 1996. Elle témoigne de la passion de Me Lamarche pour la justice sociale: « Les questions sociales en droit des femmes ont été déterminantes durant le dernier quart de siècle. Par sa réflexion, son point de vue critique et ses actions, Me Lamarche a fait évoluer le droit des femmes, notamment sur les questions de garde des enfants, de viol et d'agression sexuelle, d'équité salariale, d'accès à l'égalité dans les métiers non traditionnels. »
C'était aussi une époque de grands changements dans les droits des femmes, se rappelle la juge Juanita Westmoreland-Traoré, de la Cour du Québec. « On avait changé les lois, institué le patrimoine familial, poursuit la juge, alors avocate de pratique privée. Les femmes devaient être informées et beaucoup de mandats provenaient de l'aide juridique. Or Me Lamarche possédait le dynamisme nécessaire pour défendre les droits des personnes qui ont le plus de difficultés à les exercer. »
Récipiendaire du Fellowship post-doctoral Jean Monet de l'Institut universitaire européen (Florence, Italie), Me Lamarche a complété ses études doctorales à la Faculté de droit de l'Université libre de Bruxelles. Elle est aussi l'auteure de nombreux (pas loin d'une centaine) rapports de recherche, articles, monographies, ouvrages collectifs portant sur les droits économiques et sociaux, le droit de la famille, du travail, l'équité en matière d'emploi pour les femmes et les minorités, l'évolution des droits de la personne, l'économie sociale. « Son expertise et sa notoriété font de Me Lamarche une conférencière recherchée, souligne la bâtonnière Olivier. Au cours des deux dernières années elle a répondu à plus d'une vingtaine d'invitations pour prononcer des communications scientifiques au Canada, en Amérique du Sud, en Europe et en Afrique du Sud. »
De 1988 à 1995, Me Lamarche a été membre du Comité des droits économiques et sociaux de l'Association américaine des juristes. Me Georges Lebel, professeur au Département des sciences juridiques et Directeur des Études supérieures, a connu Me Lamarche en pratique privée dans les années 1970. Il a par ailleurs participé avec elle à la préparation des interventions québécoises de la base en vue du Sommet des Nations unies sur le développement social (Copenhague 1995). « Jeune avocate, sa pratique s'est inscrite dans le courant de la remise en cause des pratiques juridiques traditionnelles. Elle a été l'une des premières à plaider le concept juridique du harcèlement sexuel au travail. » Me Lamarche enseigne aussi à la maîtrise. « Des étudiants d'ici mais aussi d'Europe, d'Afrique et d'Amérique latine s'inscrivent à ses cours. Il y a toujours plus de demandes que de places disponibles », remarque Me Lebel.
Une de ses étudiantes en droit, Me Andrée Côté, aujourd'hui directrice des Affaires juridiques à l'Association nationale de la femme et du droit, se souvient d'une professeure extraordinaire et dévouée: « Me Lamarche ne fait pas qu'enseigner la norme de droit positif, elle propose une analyse critique et une réflexion conduisant à une réforme. En outre, notre Association bénéficie de son soutien, notamment pour le développement de nos mémoires auprès du législateur ou devant les tribunaux. Elle sait donner des outils d'information aux gens qui travaillent sur le terrain leur insufflant du même coup une capacité d'agir, d'intervenir auprès du législateur. Un talent rare! »
Émue et fière de recevoir son Mérite, Me Lamarche a honoré la mémoire de la juge Christine Tourigny (première récipiendaire de ce prix d'excellence en 1998, un Mérite qui porte désormais son nom) « qui, à sa façon et dans le respect de ses fonctions, a toujours refusé de dissocier le droit des enjeux sociaux auxquels il participe ».
Ont aussi été honorées de ce Mérite, trois autres femmes juges, soit Réjane Laberge-Colas (1999), Lise Gaboury (2000) et Louise Mailhot (2001).
Membre du Barreau depuis bientôt 25 ans, Me Lamarche a en outre salué « l'importance cruciale » du rôle du Barreau du Québec, de l'UQAM et de la Clinique de Pointe Saint-Charles dans son évolution, trois institutions qui lui ont donné et lui donne encore « la chance d'avancer, comme professionnelle et comme citoyenne ».
Pratique, enseignement, recherches, publications, engagement social, travaux avec des organismes et associations d'ici et à l'échelle internationale: « Me Lamarche a eu une pratique transfrontalière avant-gardiste, conclut la juge Westmoreland-Traoré, car les droits formels sans statut économique ne conduisent pas très loin. Au surplus, elle a avancé sur tous les fronts tout en assumant des responsabilités de mère d'une fille aujourd'hui âgée de 13 ans. »
© Barreau du Québec 1996-2012