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Ayant épuisé tous les recours internes pour que soit élucidé et sanctionné l'assassinat de l'ex-président du Burkina Faso, Thomas Sankara, un collectif international dont font partie six avocats québécois a porté plainte en octobre auprès de la Commission des droits de l'homme des Nations unies, à Genève.
Les tribunaux burkinabés n'ont pas voulu connaître le fond de l'affaire, selon Me Vincent Valaï, l'un des porte-parole du collectif Justice pour Sankara auquel adhèrent également une dizaine de juristes africains et français.
Le collectif a l'aval de personnalités comme Jean Ziegler (Suisse) et, entre autres, de l'Union interafricaine des droits de l'homme. Sont aussi membres québécois du collectif international : Me Milton James Fernandes, Me May Chiu, Me John Philpot, Me William Sloan et Me Shirley Morin. Vient s'y ajouter l'Ontarien Charles Roach.
La version officielle selon un certificat de décès émis par un médecin militaire allègue que Sankara est décédé de mort naturelle.
Les médias de partout ont pourtant décrit, à l'époque, ce qui fut un coup d'État perpétré le 15 octobre 1987. Le putsch a coûté la vie à 12 collaborateurs de Sankara. Il a préparé la voie à l'actuel chef de l'État, Blaise Compaoré qui, selon Me Valaï, est de ceux qui, à Ouagadougou, « omettent ou refusent toujours de faire la vérité » sur le dossier.
La plainte au comité de l'ONU se fonde sur divers articles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Elle a été déposée au nom de la veuve de Sankara, Mariam, et de ses deux fils, Philippe et Auguste, exilés en France.
Qui était Thomas Sankara ? Un « panafricaniste internationaliste » qui a œuvré pour une justice sociale avancée incluant « le droit des femmes, des ruraux et des pauvres », précise le groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique (GRILA) qui avait convié la presse dans les bureaux de Droits et Démocratie.
On a fait savoir que Mariam Sankara venait de déposer au Burkina Faso une nouvelle plainte, pour « séquestration » cette fois, du fait qu'en octobre 1987, les putchistes ont annoncé que le président Sankara a été démis de ses fonctions et que « rien n'a ensuite été dit sur son sort » (La Presse du 16 octobre 2002).
En 1997, en son nom et en celui de ses fils mineurs, Mme Sankara avait déposé une plainte contre X pour assassinat et faux d'écriture; jamais elle n'a eu gain de cause, bien qu'à certaines étapes on ait recommandé que des poursuites soient entamées en suivant les dispositions du Code de justice militaire.
Les responsables de la campagne internationale ont donné mandat aux avocats québécois d'effectuer toutes démarches utiles auprès de la Commission des droits de l'homme, qui tient prochainement une session à Genève.
Il ne faut pas, précise Me Valaï, que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en demeure à des vœux pieux : « nous espérons en venir à un précédent » dans le but de permettre aux citoyens du continent africain et du monde de demander des comptes à l'État, d'empêcher que perdure un régime d'impunité qui fait que certaines autorités et des forces de sécurité bafouent « le droit à la vie inhérent à toute personne humaine » et font fi, selon le collectif Justice pour Sankara, du principe voulant que tous soient égaux devant les tribunaux et les cours de justice (article 14 du Pacte).
Au Burkina Faso, rappelle le rapport 2002 d'Amnistie Internationale, une Commission nationale des droits de l'homme a vu le jour il y a un an, chargée notamment de sensibiliser le public aux droits fondamentaux de la personne et d'organiser une éducation à ces droits (p.119).
La mort en décembre 1998 du journaliste d'enquête Norbert Zongo fait toujours l'objet de controverse dans ce pays car le principal suspect du meurtre est décédé en prison. Mariam Sankara a carrément refusé de se joindre à une journée de « réconciliation nationale » que proposait le président Compaoré.
Une telle initiative n'a pas réussi à amadouer la famille Zongo et les défenseurs des droits qui exigent la vérité complète sur cette exécution extrajudiciaire.
Thomas Sankara n'est pas le seul leader africain disparu tragiquement parce que certains craignaient son charisme et sa volonté de s'attaquer aux problèmes les plus criants de la société. On cite encore la mort prématurée de Patrice Lumumba dans l'ex-Congo belge et d'Amilcar Cabral dans une ancienne colonie portugaise.
Dans les cercles africains qui ne désespèrent pas de déboucher sur de vraies indépendances, axées sur les besoins des populations, on se plait à citer ce que disait Mahatma Gandhi, le leader de la non violence en Inde : « Dans l'histoire, des tyrans et des assassins ont pu sembler invincibles, mais au bout du compte, ils finissent toujours par tomber. Pensez-y, toujours ».
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