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Me Renaud Choinière. |
Un avocat de Québec a eu un effet certain sur les jurés du 13e Concours international de plaidoiries de Caen, en France, alors que Me Renaud Choinière rentre tout juste de l'Hexagone avec le premier prix et une confiance renouvelée dans ses bagages. Des 10 candidats ayant plaidé une cause de violation des droits de la personne devant le jury1, c'est le Québécois qui est ressorti du lot. Et par décision unanime.
« Ce premier prix, ç'a été de l'oxygène. Ça fait du bien, c'est réconfortant », a lancé Me Choinière, rencontré dans un café de la capitale. Visiblement, il était encore tonifié par l'expérience. « C'est inattendu, c'est arrivé très vite. J'avais besoin de nouveaux horizons. »
À son compte depuis peu, après 13 ans de pratique principalement au sein d'une entreprise d'informatique, Me Choinière estime que cette réussite est un baume sur toutes les embûches inhérentes à son entrée dans le monde de la pratique privée. « Cette période de transition a été difficile. C'est une profession passionnante, mais la plus grande difficulté que j'ai rencontrée, c'est de tout faire moi-même. »
C'est justement alors qu'il gérait cette réorientation de carrière que le lauréat a été saisi par la cause qui lui a valu la récompense. Le 9 septembre, une journaliste de la radio de Radio-Canada fait état du manque flagrant d'impartialité du système de justice biélorusse par rapport au pouvoir politique et du procès tronqué dont aurait été victime un chercheur, le Dr Yuri I. Bandazhevsky.
Ce dernier a été condamné par la chambre militaire de la Cour suprême de Biélorussie à huit ans de prison pour avoir reçu des pots-de-vin, 25 800 $US au total. Il appert cependant que des experts internationaux, dont l'ambassadeur dans cette ancienne république russe de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ont observé des violations flagrantes des règles de droit au cours des procédures. Que les témoins principaux se sont rétractés et que le Dr Bandazhevsky était réputé pour ses critiques soutenues envers son gouvernement.
Il aurait notamment déploré le projet du président Lukachenko de permettre aux populations de retourner s'établir sur les terres contaminées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. En tant que spécialiste d'anatomie pathologique et recteur de l'Institut étatique de médecine de Gomel, le chercheur avait d'ailleurs participé, a noté Me Choinière, à plusieurs dizaines d'études sur les conséquences des radiations sur la santé humaine.
Depuis le 18 juin, le Dr Bandazhevsky est donc emprisonné à Minsk dans des conditions déplorables, aux dires de Me Choinière. « C'est le comble de la pauvreté, du dénuement et du misérabilisme. » Le scientifique souffrirait d'ulcères mal soignés et partagerait sa cellule avec quelque 150 aures détenus et des rats.
« Quand j'ai entendu le reportage, ça m'a indigné. J'y ai vu des ressemblances avec des procès de l'époque de Staline où on utilisait les accusations de nature économique », a poursuit le juriste. Il s'est donc attaqué à la cause et a tenté sa chance pour le concours.
Au cours des soirées et fins de semaine automnales il a fouillé le dossier pour finalement rédiger une plaidoirie de 10 pages, qu'il a transmise aux autorités de la compétition comme le veulent les règlements. Quarante-huit autres avocats de la planète, résidant dans 22 pays, ont fait de même. Finalement, au début de l'hiver, il a reçu une invitation, toutes dépenses payées, à se rendre en Normandie afin de rivaliser avec les neuf autres meilleurs candidats.
Ainsi, le 27 janvier, il s'est retrouvé face à plusieurs centaines de personnes, sur la tribune aménagée pour l'occasion au cœur du Mémorial de Caen, un musée voué à la souvenance des conflits armés qui ont enflammé et enflamment toujours la terre. Il avait 20 minutes pour se faire remarquer.
« Ç'a été très passionnant parce que ça m'a donné beaucoup de liberté. C'est bien moins encadré que devant un tribunal. On peut même reprendre des faits historiques, a fait valoir Me Choinière. Ç'a été une expérience sensationnelle. On comprend vraiment le sens des mots 'être entendu'. J'encourage tout le monde à y aller. » Ne serait-ce que pour être témoin de la présentation de grandes causes de violation des droits de la personne, pour se sensibiliser au droit international ou pour découvrir d'autres cultures, d'autres approches. « Les avocats africains, par exemple, m'ont beaucoup impressionné. Ce sont des conteurs incroyables. »
Inutile, cependant, de contacter Me Choinière afin d'obtenir des conseils pour bien se préparer. Son statut de vainqueur lui confère le rôle de juré pour la prochaine présentation du concours.
Poursuivre la lutte
L'expérience est d'autant plus enrichissante, a-t-il remarqué, que la compétition est enrichie d'un comité de suivi. Trois causes sont retenues chaque année. « Dans le passé, les interventions de certains avocats sur la tribune du Mémorial de Caen ont même permis la libération de prisonniers politiques. Je suis en contact avec ces gens-là pour qu'on poursuive les procédures pour le délivrer... Le premier prix, c'était une façon de me dire: 'Continue tes efforts pour faire libérer le Dr Bandazhevsky' », a-t-il interprété.
Avant de partir pour la France, Me Choinière avait fait parvenir des lettres à différents journaux. À son retour, il a écrit au premier ministre canadien, Jean Chrétien, ainsi qu'au nouveau ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, pour les sensibiliser au dossier avant leur départ pour la Russie.
Autant que faire se peut, il entend donc consacrer quelques heures par semaine à cette cause. « Il ne faut pas oublier une chose: on vit dans un pays en paix où on peut s'exprimer. »
Me Dominique-Anne Roy |
Spécialisée en droit du travail chez Grondin, Poudrier, Bernier depuis son assermentation en 1996, Me Dominique-Anne Roy, qui a remporté les honneurs dans la catégorie « Jeune talent », tenait à se pencher sur une problématique de femmes, nous a-t-elle expliqué au téléphone, entre deux rendez-vous. Et, avant tout, il lui semblait primordial de mettre en lumière une violation des droits de la personne peu connue du public.
Au cours de ses recherches, elle a été touchée par le sort réservé à certaines Bangladaises revendiquant l'exercice de droits fondamentaux. « Déjà, il y a le mariage forcé, la violence conjugale, l'analphabétisme et la pauvreté qui touchent fortement ces femmes », a-t-elle souligné. Mais, en plus, depuis quelques années, près de 200 cas d'attaques à l'acide contre la gent féminine sont recensés annuellement dans ce pays. Il n'est ici question que des crimes déclarés. « Ce qui a été un choc, c'est de voir à quel point ce phénomène-là n'était pas isolé. »
« L'actualité, dans toute son horreur, n'a jamais cessé de nous rappeler que les femmes sont trop souvent aux premières loges en matière d'atrocités: esclavage sexuel, infanticide, viol, infibulation et excision, violence sexuelle en temps de guerre. L'on peut très certainement ajouter à cette trop longue liste les attaques à l'acide », a-t-elle d'ailleurs lancé avec force dans la plaidoirie présentée en France, afin de bien marquer son indignation.
Elle s'est intéressée particulièrement au dossier d'une divorcée de 25 ans, Bulbuly Akhter, dont la vie a basculé le 8 janvier 2001. Cette dernière a refusé de se soumettre aux désirs sexuels de son ex-mari. Devant cet « affront », celui-ci s'est introduit, à la faveur de la nuit, dans le domicile de la jeune femme et l'a aspergé d'acide.
« La substance fait littéralement se dissoudre la chair, exposant souvent les os et allant même parfois jusqu'à les faire fondre à leur tour », a fait valoir au jury Me Roy, essayant de décrire l'horreur subie par Bulbuly Akhter. Sa poitrine, son dos et ses parties génitales portent à jamais la trace de cette basse vengeance.
Ce qui a encore plus surpris Me Roy lors de son enquête, notamment auprès de l'ambassade canadienne au Bangladesh, ce sont les raisons qui poussent des hommes à agir de la sorte. D'abord, le refus de se soumettre sexuellement ou de se marier à l'individu en question. Ensuite parce que la famille de la femme ne peut payer de dote ou parce qu'il y a des tensions au sein du couple. Finalement, pour des conflits territoriaux.
En participant au concours, donc en dénonçant cette pratique barbare, Me Roy a pu prendre conscience qu'elle pouvait donner un coup de pouce à la cause, ne serait-ce qu'en lui offrant de la visibilité. « Ça nous fait réaliser qu'on peut faire de petites choses chacun de notre côté. »
Une bonne façon, semble-t-il, d'élargir ses horizons. « On est souvent appelé, en droit du travail syndical, à défendre des salariés. Je passe mes journées à travailler sur des dossiers de violation des droits des salariés. (...) Mais là, c'est à l'autre opposé du spectre. »
1 La présidence avait été impartie à Boutros Boutros-Ghali, l'ancien secrétaire des Nations unies et secrétaire de l'Organisation internationale de la francophonie.
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