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Quelque 130 participants se sont présentés au colloque annuel de l'École du Barreau portant sur les perspectives de carrière en droit à l'étranger. Organisé par Me France Mainville et une dizaine d'étudiants de l'École, l'événement réunissait huit conférenciers venus raconter leur expérience à l'international en plus d'offrir diverses informations pertinentes sur les stages et emplois hors Québec.
Le colloque s'est ouvert sur une histoire du conteur Déogratias Bagilishya, originaire du Rwanda, racontant l'impact que peut avoir un objet tout simple sur la destinée d'un individu et de sa famille. Le récit se déroule dans un petit village africain alors que Déogratias n'a que cinq ans. Un beau jour, son père s'est vu offrir un vélo par son ami religieux blanc, un cadeau qui a littéralement bouleversé sa vie. En effet, ne pouvant loger sa bicyclette dans la hutte où il habitait avec sa famille, son père a décidé de construire une cabane avec des fondations, des briques et des tuiles; comme celle de son ami blanc. Mais une fois la maison construite, il ne pouvait se résoudre à manger par terre avec les mains, comme auparavant. « C'est ainsi que mon père, et tous les membres de sa famille, ont appris à manger sur une table, à se servir des couverts et, de fil en aiguille, à écouter la radio, à étudier le français, etc. Graduellement, mais de façon irréversible, ils ont changé leurs habitudes et se sont ouverts au monde. »
À travers cette histoire, Déogratias Bagilishya a voulu démontrer que le contact avec l'étranger peut transformer à jamais la façon de penser d'un individu. Il existe cependant certaines règles à respecter, rappelle le conteur rwandais, afin que ce changement soit bénéfique. « Ma grand-mère m'a enseigné trois proverbes provenant de ses ancêtres: quand on veut découvrir un village, il faut apprendre à danser au rythme des tam-tams de cet endroit; par ailleurs, quelque soit le nombre d'années qu'il reste dans l'eau, un morceau de bois ne deviendra jamais un crocodile; enfin, on ne peut empêcher les oiseaux de voler au dessus de notre tête mais on peut les empêcher d'y construire un nid. Ainsi, quand vous irez à l'étranger, apprenez à danser au rythme des tam-tams de ce pays; ne cherchez pas à ressembler aux gens de ce pays, mais restez vous-même; et enfin, il y aura certes des choses sur lesquelles vous n'avez aucun contrôle mais vous pourrez changer certaines d'entre elles », conclut M. Bagilishya.
Pour travailler à l'international, il faut avoir la capacité de comprendre le comportement des autres, de dire Me Paul Gérin-Lajoie aux participants du colloque de l'École du Barreau. |
Le conteur d'Afrique a laissé la place à Me Paul Gérin-Lajoie qui, à titre de vice-premier ministre du Québec et ministre de l'Éducation (1960-66), a été le principal artisan des transformations apportées au système d'éducation du Québec dans le cadre de la Révolution tranquille. Pour Me Gérin-Lajoie, la formation en droit aura été plus que bénéfique tout au long de sa carrière. « J'ai réussi à faire une multitude de choses grâce à mes études en droit. J'ai cheminé avec cette culture juridique et elle m'aidé dans toutes mes activités. Quel que soit le travail que vous ferez, dites-vous que votre formation juridique est un fondement précieux presque irremplaçable pour une carrière internationale. »
Mais au-delà des études en droit, des qualités essentielles sont nécessaires pour exercer une activité à l'international, des qualités qui s'enseignent difficilement. « Pour travailler dans l'international, il faut avoir la capacité de comprendre le comportement des autres et ceci n'est pas enseigné dans les écoles ou les universités. Quand on fait de l'international, il faut d'abord s'imprégner de ce qu'on appelle la culture du milieu: c'est l'ensemble des comportements et acquis qu'une société possède. Tout cela doit être pris en compte et doit être imprégné dès le début chez l'avocat qui se destine à une carrière internationale. »
Ces dernières années, les opportunités de stages à l'étranger n'ont cessé de croître alors que les étudiants ont la possibilité d'effectuer leur stage à l'extérieur du Québec, en tout ou en partie. L'École du Barreau a d'ailleurs mis en place un programme de stages internationaux que Me France Mainville, responsable des stages à l'École du Barreau, a bien voulu expliquer. « Les stages à l'étranger sont classés en trois catégories. Le premier type de stages est celui qui peut être fait dans une organisation publique où le stage est institutionnalisé. Dans ce contexte, l'École du Barreau intervient en présélectionnant trois ou quatre candidats et appuie leur candidature. Dans la deuxième catégorie, on trouve des stages non institutionnalisés et dans ce cas, l'École du Barreau négocie et établit différents critères pour l'encadrement et l'apprentissage des stagiaires. Enfin, le troisième type de stage est celui qui est négocié par l'étudiant lui-même en se mettant en relation avec un maître de stage se trouvant à l'étranger. »
Ce programme de stages s'est enrichi au fil des années et commence à avoir un impact positif au sein des étudiants qui se destinent à une carrière internationale. Grâce au programme de stages internationaux, soutient Me Mainville, un réseau de contacts à travers le monde a pu être établi et ce sont les étudiants qui en profitent. « Certains des étudiants qui ont fait leur stage à l'étranger ont eu des opportunités de carrière intéressantes: par exemple, au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, un ex-stagiaire s'est vu offrir un contrat permanent. Un autre étudiant qui a fait son stage à la Commission européenne a pu travailler par la suite chez Bombardier et faire une maîtrise à Londres. Il est actuellement au sein de l'Organisation mondiale du commerce et est en voie de devenir un fonctionnaire permanent. »
Embrasser une carrière internationale peut être le fruit de nombreux efforts... ou d'un accident de parcours. Il faut donc savoir s'ouvrir à toutes les opportunités. Le cas de Me Louise Poitras, de Bombardier Capital en Floride, en est un exemple représentatif. Plus attirée par le monde des affaires que par les litiges, Me Poitras oriente sa carrière dans la gestion des entreprises et exerce pendant plusieurs années le poste de commissaire pour deux entreprises publiques. Après quelques années, devenue familière dans son travail, elle commence à rechercher d'autres opportunités et répond par hasard à une annonce publiée par Bombardier. Elle se voit offrir le poste mais apprend qu'il est situé à... Jacksonville, en Floride! C'est ainsi que s'amorce sa carrière internationale. « Quand on travaille à l'étranger, il y a énormément de choses à apprendre et on doit tout apprendre sur le tas. Le meilleur moyen d'y arriver est de travailler avec les collègues et de développer avec eux des échanges. (...) Il y a certes beaucoup d'avantages à travailler et à vivre à l'étranger mais il ne faut pas négliger les inconvénients: il faut repartir à zéro, on ne voit plus ses amis et sa famille, on ne deviendra jamais des Américains et quand on revient au Québec, la pente peut être dure à remonter. »
Me Poitras a conclu sa présentation en conseillant aux étudiants d'établir leurs objectifs de carrière, à court et à long termes. « Si vous avez envie de partir, faites-le, car vous n'aurez peut-être pas les mêmes opportunités deux fois. Un outil indispensable dans la prise de décisions est d'utiliser votre gros bon sens et surtout, de faire preuve de persévérance. »
Me James K. Stewart, procureur de la Couronne à Toronto, a également exercé pour le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), à La Haye, et il est venu expliquer aux étudiants le fonctionnement des tribunaux pénaux internationaux mis en place à La Haye et au Rwanda. « Ces tribunaux sont une création du Conseil de sécurité des Nations unies en vertu du chapitre 7 de la Charte de l'ONU en réponse aux situations qui existaient en Yougoslavie et dans la Région des Grands lacs africains, a rapelé Me Stewart. Chaque tribunal est composé de trois organes: le greffe, les chambres et le bureau du procureur. Le mandat du TPIY est de poursuivre et de juger les personnes présumées responsables de violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire de l'ex-Yougoslavie depuis le 1er janvier 1991. Quant au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), il a une juridiction territoriale et temporelle. Cela veut dire que son action est, d'une part, limitée au territoire du Rwanda et aux pays adjacents et, d'autre part, aux événements de 1994. Les crimes qui y sont jugés sont le génocide et les crimes contre l'humanité commis au cours d'un conflit armé ou non. »
Me Stewart a conclu en insistant sur le notion de responsabilité pénale alors que pour les tribunaux pénaux internationaux, que ce soit en ex-Yougoslavie ou au Rwanda, on parle davantage de responsabilité pénale individuelle que de responsabilité d'État ou d'un organisme. « On essaie en effet d'exclure une quelconque responsabilité collective pour préserver la santé de la communauté impliquée ».
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