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Élu bâtonnier de Montréal en mai dernier, Alan M. Stein figure au nombre des avocats pour qui le droit était un choix prédestiné. Amoureux de sa profession, encore aujourd'hui, il ne voit pas comment il lui serait possible d'être heureux en faisant autre chose. Une passion qu'il espère faire rayonner tout au long de son mandat. Un mandat qui s'annonce d'ailleurs fertile en réalisations s'il faut en croire le principal intéressé.
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Enfant, Alan M. Stein accompagnait son père, avocat réputé, jusqu'en Cour suprême pour l'écouter plaider ses causes. Il aimait alors le regarder travailler pendant des heures, penché sur ses grands livres, l'esprit entièrement dédié à son client, préoccupé par le fait de ne négliger aucun détail. Rien d'étonnant donc qu'en 1961, alors que son père obtient gain de cause devant le plus haut tribunal du pays dans l'affaire Roncarelli c. Duplessis, il fréquente déjà la faculté de droit de l'Université McGill. « Voir mon père plaider en cour et parler de ses causes était pour moi si inspirant, qu'aller en droit était un choix naturel », avoue-t-il aujourd'hui avec le recul.
Dans le clan Stein, le droit est donc affaire de famille. Admis au Barreau du Québec en 1963, Alan M. Stein intègre d'ailleurs immédiatement les rangs du cabinet familial, fondé quelque trente ans plus tôt par son père et ses oncles. Une tradition qui se poursuit depuis, puisque non seulement le bâtonnier est aujourd'hui à la tête de l'entreprise familiale, mais il partage la direction de l'étude avec deux de ses cousins.
Plaideur comme son père, Alan M. Stein partage son temps entre le litige commercial, le droit civil et le droit de la famille. Rapidement toutefois, sa passion de la justice dépasse le strict cadre de la pratique. Comme d'autres, il souhaite prendre part aux activités de la profession, contribuer à faire avancer les choses, à changer les mentalités...
En fait, persuadé que « tous les avocats devraient donner un peu de temps à leur association professionnelle », il joint l'acte à la parole et s'engage comme conseiller au Barreau de Montréal. Il participe aussi à deux des nombreux comités de l'organisme, soit le Comité de liaison avec la Cour supérieure et le Comité de liaison avec la Cour d'appel. « La mission principale du Barreau est évidemment la protection du public, mais il travaille aussi pour ses membres. Il est donc normal que, comme avocat, on prenne part aux activités, que l'on contribue à enrichir les réflexions entourant l'exercice de la profession. » Une philosophie qui l'a doucement mené jusqu'au poste de bâtonnier et qu'il entend concrétiser tout au long des douze mois que durera son mandat.
Trois principaux dossiers retiendront son attention au cours de la prochaine année. Le premier est en lien avec les problèmes de fonctionnement de la chambre commerciale instaurée depuis peu au palais de justice de Montréal. « L'idée de mettre sur pied un service exclusivement dédié aux causes de faillites et de réorganisations d'entreprises était excellente. Le problème, c'est qu'aucune équipe de juges dédiés exclusivement à ce domaine ne siège à Montréal et que les entreprises préfèrent encore se tourner vers Toronto pour leurs affaires juridiques, même si leurs sièges sociaux sont au Québec. Résultat, les avocats ontariens ont beaucoup de travail, alors que ceux de Montréal perdent du marché. Il serait donc souhaitable qu'un juge spécialisé puisse au moins siéger six mois par année dans la métropole pour entendre ces causes. L'une de nos priorités sera donc de faire des représentations en ce sens auprès du juge en chef et du juge en chef adjoint de la Cour supérieure. »
Toujours sous l'angle de la pratique, le bâtonnier entend aussi demander une révision des règles d'arbitrage des comptes entre avocats et clients. « Actuellement, la facturation des avocats repose essentiellement sur le nombre d'heures consenties à un dossier. On refuse par exemple l'idée que le résultat obtenu ou la complexité d'une cause influencent la facture. Selon moi, c'est inacceptable et il faut revoir cette façon de faire de manière à ce que les arbitres en tiennent compte lorsqu'ils doivent intervenir dans un dossier. » Le bâtonnier espère aussi convaincre les autorités du Barreau de forcer les clients qui ont recours à l'arbitrage de déposer la moitié des sommes en jeu dans un compte en fiducie. C'est, qu'explique-t-il à ce sujet, « très souvent, même lorsque les avocats ont gain de cause, les clients n'ont pas ce qu'il faut pour régler la facture ».
Enfin, soucieux de la vie associative, le bâtonnier a aussi déploré la faible participation des avocats de langue anglaise aux activités du Barreau du Québec et du Barreau de Montréal. Une situation à laquelle il espère remédier en cours de mandat, brisant au passage quelques idées préconçues. « L'idée que les avocats anglophones ne sont pas les bienvenus dans les activités du Barreau est largement répandue. Ce n'est pas du tout le cas. J'en suis la preuve vivante. Il faut donc briser cette image et faire en sorte qu'ils contribuent. »
À quand un avocat anglophone à la tête du Barreau du Québec ? Difficile à dire, répond Alan Stein en riant. « Jusqu'à ce jour, aucun avocat anglophone n'a occupé le poste de bâtonnier du Québec. On a récemment vérifié mon intérêt pour une telle responsabilité. Pour le moment, je souhaite me concentrer sur mon mandat et consacrer toutes mes énergies à l'atteinte des objectifs que je me suis fixés. Ce sera déjà beaucoup, compte tenu du peu de temps qui m'est imparti. »
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