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La Médaille du Barreau de Montréal souligne l'implication exceptionnelle d'une personne à une action sociale, humanitaire ou à une autre forme d'engagement qui rejoint les idéaux de justice. Le récipiendaire, Me Paul G. Brunet, a soulevé l'enthousiasme des membres présents à la cérémonie de la Rentrée, avec son parcours tout à fait méritoire, qui révèle une pugnacité et une foi peu communes.
Me Paul G. Brunet (à droite) a reçu la Médaille du Barreau de Montréal des mains du bâtonnier de Montréal, Alan M. Stein |
Pour le Barreau de Montréal, et particulièrement en ce 20e anniversaire de la Charte canadienne des droits et libertés, Paul Brunet constitue l'exemple parfait du véritable don de soi dans la poursuite de l'égalité, dans la lutte contre la discrimination et dans la reconnaissance des droits et libertés de chaque être humain.
Dans les années 50, le frère de Me Brunet, Claude, alors âgé de sept ans, ne se remet pas d'une méningite cérébro-spinale qui le laissera paraplégique. Ce qui n'était que la tragédie d'une famille et d'un individu, sera le point de départ d'une action qui changera la vie de milliers de malades au Québec.
Claude Brunet, d'abord de son fauteuil roulant, puis de son lit roulant on devra l'amputer d'une jambe à l'adolescence - visite ses compagnons dans leur chambre, les écoute, se renseigne sur leurs conditions de vie et commence à faire des représentations auprès de la direction. Il est vite reconnu comme le porte-parole des malades, surtout les chroniques, ceux dont la vie se passe entièrement dans les institutions de santé.
En 1972, cet autodidacte mettra ses connaissances au service de la cause qui l'anime en fondant, avec d'autres malades chroniques, le Comité provincial des Malades, devenu le Conseil pour la protection des malades (C.P.M.). L'organisme s'attaquera de façon opiniâtre à trois objets: l'information, la défense et la promotion des droits des malades et de leur dignité. Son action aura d'ailleurs des résonances: l'Office des personnes handicapées du Québec, organisme promouvant l'intégration de la personne handicapée dans la société, est né du même mouvement.
Claude Brunet est décédé en 1988. Cependant, son combat a été repris par d'autres, dont Paul, son jeune frère, qui s'est toujours impliqué dans le C.P.M.. D'ailleurs, tous les frères Brunet, influencés par une mère infirmière de profession et très connaissante du milieu hospitalier et des conditions de vie des malades, ont été et sont encore impliqués au Conseil. Mais c'est à Paul qu'est revenue la tâche de reprendre le flambeau, puisqu'il en est devenu le porte-parole officiel depuis le décès, l'été dernier, du président Paul-Marcel Dessane.
Reçu avocat en 1982, Paul Brunet a d'abord œuvré en pratique privée, puis dans les contentieux et à la direction de municipalités. Au-delà de sa pratique d'avocat, il visitait son grand frère à l'Hôpital St-Charles Borromée. C'est donc très tôt qu'il a pris conscience du sort réservé aux plus mal pris de ses semblables. Cela forge le caractère et dessine les priorités.
Le C.P.M. a une structure élaborée, avec permanence, conseil d'administration et assemblée générale des membres. Il possède son journal, OEil de feu, publié trimestriellement et distribué gratuitement dans quelque 300 centres à travers la province. Et surtout, surtout, un horaire quotidien chargé: plus d'une centaine de demandes par jour, allant de la simple information, des plaintes pour repas tièdes ou immangeables ! à des familles qui reprochent au médecin d'avoir « débranché » leur mère sans les prévenir. Le C.P.M. agit comme conciliateur entre les familles et les centres.
La restructuration des soins de santé entraîne des préoccupations particulièrement aiguës: par exemple, des résidents d'établissements de santé qui, à cause des coupures dans le personnel, ne reçoivent qu'un bain par semaine. Imagine-t-on les répercussions à la fois physiques et psychologiques que peut entraîner cet état de choses?
Les obstacles, Paul Brunet et ses collègues ne font pas que les voir, ils les appréhendent. Les rapports avec les syndicats se sont beaucoup améliorés. Le C.P.M. est intervenu au fil des ans, non seulement pour lutter contre les grèves, mais pour plaider en faveur de meilleures conditions de travail pour les employés. Et d'autres difficultés doivent être rappelées aux autorités, de façon récurrente: déneigement des trottoirs et des rues, respect des horaires du transport intégré, aménagement de facilités extérieures, etc.
C'est dans cette lutte constante, où il faut arracher des concessions au système, que se déroulent les journées de Paul Brunet. Bien qu'officiellement, il ne soit aux commandes du C.P.M. que dix heures par semaine, c'est beaucoup plus qu'il donne à cette mission et ce, malgré le temps qu'il doit consacrer à son travail d'avocat. Avec son équipe, en plus de répondre aux besoins ponctuels, il sollicite des appuis, organise des collectes de fonds, répond aux sollicitations d'individus ou de groupes, même non-affiliés.
Le Conseil reçoit tout le monde, dans les deux langues officielles. C'est ainsi qu'il s'est acquis une crédibilité dans le réseau de la santé et connaît maintenant une envergure nationale. Malgré tout, il est aux prises avec un épineux problème d'argent. Il accumule un déficit de 30 000 $ par année. Des programmes de contribution sont offerts, où le donateur peut choisir l'action dans laquelle il veut investir, telle la formation des malades eux-mêmes, pour qu'ils apprennent à se défendre.
Pendant ses vacances, Me Brunet fait une tournée des centres à travers la province. Il parcourt une région par été. À cause de la précarité des moyens du Conseil, ses dépenses sont assumées par les gens qui l'accueillent.
Est-il un sauveur, un héros, un modèle? La question ne l'intéresse pas: il a toujours connu son grand frère Claude handicapé, il connaît le monde des malades et il est préoccupé par les problèmes de l'heure. Ses amis l'ont toujours connu ainsi: convaincu de la justesse de la cause, soucieux de mériter la confiance des familles et des autres personnes touchées par l'hospitalisation d'un proche qui font appel au C.P.M.
Il a mis sur pied un véritable club « CAA » pour les malades ! En effet, le C.P.M. offre à tous les Québécois, pour la somme de 10 $ par année, les services d'un avocat pour connaître leurs droits en matière de santé, par le biais d'un numéro de téléphone mis à leur disposition presque 24 heures par jour. Le service offre également la référence, le « dépannage » quoi ! Me Brunet ne veut pas se contenter des 500 membres actuels: il vise les 100 000 membres. Le Conseil recherche un commanditaire pour faire connaître ce service et mieux le structurer : y a-t-il des mains levées ?
Quand la Cour suprême a rendu son arrêt dans l'affaire Latimer, Paul a participé à plusieurs tribunes pour débattre de l'euthanasie. Il a beaucoup de choses à dire sur le sujet. Et sur bien d'autres, tous reliés aux droits des personnes malades, beaucoup.
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