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Lauréat du Prix de la Justice 2002, Claude Masse n'a jamais hésité à joindre l'acte à la parol |
Père de la Loi sur la protection du consommateur et grand défenseur des victimes de la MIUF, dans un mélange inextricable de travail et d'engagement bénévole, Claude Masse, n'a jamais hésité à joindre l'acte à la parole. En fait, confiné à une retraite précoce pour cause de maladie, son seul regret est de ne pas avoir pu faire plus. Homme de tête et de cœur, il confie d'ailleurs toujours nourrir le même idéal: celui d'une plus grande équité sociale. Un cheminement hors du commun que le ministre de la Justice, Paul Bégin, a voulu souligner en lui attribuant le 21 octobre dernier le Prix de la Justice 2002. Un hommage à la détermination et à l'engagement.
« Le Québec s'enorgueillit de vous compter parmi les siens et votre œuvre n'a pas fini de rayonner », a déclaré Paul Bégin.
Le ministre Bégin n'est pas le seul à saluer la contribution de Claude Masse à l'avancement de la justice. Dans les communautés juridiques et académiques, où il a laissé sa marque, l'annonce de la remise du Prix a été reçue fort chaleureusement.
Le bâtonnier du Québec, Me Claude G. Leduc, se dit ravi du choix effectué par le ministère de la Justice. « Claude Masse est un exemple pour l'ensemble des citoyens du Québec et à plus forte raison pour les quelque 20 000 avocats et avocates de la province. Je me fais d'ailleurs le porte-parole de la communauté juridique pour dire à quel point cet honneur est mérité, non seulement en raison des qualités professionnelles dont Claude a toujours fait preuve, mais aussi pour ses extraordinaires qualités humaines et son sens aigu de la justice. »
Des qualités acquises au moyen de douloureux et précoces constats. De fait, enfant de famille pauvre, comme beaucoup d'autres avant lui, Claude Masse a rapidement dû confronter son idéal de justice à la plate réalité. Pour cet enfant d'Hochelaga-Maisonneuve, pas question cependant de renoncer. Persuadé que quelque chose peut être fait pour mettre un frein à la loi du plus fort, il entre à l'École de droit de l'Université de Montréal en 1968, puis devient membre du Barreau du Québec en 1972.
Déjà, il ne fait aucun doute que le droit est d'abord et avant tout pour lui, un véhicule d'avancement social. Animé d'une profonde envie d'équité et d'accès à la justice, en 1969, il fonde d'ailleurs avec d'autres de ses collègues, la première clinique légale communautaire du Québec. Installée à la Pointe-Saint-Charles, dans l'un des quartiers les plus défavorisés de la métropole, la clinique permet à des centaines de personnes pauvres d'accéder pour la première fois à des conseils juridiques.
À mi-chemin entre la pratique du droit et l'éducation populaire, l'aventure confirme son intérêt pour l'enseignement. Après un séjour d'études en Europe, il devient professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal, de 1976 à 1986, puis fait le saut à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) où il enseignera jusqu'en décembre 2000. Un travail qui fait rapidement figure d'engagement, selon Pierre-Claude Lafond, professeur et collègue pendant de nombreuses années à l'UQAM. «Claude aimait enseigner de façon viscérale. Il aimait être devant une classe et cette espèce de défi intellectuel constant que suppose le contact avec les jeunes. Il n'était pas un professeur du type " je suis maître de la matière et je vais vous la montrer ". Il créait un climat d'échanges et sa passion était communicative. »
Si engagé soit-il à l'égard de ses étudiants, il ne renonce toutefois jamais complètement à la pratique. Une pratique axée sur la responsabilité civile, le droit des consommateurs et le droit du travail. Ainsi, fondateur du Groupe de recherche en consommation de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, il travaille aussi au courant des années 70 à la rédaction de la Loi sur la protection du consommateur et au bon fonctionnement du Fonds d'indemnisation des victimes d'accidents d'automobiles du Québec. Puis de 1981 à 1986, dans une lutte qui a marqué l'histoire judiciaire de la province, il représente la Fédération des victimes d'isolant en mousse d'urée-formaldehyde en Cour supérieure du Québec. Au début des années 90, le gouvernement québécois retenait en outre ses services pour travailler à l'élaboration du nouveau Code civil. Son savoir traverse même les frontières, lorsqu'en 1999 seize pays africains ont recours à lui pour rédiger une loi sur la protection du consommateur.
Fier de sa profession, Claude Masse n'a pas non plus ménagé ses efforts à l'égard de son ordre professionnel. Conseiller au Barreau de Montréal pendant quatre ans, il est élu vice-président du Barreau du Québec en 1995, puis bâtonnier en 1996. Vice-président du Barreau du Québec au moment de son passage comme bâtonnier, Me Serge Francoeur parle de lui comme d'un être férocement déterminé. « Claude est une personne entière. Il a des idées sur tous les sujets et il les défend bien. Dans sa tête, il n'y a pas de situation trop ardue qui justifie de ne pas affronter le problème. La détermination qui l'anime est la même pour tous les dossiers dans lesquels il travaille. C'est un bourreau de travail, une force tranquille. »
Une force que Pierre-Claude Lafond attribue pour sa part au grand humanisme qui anime le lauréat. « L'engagement social a toujours été présent dans la vie personnelle et la carrière de Claude. C'est un gars profondément humain, qui se préoccupe du sort des autres et qui, en tant que professeur ou juriste, ne s'est jamais éloigné des gens. Rien ne peut le faire dévier d'une trajectoire quand il est persuadé qu'il faut faire quelque chose pour la collectivité. »
Juriste de talent, passionné et humaniste engagé, les qualificatifs ne manquent pas pour dépeindre Claude Masse. Ce qui marque surtout, c'est l'unanimité qui règne quant à sa grande faculté de faire cohabiter droit et compassion. Un tandem dont il n'a jamais hésité à se faire le défenseur comme dans l'une de ces nombreuses conférences où, s'adressant à ses collègues, il les convie à «établir une saine relation interpersonnelle » avec leur client, parce que, dit-il, la première attente du public est que l'on soit « humain, accessible, compréhensif, capable d'empathie, à l'écoute et chaleureux ».
Idéaliste? Pour Pierre-Claude Lafond, « Claude Masse est un être d'exception. Il a montré que l'on pouvait avoir une conscience sociale et ne pas regarder le droit uniquement sous l'angle du positivisme. Il allait au-delà de ça. Il savait s'interroger sur ce que le droit pouvait produire comme effet dans la société. Il a montré que l'on pouvait être un juriste différent. Dans ce sens-là, il mérite ce prix plus que quiconque ».
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