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La passion du développement économique et l'intérêt social sont au cœur des préoccupations du Barreau de la Côte-Nord. Cette région du Québec a vécu des crises économiques qui ont un impact direct sur la clientèle des bureaux d'avocats et la pratique légale. « Quand l'économie va bien, les cabinets ouvrent beaucoup de dossiers corporatifs », remarque la bâtonnière Nathalie Aubry. Mais actuellement, une crise économique sévit à Baie-Comeau et les avocats sont surtout sollicités pour des demandes en divorce, des pétitions de faillite, des rappels de prêts hypothécaires ou de la violence familiale. « On prend plus de temps pour écouter. Après dix minutes, on a peut-être assez d'information pour le dossier, mais la personne a besoin de plus de temps pour raconter ce qu'elle vit », raconte la bâtonnière.
Me Nathalie Aubry (à droite) accompagnée de Me Brigitte Bhérer (1ère conseillère) lors du Conseil général du Barreau du Québec à Orford. |
Les avocats de la section sont bien outillés pour servir la clientèle en difficulté. La plupart des membres de la section sont des avocats d'expérience ou de jeunes praticiens qui ont reçu une formation de base en psychologie dans le cadre de leur accréditation en médiation familiale. De plus, ils connaissent leurs limites, n'hésitant pas à mettre leurs clients en contact avec les organismes communautaires susceptibles de les aider comme les CLSC ou les Alcooliques anonymes.
Les crises économiques interpellent plusieurs des 104 avocats de la section, dont Me Luc Dion. Il est revenu dans la région en 1985 pendant la crise du fer, au moment de la fermeture de Gagnonville et Shefferville. « Comme avocat, on s'alimente des difficultés des autres, mais pas des malheurs des gens », de dire Luc Dion.
À son retour, les membres de son bureau l'appuient dans sa décision de s'investir dans le développement économique. De 1989 à 1992, il préside la Chambre de commerce de Sept-Iles. Il travaille entre autre à convaincre Hydro-Québec et le gouvernement du Québec de construire un barrage hydroélectrique dans la région afin d'attirer des grandes entreprises consommatrices d'électricité. En 1994, quand le début des travaux du barrage est annoncé, il se retrouve à la présidence de la Corporation de promotion industrielle avec pour mandat d'obtenir la Phase 2 de l'aluminerie Alouette. Aujourd'hui, toujours à la tête de la Société de promotion industrielle, il s'efforce d'obtenir un projet d'aciérie pour la région de Sept-Iles. « Mon sport c'est le développement économique. Je ne compte pas mes heures, c'est une passion », affirme Me Dion.
Pendant qu'il était à la tête de la Corporation de promotion industrielle, d'autres de ses confrères dirigeaient des organismes de développement économique. Me Allan Parvu siégeait à la présidence de la Chambre de commerce et Me Marc Brouillette présidait l'administration portuaire de Sept-Iles. « Quand on se présentait pour vendre un projet, nous étions une forte représentation d'avocats. Malgré le fait que Marc Brouillette était un compétiteur direct, nous avons travaillé main dans la main pour le développement économique de la région », souligne Me Dion.
Les avocats de la région se sentent aussi interpellés lorsque le gouvernement veut faire des coupures dans les services judiciaires. La section du Barreau de la Côte-Nord s'oppose à la fermeture du seul centre de détention du district de Mingan, le 2e plus grand district judiciaire de la province de Québec. « Nous avons l'appui des élus municipaux et des groupes communautaires, affirme Me Nathalie Aubry. Nous avons demandé à être impliqués aux tables de discussion avec le ministre. Nous avons envoyé des communiqués de presse et manifesté avec des groupes communautaires. » Il faut dire que sur la Côte-Nord, les services judiciaires sont déjà restreints et que la seule cour criminelle est itinérante. Cela signifie que les avocats de la défense, le juge, le procureur de la Couronne et le greffier voyagent ensemble en avion, parfois plusieurs jours, afin d'entendre des causes à différents endroits sur le territoire.
Quant aux dossiers civils, ils sont entendus dans l'unique palais de justice de la section, à Sept-Iles. D'ailleurs à Sept-Iles et à Baie-Comeau il n'y a qu'un seul huissier et un seul sténographe. « On ne peut pas se permettre de se chicaner avec eux », fait remarquer Me Aubry. Ailleurs sur le territoire, les significations se font par la poste.
Le Barreau, lui, ne peut pas desservir en personne tout le territoire de la section qui va de Forestville à Blanc-Sablon et couvre Shefferville et Fermont, de même que les districts judiciaires de Mingan et de Baie-Comeau. Les bureaux d'avocats sont installés uniquement à Baie-Comeau, Forestville, Port-Cartier et Sept-Iles. Les avocats doivent donc rendre une grande partie de leurs services juridiques par téléphone. « Il y a beaucoup de clients qu'on ne voit pas en personne avant la veille du procès, raconte la bâtonnière. Le travail pour la préparation des procédures se fait par téléphone ou télécopieur. Un aller et retour Blanc-Sablon/Sept-Iles coûte de 1000 $ à 1500 $. On ne fait pas sortir le client pour rien. »
S'il ne sont pas présents en personne sur tout le territoire, les avocats sont néanmoins très présents dans les organismes communautaires et économiques de leur localité. Ils s'impliquent aussi beaucoup dans le Barreau. C'est ainsi que, depuis sa création il y a environ 27 ans, la section a fourni deux bâtonniers au Barreau du Québec, soit les bâtonniers André Gauthier et Serge Francoeur. De plus, il est à noter que la grande majorité des juges de la section ont déjà été bâtonniers de section. Un lien avec le Nord.
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