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Voilà ce que nous voulons...

Claude G. Leduc

Le titre de cette chanson de Paul Piché me revient en tête lorsque j'observe la scène judiciaire québécoise récente et toutes les réactions que suscitent certains de ses faits les plus retentissants.

Tous autant que nous sommes, acteurs de ce système judiciaire, nous poursuivons le même but : le respect de la règle de droit. Législateurs, avocats, juges, juristes, barreaux, nous sommes plus souvent qu'autrement appelés à prendre position, à trancher ou à défendre des intérêts opposés, et c'est notre rôle de le faire. Bien sûr, nous jouons ce rôle de façon vigoureuse parfois et de manière à faire valoir ce que nous croyons être juste et approprié.

Mais quelquefois je me demande si une composante essentielle de ce système de justice, que l'on dit envié de par le vaste monde, ne s'est pas avec le temps érodée. Je parle de la confiance et du respect mutuels.

J'écris ces mots alors que je viens d'assister au congrès annuel du Barreau américain et que je participe à celui du Barreau canadien. Curieux, mais à ces deux congrès, il y avait un atelier intitulé à quelques mots près : La courtoisie dans la profession.

Tous nous devons continuer à démontrer le plus grand respect envers les autres acteurs de ce système, envers nos semblables et envers le système lui-même si nous désirons maintenir (ou récupérer) la confiance du public à notre égard.

La justice mérite autre chose que cynisme et désabusement.
Il n'est pas vrai que le mot avocat rime toujours avec cupidité.
Il n'est pas vrai que le mot juge rime toujours avec orgueil et suffisance.

En me désignant pour occuper la fonction de bâtonnier, vous m'avez donné la chance d'occuper une place de choix pour observer ce qui se passe non seulement dans la communauté juridique ou sur la scène judiciaire, mais aussi dans une multitude d'organismes impliqués de près ou de loin dans la justice et dans le gouvernement. De cet observatoire, je vois une pléthore de gens dévoués et passionnés.

J'y vois des avocats et avocates qui font honneur à la profession en travaillant honnêtement à la défense des intérêts de leurs clients, en donnant leur temps et leurs énergies à toutes sortes de causes et en pratiquant leur profession de mille et une façons.

J'y vois des juges qui travaillent avec acharnement et avec professionnalisme à rendre justice et à faire en sorte que celle-ci puisse être rendue rapidement, avec équité et surtout dans le respect de la règle de droit.

J'y vois des politiciens honnêtes, convaincus et convaincants, qui veulent faire avancer la cause de la justice et qui cherchent à la rendre accessible.

Et c'est en les observant que me vient la fierté de pratiquer cette profession qui contribue encore à ce que justice soit rendue, quoi qu'on en dise. Ensemble, donnons-nous une chance d'accomplir ce que nous avons à faire et faisons preuve de tolérance et de civisme les uns envers les autres. Ensemble, redonnons ses lettres de noblesse à la justice.

Le bâtonnier Claude Masse a déjà dit :

« Tous aspirent à une plus grande justice et à un plus grand respect de la dignité humaine. La justice constitue la première sécurité d'une civilisation, elle est le but de tout gouvernement, de toute société, de tout homme. Il faut la rechercher sans cesse, car la liberté n'existe que par elle. La justice est, en somme, la vérité qui se veut tangible et agissante dans les rapports entre eux. Elle est la plus haute et la plus précieuse des vertus et celle, pour paraphraser Aristote, qui comprend et résume toutes les autres. »1

Si la justice comprend et résume toutes les autres vertus, respect, compréhension et tolérance en font partie. Voilà ce que nous voulons.

Le bâtonnier du Québec,
Claude G. Leduc

batonnier@barreau.qc.ca

Discours de Monsieur le bâtonnier Claude Masse à l'occasion du colloque sur la réforme judiciaire et le renforcement de l'ordre démocratique en Haïti, 15 mars 1997 (La justice et le système judiciaire)

 

 
 

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