ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.
Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca
Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.
Ils ont fait leurs premiers pas en droit en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale ou au tournant des années 50 et n'ont jamais délaissé la profession depuis. En septembre dernier, le Barreau de Montréal profitait de la rentrée des tribunaux pour souligner leur contribution des 50 ou 60 dernières années à la profession. Hommage au temps qui passe et à la passion du droit à travers les yeux de quelques-uns de ces pionniers.
Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis qu'en 1942, l'honorable Alan B. Gold devenait officiellement avocat. Comme la vingtaine d'autres jubilaires honorés (voir l'encadré ci-joint), il a vu depuis passer de nombreux ministres de la Justice, vécu l'adoption de nombreuses lois et suivi de près la modernisation du système judiciaire québécois. En constante évolution, la profession elle-même s'est aussi transformée sous ses yeux, notamment en faisant lentement mais sûrement place aux femmes dans ses rangs.
Rares femmes à avoir choisi la profession dans les années 50, Marie-Claire Kirkland et Micheline LeBrun savent de quoi il en retourne. Toutes deux filles de médecin, elles ont aussi en commun d'être toujours membres du Barreau, cinquante ans après leur admission.
Pour Micheline LeBrun, cette longévité trouve sa source dans la passion de la profession. « J'ai toujours voulu être avocate. J'ai fait une année en médecine pour faire plaisir à mon père qui était lui-même médecin, puis j'ai bifurqué vers le droit. Déjà lorsque j'étais jeune j'adorais la philosophie et les dissertations, alors que la chimie, la physique et la biologie ne m'intéressaient pas particulièrement. Le droit était ce qu'il y avait de plus près de mes champs d'intérêt. »
Avocate en droit criminel, elle devient par la suite conseillère juridique en matière de délinquance pour le ministère de la Jeunesse, à la fin de sa carrière, elle se tourne finalement vers le droit administratif et hospitalier. Aujourd'hui à la retraite, elle ne regrette aucune des périodes de sa carrière. « Ma profession m'a procuré beaucoup de satisfaction. Souvent je me suis sentie privilégiée de faire un métier aussi passionnant. Si je devais recommencer, je ferais exactement la même chose. »
À 75 ans, William Tetley partage le même engouement pour le droit. Admis lui aussi au Barreau en 1952, il a encore aujourd'hui une pratique active. Associé principal de Martineau, Walker, Allison, Beaulieu & Tetley (aujourd'hui Fasken Martineau DuMoulin) pendant plus de vingt ans, il s'est momentanément éloigné du droit entre 1968 et 1976, alors qu'il était député à l'Assemblée nationale. C'était pour mieux y revenir ensuite.
Professeur de droit à l'Université McGill depuis plus de 25 ans, il agit d'ailleurs encore aujourd'hui comme conseiller pour le cabinet Langlois, Gaudreau & O'Connor de Montréal. « J'ai choisi le droit lorsque j'étais jeune parce que c'était une carrière qui cadrait bien avec mes intérêts, tant pour la vie privée que pour la vie publique. Je trouvais cela plus intéressant que la science, parce que ça offrait une ouverture sur la vie en général. Je n'ai jamais été déçu. »
Spécialisé en droits civil, commercial et maritime, il a publié de nombreux ouvrages et continue encore aujourd'hui d'alimenter le milieu avec son imposant site Internet où l'on trouve notamment un lexique complet de terminologie en droit maritime. « Mon site Web est comme une quatrième carrière pour moi. Une autre façon de continuer à faire ce que j'ai toujours aimé. Je suis content d'être allé de l'avant avec ce projet, d'être de mon temps. »
Le contact quotidien avec les étudiants le ravit tout autant. « Enseigner est extrêmement stimulant sur le plan intellectuel entre autres parce que l'on apprend chaque jour ». Pas question donc de cesser toute activité. « Même lorsque j'étais député ou ministre, j'ai toujours continué à lire la jurisprudence en droit maritime dans mes temps libres. Tout cela fait partie de ma vie et pour un bon bout de temps encore j'espère. »
Pratiquer encore longtemps, c'est aussi le souhait de Me Philippe Casgrain, associé principal du cabinet Fraser Milner Casgrain. En vérité, après cinquante ans de plaidoirie, cet amoureux fou de la cour en redemande encore. À 75 ans, il se présente encore d'ailleurs devant le tribunal deux à trois fois par année et regrette de ne pas pouvoir le faire plus souvent. « À une certaine époque, nous pouvions plaider deux ou trois procès par jour. C'était extrêmement stimulant. Malheureusement aujourd'hui les procès coûtent tellement cher que l'on plaide peu », déplore-t-il.
Devenu avocat par tradition familiale, Philippe Casgrain a eu un véritable coup de foudre pour la profession, particulièrement pour le litige. L'enthousiasme avec lequel il parle encore de son métier aujourd'hui est d'ailleurs sans équivoque. « Rapidement, j'ai apprécié et j'apprécie d'ailleurs toujours autant le système d'adversaire que suppose la plaidoirie, ces moments où l'on surprend le juge et cette camaraderie si particulière entre plaideurs. Et puis j'aime bien sortir de la cour en me disant, perds ou gagne, j'ai fait mon travail comme il le fallait. »
Convaincu que la seule façon de gagner est de travailler deux fois plus fort que son adversaire, Philippe Casgrain a toujours refusé de se laisser rebuter par la complexité des causes. « Je suis de la génération où la spécialisation c'était le client. Nous n'étions pas cantonnés comme aujourd'hui dans un champ de pratique ou l'autre. Je fonctionne encore de cette façon. Après tout, il n'y a pas de mystère en droit. Si on est intelligent, que l'on travaille, on peut aller au bout de n'importe laquelle des causes. Je l'ai prouvé à plusieurs reprises par le passé. »
Seule pointe de regret: les transformations que la profession a subies au cours des dernières années. « Les heures facturables au client et la course à l'argent n'existaient pas quand j'ai débuté. Tranquillement, les avocats sont devenus davantage des hommes d'affaires que des professionnels du droit. C'est regrettable. Heureusement, je pense que l'attention accordée à la qualité des actes professionnels revient en force, surtout en plaidoirie. »
Derrière ce commentaire, le rêve à peine voilé d'être là encore longtemps pour profiter de ce retour du balancier.
Me Edward H. Bernfeld, Q.C.
Me Guy E. Boisvert
Me Philippe Casgrain, c.r.
Me Martin H. Franklin
Me Guy Gagnon, c.r.
Me Isidore Greenbaum
Me William P. Keating
Me Marie-Claire Kirkland, C.M., O.Q., c.r.
Me Micheline LeBrun
Me Peter Mackell, Q.C.
Me David Mackenzie, Q.C.
Me Joseph A. Mendelson. Q.C.
Me Maurice Steinberg
Me William Tetley, C.M. Q.C.
L'honorable Paul Trudeau
Me Louis-Claude Trudel
© Barreau du Québec 1996-2012