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Isabelle Huard*
La négociation est un ensemble de démarches entreprises en vue de parvenir à un accord, de conclure une affaire. » (Marie-Éva De Villers,1997).
Mais pourquoi négocie-t-on au juste? Fondamentalement, on négocie pour résoudre un désaccord, prévenir un conflit, obtenir un bien, en somme pour satisfaire un besoin et ce, à travers un processus d'échange impliquant au moins une autre personne.
En droit international, le droit de négocier, qui est la première manifestation du droit de traiter, appartient aux États indépendants et souverains. Autrefois, le mode de négociation était indirect et se réalisait par l'intermédiaire de diplomates délégués. Aujourd'hui, l'importance des problèmes internationaux tendent à favoriser les chefs de gouvernements ou les ministres à négocier entre eux. Le déclenchement juridique des pourparlers peut être assuré par différentes autorités, qu'il s'agisse de la loi, du juge ou du contrat.
Voyons donc maintenant les origines du mot « négociation »: le mot vient de « négoce » qui signifie à l'origine « affaire, embarras ». Le mot est formé par négation du mot otium, signifiant « loisir » en latin. Or, le terme Negotium réfère donc à « ne pas avoir le loisir de ».
Dès le XVIe siècle, le mot « négoce » est utilisé au sens de « discussion en vue de l'élaboration d'un accord » et de « entremise ». Mais au XVIIe, il se spécialise dans le langage économique pour désigner les transactions commerciales avec le sens d'échange, de commerce: on disait donc « se livrer au négoce de ».
À ce moment, c'est le mot « négociation » qui le remplace complètement dans le sens de « discussion en vue d'un accord », alors
que jusque-là, il avait surtout eu le sens large d' « affaire ».
Ce sens plus restreint était apparu au XVIe siècle, en même temps que le sens de « négocier », qui voulait dire « discuter en vue d'un accord ». On dit d'ailleurs aujourd'hui couramment « un accord négocié », par exemple dans un litige entre États, donc obtenu après discussions. L'adjectif « négociable », quant à lui, au sens de « qui peut être débattu, faire l'objet d'une discussion », est plus récent (milieu du XXe siècle). On dira dans une transaction immobilière, par exemple, que le prix du bien est « négociable ». On dira aussi dans une discussion à caractère social qu'une mesure ou une disposition prévue dans un plan est « négociable » ou en politique internationale qu'une proposition est « négociable ». À l'inverse, on dira par exemple que telle disposition ou tel plan de paix « n'est pas négociable », c'est-à-dire que c'est à prendre ou à laisser.
Ce sens est récent. Auparavant, « négociable » signifiait seulement « monnayable »: cet effet est « négociable », donc il peut être converti en espèces monétaires.
« Négocier », c'est donc discuter; c'est tout ce temps de l'échange (verbal) qui se passe en propositions, contre-propositions, concessions, exigences, retraits, dont on essaie de tirer le maximum d'avantages, en tâchant d'en sortir gagnant.
On voit donc que le verbe « négocier » s'utilise de façon transitive: « négocier » son départ, son divorce; « négocier » la libération d'un otage.
Pour terminer avec la racine « négoce », on signalera que ce mot, peu utilisé aujourd'hui, signifie commerce, que «négociant » est un mot un peu désuet aussi, qui s'emploie plutôt pour désigner un commerçant en gros, qui fait du commerce de longue distance (l'import-export de jadis).
Et l'étymologie? Très compliquée, puisque le mot est formé à partir de tout un segment de phrase latine: mihi nec otium est qui signifie que « pour moi ce n'est pas un loisir, un agrément de faire ceci », c'est-à-dire « il ne m'est pas agréable de », donc cette chose (que je dois faire) est délicate, difficile, c'est un travail, une affaire embrouillée, puis une occupation. C'est un peu pour cette raison que la profession juridique a la chance de compter parmi ses troupes quelques spécialistes de la négociation!
Sources: Larousse du XXe siècle, site Internet de Parler au quotidien (Centre national de documentation pédagogique), site Internet du dictionnaire du droit privé de Serge Braudo.
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