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L'auteur adresse cette lettre au premier ministre du Canada, Jean Chrétien.
Vous avez raison (...) lorsque vous affirmez, comme vous l'avez fait devant l'Assemblée générale des Nations-Unies, que la pauvreté dans le monde et la dérive d'États lointains contribuent à accroître l'exclusion sociale et le ressentiment, mettant en péril la sécurité mondiale. Je vous félicite pour ce geste.
Il faut continuer la réflexion et prendre position sur la pauvreté et l'exclusion sociale de nos jeunes canadiens. Est-il nécessaire de rappeler que le 24 novembre 1989, la Chambre des communes adoptait à l'unanimité la résolution suivante: « Que la Chambre témoigne de son souci pour des millions et plus d'enfants canadiens qui vivent dans la pauvreté et s'emploie à réaliser l'objectif d'éliminer la pauvreté chez les enfants du Canada d'ici l'an 2000 ».
Le Canada n'a pas livré la marchandise et votre gouvernement a opté pour un repli sécuritaire en adoptant la Loi sur le système pénal pour adolescent. Le Canada est loin d'être un modèle en matière de justice sociale pour les enfants.
Le droit consacre la puissance d'une collectivité sur l'individu. Une loi qui concerne les jeunes traduit les perceptions, les angoisses et les préjugés qu'une société entretient à leurs égards. Une communauté qui a confiance en elle et consciente de ses forces sera en mesure d'assumer, d'intégrer efficacement et sereinement les jeunes en difficulté. Une société craintive qui s'affaiblit et qui perd ses repères et le contact avec ses jeunes aura tendance a devenir répressive. (...).
La pauvreté a des effets sur le fonctionnement familial: parents dépressifs, stress chronique, quartiers hostiles, promiscuité et écoles en difficulté. Elle affecte la santé des enfants et entraîne des retards de croissance. On ne peut désespérer les jeunes et leur reprocher d'agir en désespéré. (...).
S'attaquer à la misère des jeunes et voir à leur émancipation devrait être à la base de tout programme politique. Car investir dans leur développement c'est investir dans une vision de notre avenir collectif. C'est un mandat démocratique tacite.
Les citoyens d'une société démocratique habitée par des valeurs morales et éthiques comme la nôtre n'ont jamais voté pour permettre la souffrance et la marginalisation d'un seul enfant. Nous avons collectivement l'ambition, les ressources techniques et financières. Il ne manque que la volonté politique. Pas besoin de discours mais d'actes concrets. C'est une question de priorité morale.
Nous devons nous poser une seule question: quelle société léguer à nos enfants? Après, il suffit d'élaborer une stratégie. Selon un vieux proverbe indien, « la terre n'est pas un don de nos parents. Ce sont nos enfants qui nous la prêtent ». Un premier ministre devrait être très sensible à la sécurité et au développement des enfants et ce faisant il assurerait la sécurité et le développement de sa communauté. Si les stratégies économiques tyrannisent les enfants, alors il faut s'attaquer au terrorisme économique et cesser d'ajuster nos valeurs et notre culture aux diktats des intégristes économiques. Il faut consolider l'éducation, améliorer les congés parentaux, investir dans la prévention et les activités culturelles et sportives.
Sur le plan national, je rêve du jour ou un premier- ministre dira à ses citoyens: « La pauvreté et la dérive des régions et des quartiers lointains contribuent à accroître l'exclusion et le ressentiment, mettant en péril la sécurité et l'harmonie sociale.
Comme le disait Gandhi, « nous devons être nous-même le changement que nous désirons voir ».
Montréal, le 19 septembre 2002
Me René Binet
Avocat en droit des jeunes
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