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Lors d'une expérience, un scientifique pose la question suivante à un enfant de trois ans qui s'est blessé à la joue avec un arbuste: « Je vois que tu as une égratignure sur la joue. Est-ce que c'est un chat qui t'a fait ça? » L'enfant répond: « Non ». Peu après, un autre expérimentateur demande à cet enfant: « Qu'est-ce que tu as sur la joue? » Et l'enfant de répondre « J'ai été 'graffigné' par un chat ».
Cette expérience montre bien comment les réponses d'un enfant peuvent être influencées par des interrogatoires répétés de parents, policiers, travailleurs sociaux, avocats, médecins, psychologues, juges, etc. « Si on a des questions spécifiques, l'enfant peut incorporer dans sa mémoire et faire siens, comme faisant partie de sa réalité, les éléments introduits par les questions. Il faut être très attentif aux comportements et motivations des gens qui interrogent les enfants », dit Me Danielle Nadeau, avocate, psychologue et coordonnatrice en santé mentale au Centre hospitalier du Grand portage. Avec Louis Mignault, psychologue, elle a donné des conseils fort utiles aux juristes qui ont à interroger des enfants.
Ces deux experts ont au préalable expliqué les phases de développement que l'enfant traverse, afin notamment de permettre aux praticiens de comprendre son comportement lors d'un interrogatoire. C'est seulement vers un an ou un an et demi que l'enfant commence à développer la capacité de se représenter mentalement une chose du passé. Il commence aussi à cet âge à développer des habiletés de communication verbales. À partir de deux ans, l'enfant utilise le jeu pour développer son imagination. « Les enfants mélangent la fantaisie et le réel, comme par exemple, 'la lune chante'. Ils compensent par la créativité les choses qu'ils ne comprennent pas », dit Me Nadeau. À compter de six ou sept ans, l'enfant acquiert la capacité de faire des raisonnements à propos de choses concrètes. « Ce n'est qu'avec le début de l'adolescence que la capacité d'opérer sur des propositions abstraites sera peu à peu maîtrisée », ajoute-t-elle.
Mais il ne faut pas confondre raisonnement et capacité de distinguer le mensonge d'une proposition valide. Des expériences démontrent que des enfants aussi jeunes que quatre ans ont cette dernière capacité.
Ces connaissances sur la psychologie des enfants ont servi à concevoir des techniques d'entrevue spécialement pour les enfants. Et à ce sujet, Louis Mignault a généreusement partagé avec les praticiens présents une méthode d'entrevue en six étapes qui est non directive et non suggestive. L'interviewer est seul dans une pièce avec l'enfant pour éviter que le témoignage de ce dernier ne soit contaminé.
L'étape 1 c'est la mise en relation. « Les enfants sont facilement impressionnés par les titres d'autorités, comme avocat, psychologue, enquêteur, et ils vont avoir tendance à répondre à des questions même s'ils n'ont pas de réponse. Présentez-vous simplement, comme ceci 'je suis une personne qui parle avec les enfants et aujourd'hui, je suis venu parler avec toi'. Adoptez une attitude amicale plutôt qu'autoritaire », dit Louis Mignault. Ensuite, commencez à poser des questions sur des événements neutres pour mettre l'enfant en confiance. Demandez-lui s'il aime l'école, comment il est venu, etc.
L'étape 2 c'est l'évaluation du concept de vérité de l'enfant alors que l'étape 3 c'est l'introduction du sujet de l'entrevue. À ces étapes, conseille M. Mignault, « Allez-y de la manière la moins directive possible. Et évitez de dire à l'enfant 'On va faire semblant et tu vas me dire...' ou encore 'Imagine que...', car cela va l'amener dans le monde de la fantaisie. »
L'étape 4 c'est le récit libre. L'enfant raconte ce qui s'est passé dans ses propres mots et à son rythme. « Laissez-le aller au bout de son récit sans l'interrompre en utilisant des facilitateurs verbaux comme 'hum, hum' ou 'je comprends' pour l'aider à poursuivre. » À l'étape 5 ce sont les Questions ouvertes. Plus l'enfant est jeune, et aussi plus l'événement est situé loin dans le temps, plus il a besoin du soutien d'un adulte pour remonter pas à pas le souvenir dans sa tête et le communiquer. « Soutenez-le par des indices ou par des questions ouvertes comme 'qu'est-ce que tu voyais?' préférablement à des questions suggestives. Si vous avez besoin de clarifications, vous pouvez évoluer vers des questions de plus en plus spécifiques », conseille le psychologue.
À la dernière étape, l'étape 6, il faut effectuer une clôture de l'entrevue, et poser des questions neutres comme au début de l'entrevue.
Si l'enfant hésite, « vous pouvez l'encourager à accepter son manque de mémoire en lui faisant pratiquer le 'je ne sais pas'. Demandez-lui par exemple, 'Le médecin qui t'a mis au monde avait-il des lunettes?' ».
Les conférenciers conseillent d'encourager l'enfant à faire confiance à sa mémoire, tout en évitant toute forme de récompense, comme du chocolat, ou de coercition. « Ne le poussez pas à répondre. Il vaut mieux n'avoir aucune réponse plutôt qu'une réponse forcée ». Et surtout « soyez très compréhensif envers les enfants qui sont appelés à témoigner. Selon l'expérience clinique, ils sont en proie à une tristesse, une détresse et un déchirement intense. Soyez à l'écoute de cette souffrance et de la pression que subissent les enfants pour mieux comprendre 'l'inconsistance' de leurs déclarations », dit Me Nadeau.
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