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Qui pollue ma boîte de courriels?

Sébastien Lapointe, avocat

Selon certaines prévisions, il existera d'ici quelques années plus d'un milliard d'adresses de courriel dans le monde. Une telle pénétration du marché a depuis longtemps attiré l'attention de certains entrepreneurs qui voient là un excellent moyen de joindre un grand nombre d'individus à peu de frais.

Cependant, en pratique, la convivialité de ce moyen de communication mène aujourd'hui à un problème auquel nous sommes tous confrontés quotidiennement: le pourriel, en anglais « junk mail » ou « spam ». Un pourriel, terminologie préconisée par l'OLF, consiste en un message non sollicité, de nature commerciale, envoyé à un très grand nombre d'adresses.

Il est intéressant, et pour plusieurs, frustrant, de constater que la quantité de pourriels reçue par une adresse de courriel moyenne augmente sans cesse. AOL estimait récemment que 30 % du courriel reçu par ses membres était constitué de pourriels.

L'explication de ce phénomène est simple: il s'agit d'un moyen vu par plusieurs entreprises comme une façon efficace et économique de joindre la clientèle-cible. Ainsi, bien que la très forte majorité des usagers suppriment simplement les pourriels qu'ils reçoivent, un faible pourcentage répond de façon positive. D'ailleurs, en pratique, plus l'envoi est ciblé, plus les chances de « succès » augmentent, puisque les personnes recevant le courriel montreront déjà un intérêt pour les produits ou services ainsi offerts.

Techniques de ciblage

Mais d'où les entreprises s'adonnant au « pollupostage » tiennent-elles toutes ces adresses de courriel?

Mentionnons tout d'abord qu'il existe des entreprises qui ont pour vocation de créer des listes d'adresses de courriel qu'elles vendent ou louent à des entreprises désireuses de procéder à un publipostage; pour un supplément, on peut même obtenir des adresses « ciblées » quant à un thème, un type de produit, une industrie ou une région.

Cette explication nous mène d'ailleurs à traiter d'une autre question: celle des profils de consommateurs. Le profil personnel de consommation des internautes s'avère aujourd'hui une denrée très recherchée sur Internet. Des bases de données existent déjà, qui répertorient les habitudes de consommation et de furetage des internautes, et des consommateurs en général, afin d'utiliser l'information à des fins ultérieures de marketing.

La plupart des pourriels sont envoyés sans ciblage particulier, l'émetteur tablant davantage sur la quantité des adresses que sur leur qualité, afin d'obtenir des réponses favorables. Les listes « non ciblées » de courriels sont habituellement assemblées à partir de programmes informatiques simples appelés « robots » qui furètent sur le Web afin de recueillir des adresses de courriel. Si votre adresse est affichée sur un site Web, par exemple celui de l'organisation où vous travaillez, il y a fort à parier que des robots l'ont déjà récoltée. Bien que cette méthode ne permette pas de cibler très efficacement puisque l'on connaît peu de choses de la personne visée ou ses habitudes, elle demeure néanmoins très utilisée.

Méthodes avancées

Du point de vue technique, il demeure à l'heure actuelle généralement impossible pour un site Web que vous visitez de connaître votre véritable adresse de courriel, à moins que vous ne révéliez volontairement cette information. Les entreprises désireuses de vous contacter par Internet doivent ainsi chercher à connaître votre adresse de courriel par divers mécanismes.

Une méthode courante pour ce faire est de permettre aux usagers d'un site Web de « s'enregistrer », c'est-à-dire de fournir certains renseignements en retour de l'obtention de certains avantages, par exemple, la participation à un concours ou la réception d'un « newsletter ». Grâce à l'utilisation de témoins ou cookies, on pourra également enregistrer les habitudes de furetage de l'internaute et ainsi amorcer la tenue d'un dossier.

Certaines entreprises peu scrupuleuses vont même jusqu'à obtenir des renseignements sur les internautes par l'entremise de logiciels espions ou spyware qui peuvent être installés sur les ordinateurs de particuliers, habituellement à leur insu.

Un site Web qui recueille des informations, fournies volontairement ou non, par ses usagers pourra, par la suite, partager ces renseignements avec une entreprises tierce, qui tentera à son tour d'amarrer ces données avec celles déjà contenues dans sa propre base de données. C'est par ce genre de partage d'information que peuvent être constitués d'importants fichiers de profils de consommateurs et d'internautes, dans le but de réutiliser ultérieurement cette information à des fins de marketing.

Par exemple, si la base de données initiale ne contenait que le nom et l'adresse postale d'une personne, peut-être l'ajout provenant du site Web permet-il d'obtenir aussi l'âge, le numéro de téléphone et l'adresse de courriel de la personne visée, en plus d'une mention quant aux intérêts ou aux habitudes de navigation de cette personne. Il est aisé de comprendre à quel point une telle base de données pourra rapidement atteindre une ampleur et un degré de précision impressionnants.

Avec du recul, il s'avère évident que le problème du pollupostage ne représente que la pointe de l'iceberg: si vous recevez un pourriel, c'est probablement parce qu'une entreprise de marketing direct est parvenue à mettre la main sur votre adresse de courriel et que l'on a peut-être même commencé à dresser votre profil de consommateur.

Comment réduire les pourriels

La morale de cette histoire? Si vous désirez réduire la quantité de pourriels que vous recevez:

  • ne dévoilez votre véritable adresse de courriel qu'à des personnes et des entreprises auxquelles vous faites confiance ou, si vous désirez communiquer de l'information à votre sujet, consultez au préalable la politique de protection des renseignements personnels du site et de l'entreprise en question;
  • évitez d'afficher votre adresse sur le Web (pages Web ou groupes de discussion);
  • ne répondez jamais aux pourriels qui vous sont envoyés (puisqu'une telle réponse permet à leurs expéditeurs de confirmer que votre adresse est valide).

Une fois dans la mire des « polluposteurs », un filtre de courriel bien conçu pourra toujours s'avérer utile pour réduire la quantité de courriels non pertinents avec laquelle vous aurez à composer.

Évidemment, vous pouvez en principe vous prévaloir des droits que confèrent les lois existantes sur la protection des renseignements personnels, à condition toutefois que vous parveniez à identifier les entreprises en cause!

Pour en savoir plus :

Site d'un OSBL américain ayant pour vocation la lutte aux pourriels: <www.spamcon.org>

Répertoire de projets de loi et de textes concernant ce problème: <www.spamlaws.com>

Outils gratuits pour retracer les expéditeurs de pourriels: <www.samspade.org>

 

 
 

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