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Prendre le temps... de bien vieillir

Francis Gervais
« Vieillir est encore le seul moyen qu'on ait trouvé de vivre longtemps »
  • Charles-Augustin Sainte-Beuve, écrivain français
  • Extrait de En conversation sur le pont des arts

    Dans son édition de juin-juillet 2001, la revue National, de l'Association du Barreau canadien, publiait un article intitulé « Coming of age », qui signalait le vieillissement de la population et les conséquences de ce phénomène sur la profession juridique, rejoignant là un des thèmes que j'ai privilégié dans la présentation de mon programme comme candidat au poste de bâtonnier du Québec.1

    Le vieillissement de la population est souvent perçu comme ayant une connotation négative, mais notre profession devrait plutôt saisir cette occasion pour s'adapter à cette réalité et développer ce marché grandissant. Le Barreau répète à ses membres, surtout depuis le Rapport sur l'avenir de la profession et son Scénario Singapour, qu'il leur faut entreprendre une démarche d'adaptation aux nouvelles réalités économiques et faire preuve de créativité afin de développer de nouvelles clientèles, de nouveaux produits et ainsi tirer son épingle du jeu.

    Il s'agit donc d'une donnée démographique dont les avocats devraient pouvoir tirer profit, tout en offrant des services de qualité et adaptés aux besoins de cette clientèle. D'ailleurs, lorsqu'on parle de « droit des aînés », on ne parle pas seulement de droit de testaments et de successions. Que ces personnes continuent de travailler par choix au-delà de l'âge de la retraite ou qu'elles optent pour une vie de loisirs, de voyages ou de bénévolat, leurs besoins sont extrêmement variés et à la fois spécifiques à leur tranche d'âge.

    Ainsi, il est probable que le droit de la santé prenne de l'essor, maintenant que les baby-boomers seront les grands utilisateurs du réseau. On parle de soins spéciaux, de protocole de maintien en vie, de support artificiel, tous des sujets qui touchent aux règles d'éthique que doit se donner notre société, confrontée à ce phénomène de vieillissement. Toutes les questions relatives au logement de ces personnes, le droit relatif aux incapacités (tutelle, curatelle...), la planification successorale, les enjeux « gérontologiques » seront autant de domaines où les besoins seront grands.

    Les domaines traditionnels, tels le droit du travail ou le droit de la famille, risquent également d'être des champs de pratique où la clientèle plus âgée sera nombreuse. Dans ces cas, ce sera la façon d'aborder cette clientèle, la sensibilité à ses besoins, qui devra être développée par les avocats. Il ne s'agit aucunement de faire preuve de paternalisme à son endroit, mais bien de s'adapter à ses besoins.

    « Le droit des aînés nécessite une approche humaniste susceptible d'attirer des juristes désireux de s'impliquer socialement, qui sont à l'aise avec les méthodes alternatives de règlement des conflits et prêts à consacrer une partie de leur temps à faire de l'éducation juridique. L'importance des communications interpersonnelles fait de cette discipline bien plus qu'un ensemble de connaissances juridiques. Il s'agit d'une approche qui met en valeur le rôle traditionnel de conseiller dont les juristes se sont peu à peu éloignés. »2

    D'ailleurs, la Fondation du Barreau, dans le cadre de son volet documentation et information juridique et en collaboration avec Éducaloi, prépare actuellement un guide d'information destiné à répondre aux principales préoccupations d'ordre juridique des aînés, de leur famille et des intervenants appelés à agir auprès d'eux. Ce guide, qui abordera notamment la question de droits de visite aux petits-enfants et les questions relatives aux testaments et successions, devrait être publié ce printemps.

    Barreau et « ses » aînés

    Le Barreau, bien qu'il se renouvelle chaque année par l'arrivée de sang neuf et qu'il regroupe maintenant plus de 19 000 avocats, compte de plus en plus d'avocats d'un âge respectable. Nous sommes à une ère où les gens demeurent en forme et fébriles jusqu'à un âge où il y a quelques années, on ne pensait qu'à arrêter; c'est un fait, les avocats ne prennent plus leur retraite aussi rapidement.

    Nous tentons de nous adapter à cette réalité et avons même mené un sondage auprès de cette partie de notre membership afin de vérifier notamment quels sont ses besoins, le type de pratique le plus fréquent et les problèmes les plus fréquemment rencontrés. Nous croyons qu'il est important, notamment, que ces avocats et avocates pensent à planifier le reste de leur vie et demeurent éveillés aux nouvelles réalités de la pratique du droit.

    Cette pratique est certes stimulante et passionnante, mais arrive un moment où l'on doit ralentir, de façon volontaire ou quelquefois forcé par la maladie, malheureusement. Il faut prévoir ce moment et c'est dans cet esprit que le Congrès du Barreau, qui aura lieu au Manoir Richelieu les 30-31 mai et 1er juin prochain, aura un atelier sur la planification de la retraite.

    Le Barreau tient aussi compte de cette importante frange de son membership en offrant des outils, tels que le REER collectif des membres et en offrant la possibilité aux avocats et avocates de plus de 45 ans de pratique d'être exemptés de payer leur cotisation.

    Il ne s'agit pas seulement de planifier l'aspect financier de la retraite, mais aussi les activités qui nous occuperont, car trop souvent, le mot « retraite » effraie à cause du lot de préjugés qu'il charrie et la connotation d'oisiveté qu'on y accole trop souvent.

    Bref, le vieillissement de la population est un phénomène auquel tous doivent s'adapter, y compris le Barreau lui-même et ses membres!

    Le bâtonnier du Québec,
    Francis Gervais
    batonnier@barreau.qc.ca

    « Francis Gervais, candidat à la présidence », Journal du Barreau, 1er avril 2001.

    « Coming of age », National, juin-juillet 2001, page 24.

 

 
 

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