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Des idées et des droits

Guylaine Boucher

Nouvelle économie oblige, l'innovation vaut aujourd'hui son pesant d'or. En fait, les idées et les concepts inédits n'ont jamais valu aussi cher sur le marché. Acteur important en matière de différends idéologiques et de paternité intellectuelle, le droit de la propriété intellectuelle occupe lui aussi une place grandissante dans l'univers juridique québécois. Jeune avocat, Me Jean-Philippe Mikus en sait quelque chose. Depuis 1997, ce chasseur d'idées veille à mettre à l'abri les œuvres inédites et leurs auteurs ou concepteurs et à défendre leurs intérêts en cas de litige. Voyage au pays des idées.

M<sup>e</sup> Jean-Philippe Mikus
Me Jean-Philippe Mikus

Chaque jour, Jean-Philippe Mikus, 32 ans, réfléchit à de nouvelles façons de protéger les œuvres et les intérêts de ses clients. Littérature, musique, cinéma, très peu de domaine culturel lui échappe. Il négocie ou rédige les contrats de cession de droit d'auteur, les ententes d'utilisation ou d'édition et intervient également en cas de litige. Internet étant de plus en plus présent, il n'est pas rare non plus qu'il ait à se pencher sur l'utilisation de certains contenus ou œuvres sur la grande toile. « Ce qui, hier encore, était techniquement impossible est aujourd'hui réalisable et ça crée parfois des vides juridiques qu'il faut combler rapidement », explique-t-il.

En dehors du champ culturel, il lui arrive aussi parfois de travailler à la protection de certaines marques de commerce. Il intervient alors tant en matière d'enregistrement que de litige. Il se défend bien cependant de faire du droit des affaires. « La pratique que je fais est vraiment une pratique de droit intellectuel pur. Je ne fais pas par exemple de fusions et d'acquisitions comme beaucoup d'avocats dans le domaine. J'aime aller au fond des choses et le fait de me concentrer sur ce seul aspect du droit me permet de le faire. »

La recherche comme alma mater

Aller au fond des choses, creuser, présenter une argumentation convaincante, Jean-Philippe admet que c'est de loin l'obligation à l'égard de sa pratique qu'il préfère. Parfois complexe et surtout en constantes transformations, le droit de propriété intellectuelle lui permet en effet de conjuguer le service conseil et la recherche, sa seconde passion.

Étudiant, c'est d'ailleurs cette passion qui l'a mené vers la propriété intellectuelle. « À l'université, j'ai pu dès la deuxième année travailler au Centre de recherche en droit public où l'on amorçait un projet de recherche sur la circulation des produits culturels dans la francophonie. Il était question de droit d'auteur, de subventions aux industries culturelles, de règles douanières ou tarifaires et de tout ce qui avait rapport un peu avec les œuvres artistiques. Mon travail s'est poursuivi en troisième année. Par la suite, j'ai décidé de reprendre une partie du travail qui avait été fait pour produire une monographie qui est en fait mon livre sur le droit de l'édition. Pour moi, ces deux années ont été décisives. Je venais de trouver ma voie. »

Avant de faire le saut à l'École du Barreau et en cabinet privé, Jean-Philippe travaille une année entière au Centre de recherche en droit public, puis s'envole vers Londres où il complète une formation de deuxième cycle en droit commercial international et droit européen à l'Université de Cambridge. Entre la recherche et la pratique son cœur balance alors toujours sérieusement. Il optera finalement pour la pratique, convaincu que le fait de conseiller les gens et de les aider à résoudre les problèmes auxquels ils font face lui apportera une importante gratification. Une impression que ses cinq années de pratique lui ont depuis permis de confirmer. Presque gêné, il admet cependant être « un avocat à la pratique hybride », qui n'a pas totalement renoncé à la recherche. La longue liste de ses publications en témoigne d'ailleurs.

Contribuer et créer

Les choix multiples n'ont rien de nouveau pour lui. En fait, à une certaine époque même le droit n'était qu'une option parmi tant d'autres. « Après avoir fait mon cégep en sciences, je n'avais aucune idée de ce que j'aimerais vraiment faire dans la vie. J'ai fait des demandes d'admission en littérature, en architecture, en génie et en droit à l'université. Je suis allé rencontrer un avocat et un architecte pour qu'ils me parlent un peu de leur profession. Ce que l'avocat m'a décrit me semblait intéressant. Il semblait y avoir beaucoup de créativité et de recherche dans son travail. C'est ce que je recherchais. J'ai finalement opté pour le droit. »

Il confirme ne jamais avoir regretté son choix, même si, avoue-t-il, le passage des sciences pures au droit a nécessité certains ajustements. « J'étais habitué de fonctionner avec des formules, des choses assez précises et là, du jour au lendemain, c'était plus flou, plus nuancé. J'ai dû m'adapter et apprendre à transposer autrement les habiletés que j'avais développées. »

Avec le recul, il estime que le droit, plus particulièrement le droit en matière de propriété intellectuelle, était un choix logique pour lui. « Même si, plus jeune, j'avais des intérêts très diversifiés, j'ai l'impression que ma pratique en droit reflète un peu tout ce que j'aimais à ce moment-là. L'architecture, la littérature, sont tous des secteurs dans lesquels je suis parfois appelé à agir. Je ne dirais pas que j'étais prédestiné pour faire du droit de propriété intellectuelle, mais j'ai certainement accédé naturellement à cette spécialisation-là parce que ça coïncidait bien avec mes intérêts. »

Quant à savoir si, un jour, l'appel de la recherche à temps complet se fera à nouveau sentir, le principal intéressé se fait prudent. « Peut-être. Ce qui est certain, c'est que je ne m'ennuie pas dans ma pratique actuelle. Chaque jour est différent. Le droit est un secteur qui est constamment en mouvance. Il y a toujours une question que personne ne s'est posée, un espace entre deux chaises qu'il faut combler. On ne peut pas seulement prendre ce que l'on a appris et l'appliquer. Il faut être créatif. C'est ce qui m'a plu au départ dans le droit et je ne vois pas comment je pourrais renoncer à ça. » *

 

 
 

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