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La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l'extrême justice est une injure ». (Montesquieu)
Alors qu'une chronique précédente traitait du terme « outrage », référant à une manifestation de mépris par voie de paroles, de gestes ou de menaces, celle-ci s'arrêtera un moment sur les termes « injure » et « insulte », qui présentent quelques nuances non moins intéressantes.
Une personne gravement insultée, injuriée et outragée dans une affaire n'est pas chose du commun. Toutefois, certains propos peuvent être parfois tenus tout au-dessous de la ceinture, comme si le désaccord, notamment politique, ne pouvait s'exprimer que par l'offense.
Mais y a t-il une grande différence entre tous ces termes?
Rappelons-nous qu'«outrager» un tribunal, un agent de la force publique, un chef d'État sont des délits prévus et réprimés par la loi. Or, ce terme a plus de pouvoir juridique qu'« insulte » et « injure », qui sont aujourd'hui pratiquement synonymes. « Insulte » est toutefois plus courant dans le langage populaire. Il s'agit de traiter quelqu'un de ce qu'il n'est pas; non pas de condamner, de réprouver ses actions ou sa conduite, mais de le réduire par ce jugement ou cette comparaison méprisante.
« Insulte » et « injure » n'ont pourtant pas la même origine: « insulter » (en latin insultare), c'est d'abord « sauter sur », alors on est près de l'assaut. Puis le sens s'est dirigé vers « braver » et « outrager ».
L' « injure », quant à elle, a une origine différente et un peu plus juridique: elle vient d'injuria, signifiant proprement « contre » (in) « le droit » (juris), c'est-à-dire la violation du droit et le dommage qu'il cause.
Au départ, le mot signifie « injustice ». Racine disait, tout comme Montesquieu, qu' « une extrême justice est souvent une injure ». Vers le XIIe siècle, il prend le sens d'outrage.
Au niveau du droit encyclopédique, l'injure est en réalité « toute expression outrageante, terme de mépris ou invective, qui ne renferme l'imputation d'aucun fait ».
En droit romain, l'injure consistait en une violence corporelle ou dans une atteinte à l'honneur ou à la dignité d'une personne. La « Loi des Douze Tables » fixait une peine tantôt corporelle, tantôt pécuniaire. La Loi Cornelia de injuriis introduisit une poursuite publique pour certain cas. Peut-être y voit-on déjà les premiers balbutiements du droit à l'image?
Si de nos jours les deux mots « insulte » et « injure » sont très proches et presque synonymes, c'est qu'ils se ressemblent et que les différences sont bien subjectives.
Attention, ne confondons pas « injure » et « juron ». Ce dernier mot est de la même famille, bien sûr, mais il dérive du verbe jurare qui donne « jurer ». Le verbe signifie d'abord, toujours juridiquement, « prêter serment », puis « promettre » et « être certain » (le sens s'étant laïcisé et affaibli). Mais d'un autre côté, il a pris le sens d' « invoquer de manière sacrilège », de « blasphémer ». Et c'est là qu'on comprend le sens du mot « juron » qui a voulu dire « serment » mais qui, aujourd'hui, ne signifie plus que « blasphème », mot qui exprime la colère, la surprise et l'indignation.
Sources: Larousse du XXe siècle, site Internet de Parler au quotidien (Centre national de documentation pédagogique), citationsdumonde.com.
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