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Concours oratoire des anciens bâtonniers de Montréal

Quand plaider demeure un jeu

Claude Duchesnay, avocat


Tentez un instant de vous imaginer une jeune avocate pénétrant dans la bibliothèque de l'Université de Montréal, une balance enfouie dans son sac à dos, afin de préparer le concours oratoire de la Conférence des anciens bâtonniers de Montréal. Jetant parfois un coup d'œil furtif par-dessus son épaule, elle pèse divers volumes de jurisprudence. Le sujet de sa plaidoirie, vous l'aurez deviné: « La concision est-elle le propre de tous les juristes, sauf ceux nommés à la Cour suprême? ». Me Marie Gervais, lauréate du concours oratoire 2001, avait trouvé le coup d'envoi à son inspiration.

M<sup>e</sup> Marie Gervais et M<sup>e</sup> Philippe Casgrain, président du jury du concours oratoire 2001.
Me Marie Gervais et Me Philippe Casgrain, président du jury du concours oratoire 2001.

« La meilleure façon de réduire la criminalité ne consiste-t-elle pas à tout légaliser? », de poursuivre avec humour Me Alexander Backovic, gagnant du second prix avec son texte Marijuana in the Brave New World. Dans ce plaidoyer ayant pour thème « La marijuana: affaire d'État ou affaire privée? », démocratie, Sherlock Holmes et Bilbo le Hobbit se tendent la main pour en défendre la décriminalisation. Un peu avec l'aide de Me Backovic.

Chaque année, le concours oratoire permet à la Conférence des anciens bâtonniers du Barreau de Montréal de souligner l'importance de la communication orale et de la maîtrise du français et de l'anglais pour tout avocat. À partir d'un choix de trois sujets1, les auteurs doivent, au plus tard le 12, soumettre le texte d'une allocution qui ne doit pas excéder 15 minutes et qui comporte l'usage en alternance des deux langues officielles. Le sujet doit être traité non sans humour!

Mais il y a plus qu'écrire. Les auteurs des textes sélectionnés par un jury de cinq membres sont ensuite invités à prononcer leur allocution au cours du mois de septembre suivant en présence des anciens bâtonniers et des membres du jury. Ceux-ci détermineront, par vote, les gagnants des premier et deuxième prix. Fait à remarquer, un premier prix de 2 500 $ et un second de 1 000 $ sont remis aux lauréats, qui seront invités à répéter leur prestation, respectivement au cours des cérémonies de prestation collective de serments des mois de novembre et de décembre suivants.

Vous êtes intéressés? Cette année, les trois sujets proposés sont: l'euthanasie: pour qui, quand et comment? Les frontières: à quoi ça sert? Et que dire de l'eau? Est admissible tout membre du Barreau de Montréal assermenté depuis moins de 15 mois au 1er juin de l'année durant laquelle il entend participer à ce concours. La parole est à vous!

Le poids des mots

« Mon stage de recherchiste à la Cour supérieure de Montréal était très varié mais ne me donnait pas l'occasion de plaider, confie Me Marie Gervais. Participer au concours oratoire m'a offert cette occasion. Le sujet sur la concision a attiré mon attention. Mon stage m'a appris que dans les procédures et les jugements, la concision est l'exception. Pourtant, les règles de pratique tentent d'inculquer la concision aux juristes. C'est donc un sujet bien d'actualité. Je me suis dit: c'est le temps de m'exprimer, j'aurai un auditoire et je serai écoutée! »

Il fallait un fil conducteur à Me Gervais. « Le thème disait 'non sans humour'. Comment traiter la concision avec humour? Comment prouver que les juges ne sont pas nécessairement des personnes concises? J'ai donc commencé par peser le poids des recueils de jurisprudence. » Aucun ami n'a accepté de l'accompagner à la bibliothèque ce jour-là...

Pour Me Gervais, il est vrai que si l'on compare le droit civil et la common law, cette dernière est moins ouverte à la concision. Mais qu'en est-il des autres pays de tradition civiliste? « Durant mon baccalauréat, j'ai effectué un stage de six mois à Poitiers, en France. Les professeurs trouvaient long des jugements de trois pages. Ils n'ont pas lu nos arrêts de la Cour suprême! Peut-être la cour est-elle un peu justifiée d'écrire de longs jugements, puisqu'elle interprète des règles et que cette interprétation est susceptible d'être créatrice de droit. La clarté devient l'objectif, plus que la concision. »

Marie Gervais se rappellera de l'expérience du concours oratoire qui lui a permis de livrer sa première plaidoirie. Elle a complété son stage à la Cour supérieure et oeuvre maintenant dans le domaine du droit du travail, où elle compte bien plaider encore!

L'art de la pause

« Le sujet de la légalisation de la marijuana permet de jouer à l'avocat du diable et de s'amuser avec tous les concepts de la plaidoirie, raconte Me Alexander Backovic. C'est un sujet intéressant à traiter, qui laisse un certain jeu dans la forme et le fond de l'argumentation. Et c'est un grand défi de vendre l'idée de la légalisation de la marijuana à un juge! »

Le sujet étant plus libre, il a permis à Alexander de trouver des exemples dans la littérature, de stimuler les émotions et de se prêter au jeu de l'argumentation. « Mon grand défi consistait à parler lentement. J'ai appris que l'art de la rhétorique, c'est aussi l'art de la pause, dit-il. La plaidoirie devant être rédigée et plaidée en français et en anglais, mon second défi a été de le rédiger aussi en anglais. L'exercice m'a donné l'occasion d'approfondir ma connaissance de la langue. J'ai même ajouté quelques phrases en italien et en allemand. »

Les règlements du concours précisant: « non sans humour », le jeune avocat, sur le fond, a d'abord procédé par analogie et comparé la législation à l'encontre des fumeurs et à celle des gens qui utilisent la marijuana. « La nocivité de la cigarette n'est-elle pas le meilleur exemple de la persécution et de l'injustice à l'encontre de ceux qui consomment la marijuana?, a-t-il plaidé. Si l'on puise aux sources du droit pénal, on peut se demander si c'est la volonté de la population de maintenir ces règles. Si elle pouvait fumer, peut-être ferait-elle moins la guerre... La société doit donc être cohérente et le choix de l'individu doit primer, comme avec la consommation d'alcool et de cigarettes. »

Après avoir effectué un stage à l'Institut international du droit du développement en Italie et complété sa formation dans le secteur privé à Montréal, Me Alexander Backovic compte bien relever un nouveau défi en Italie. Tous les chemins ne mènent-ils pas à Rome?

Pour toute question, communiquez avec le Barreau de Montréal au (514) 866-9392, poste 26.

Le texte doit être envoyé à Me Doris Larrivée, directrice générale adjointe, 1, rue Notre-Dame Est, bureau 9.80, Montréal, Québec, H2Y 1B6. Télécopieur: (514) 866-1488 ; courriel:

3 On peut lire les textes de gagnants sur le site du Barreau de Montréal : www.barreaudemontreal.qc.ca

 

 
 

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