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Jusqu'où une firme de lobbying peut-elle aller?

Jeux d'influences

Louis Baribeau, avocat

Jusqu'où une firme de lobbying peut-elle aller? Peut-elle jusqu'à créer un scandale pour influencer l'opinion publique? », demandait la journaliste-animatrice Madeleine Poulin à la table ronde d'un récent colloque sur le lobbying d'affaires, organisé par la Chaire Stephen-Jarislowsky en gestion des affaires internationales de l'Université Laval.

« Monter une situation de crise, moi je n'ai jamais vu ça. Celui qui le fait ne mérite pas d'être dans notre profession », de répondre Me Rémi Bujold, vice-président de GPC International, une firme québécoise de consultants en relations publiques. « Bien sûr, on se sert de l'opinion publique. Par exemple, on va convoquer une conférence de presse pour marteler le gouvernement. Mais il faut que cela se fasse dans les règles, insiste Me Bujold. Nous, on a la décence d'aviser les politiciens avant [la conférence de presse] (...) C'est du savoir-vivre. »

Communications, relations publiques...

Même s'il fait du lobbying depuis 15 ans, l'ex-député et ministre Rémi Bujold évite l'expression « lobbyiste » pour décrire son travail. Comme ses confrères concurrents, il se dit consultant en relations publiques, en affaires publiques, en relations gouvernementales ou en communications. Sans doute par pudeur... considérant qu'une partie de l'opinion publique voit cette activité comme un obstacle à la démocratie. Certains vont même jusqu'à parler de trafic d'influence ou de patronage. « Quelqu'un a dit un jour en boutade: 'Le lobbying c'est un peu de droit, beaucoup de passe-droit' », a d'ailleurs rappelé Me Nicole Lacasse, titulaire de la Chaire Stephen-Jarislowsky.

Boutade ou réalité? « Les lobbyistes sont des professionnels qui influencent l'administration publique et politique pour adapter les législations et les politiques publiques à la réalité des affaires », explique Rémi Bujold. Selon lui, les décideurs ne connaissent pas tous les enjeux d'affaires ou sociaux au moment de faire des réformes législatives ou administratives. Ils sont bien contents, dit-il, de pouvoir compter sur les lobbyistes pour les éclairer.

Une vision que ne partage pas nécessairement Michel Clamen, professeur à l'Institut catholique de Paris et lobbyiste. Pour lui, le lobbying s'arrête là où commencent les intérêts individuels. Ainsi, faire entrer une personne dans l'administration publique ce n'est pas du lobby, c'est du « piston », dit-il en substance.

Pour Terry Carr, vice-présidente aux affaires législatives chez Edelman Public Relations Worldwide aux États-Unis, faire du lobbying c'est d'abord influencer le législateur. Influencer par différents moyens. « Le lobbyiste n'est pas seulement quelqu'un qui a un carnet d'adresses bien rempli et qui prend des rendez-vous pour dîner avec des politiciens ou des fonctionnaires responsables des dossiers, dit-il. C'est quelqu'un qui utilise les sondages d'opinions, les campagnes médiatiques, les campagnes de financement, les pétitions ou les envois de lettres ou de courriels, les campagnes de fax et les appels téléphoniques. (...) À Washington, les politiciens ne sont pas tenus de suivre une ligne de parti et le rôle des lobbyistes est de les convaincre un par un. »

Le lobbying et l'argent

Dans l'imagerie populaire, le lobbying est souvent associé à l'argent des multinationales. Mais il y a de plus en plus de groupes de pression, avec des revendications sociales, qui font du lobbying. L'activité touche maintenant différentes organisations.

« Mais celui qui a le plus d'argent ne va-t-il pas mieux se faire entendre? », demande Madeleine Poulin aux invités.

Michel Clamen ne pense pas que l'influence puisse s'acheter. « L'argent achète l'accès, mais pas nécessairement le vote », prend-t-il soin de préciser.

Et là où il y a de l'inégalité, lorsque la disproportion des moyens est très grande, on peut réfléchir sur des façons de ménager un accès rapide pour entendre ce client, ajoute Me Nicole Lacasse. « Comme devant les tribunaux, les juges savent qu'il y a des avocats meilleurs que d'autres, mais ça ne veut pas dire que la cause d'un client doit l'emporter à cause de son avocat.. On va seulement prendre nos recommandations en considération ».

On ne s'improvise plus lobbyiste

La profession est en train de se structurer. À compter de septembre, l'Université Laval offrira des cours de lobbying dans un programme de Diplôme d'études supérieures en affaires publiques et représentation d'intérêts. On ne s'improvise plus lobbyiste comme autrefois. « À tous les changements de gouvernement, des organisateurs politiques viennent voir des gens et disent: 'je vais t'arranger cela'. Si on vous fait cette proposition, allez voir ailleurs. Nous ne sommes pas des fixers », de dire Rémi Bujold.

Avant d'accepter un dossier, trois questions doivent être posées: premièrement, le dossier est-il acceptable pour l'administration? Deuxièmement, est-il politiquement défendable par un ministre devant le conseil des ministres et en chambre? Et troisièmement, le dossier est-il publiquement vendable?

L'idéal est de commencer le travail de lobbying au début du développement des politiques, explique Me Bujold. Le lobbyiste peut alors utiliser différentes approches pour sensibiliser les médias, qui jouent un rôle majeur dans la formulation des politiques au gouvernement. « Actuellement, les deux formations politiques au Québec préparent des élections. C'est le meilleur temps pour nos clients de rencontrer les politiciens. »

Les lobbyistes suivent leur dossier au jour le jour et à mesure que le dossier change de main, ils font des représentations pour que le dossier soit traité en priorité, utilisant des arguments objectifs plutôt que subjectifs pour démontrer l'importance du projet dans la communauté.

Et ce n'est finalement qu'en chambre que les résultats des efforts sont connus.

 

 
 

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