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De La Haye à New York, en passant par Genève, où sont établis de nombreux sièges sociaux d'organismes internationaux de justice, le droit se mondialise. Au cœur de cette mondialisation: les droits de l'homme ou le droit humanitaire occupent plus que jamais une place prépondérante. Jeune avocat, Bernard Duhaime en sait quelque chose. Depuis mars dernier, il est lui-même clerc à la Commission interaméricaine des droits de l'homme. Un défi auquel son parcours hors du commun l'avait préparé.
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Calme et impassible, le jeune avocat de 28 ans avoue humblement ne jamais avoir rêvé occuper de telles fonctions lors de son entrée dans la profession. En fait, il admet être lui-même surpris du chemin qu'il a parcouru depuis le début de ses études en droit à l'Université McGill de Montréal. « Ce que je fais est très intéressant, mais ce n'est pas du tout ce que j'entrevoyais lorsque j'ai amorcé mes études de droit. J'étais intéressé par le litige et les relations internationales, mais je n'ai jamais vraiment rêvé de quelque chose comme je fais en ce moment. Les événements m'y ont amené malgré moi. »
Étudiant au collégial, c'est d'abord l'histoire qui intéresse Bernard Duhaime. Il complètera une formation dans ce domaine au niveau universitaire avant de se découvrir une nouvelle passion: les relations internationales. De fil en aiguille son nouveau champ d'intérêt le mène à l'étude du droit, puis du droit international en particulier. Une spécialisation qui le séduit par son aspect non conventionnel. « Le droit international est un domaine difficile. On ne prend pas simplement un code que l'on applique. Il faut faire un peu de recherche. Il faut faire du droit comparé et avoir recours à des sources qui sont moins utilisées normalement en droit. C'est exigeant, mais en même temps très enrichissant parce que non conventionnel. »
La suite de l'histoire a des allures de conte de fée pour bon nombre d'étudiants en droit et même d'avocats. Sur invitation du Barreau du Québec, qui désirait placer des clercs auprès de certains avocats canadiens travaillant au Tribunal pénal international de l'ex-Yougoslavie, il dépose sa candidature pour un poste de stagiaire. La démarche s'avère fructueuse. À peine a-t-il terminé son passage à l'École du Barreau que déjà il s'envole pour les Pays-Bas où il passera six mois. « J'ai adoré mon expérience là-bas. J'ai touché un peu à tout ce que le tribunal fait, surtout en ce qui a trait au droit substantif. J'ai eu de la chance de travailler avec un avocat qui était assigné au bureau des conseillers juridiques, c'est-à-dire les avocats qui aident les équipes de procès en droit humanitaire et en droit international public. J'ai pu travailler sur des dossiers assez variés, mais surtout sur les questions de droits de la conduite des hostilités et du droit relatif aux génocides. »
Pour Bernard Duhaime, il ne s'agit pas d'une première expérience outre-frontière. Amoureux des langues et des cultures étrangères, son carnet de voyage est déjà bien rempli. Étudiant en droit, deux premiers stages le mènent au Costa Rica, au Guatemala et en Suisse. L'un auprès d'une organisation non gouvernementale canadienne, Droit et Démocratie, et l'autre au siège social même de l'Organisation internationale du travail à Genève. Embauché comme consultant par Droit et Démocratie au terme de son stage au Guatemala, l'organisme profitera aussi de son séjour à Genève pour lui demander de le représenter dans les différents forums des Nations unies. « J'étais un peu comme leurs yeux et leurs oreilles. J'ai participé entre autres aux rencontres préparatoires de la Conférence internationale sur la discrimination et le racisme qui eu lieu à Durben plus tard. C'était passionnant. »
Fort de ses expériences, il commence au courant de l'année 2000 une maîtrise en droit à l'Université Notre-Dame aux États-Unis et fait à nouveau une rencontre décisive. Directeur du Centre des droits civils et des droits de l'homme et professeur à la Faculté de droit de l'université, Juan Mendes remarque rapidement l'étudiant québécois. Son cheminement pour le moins particulier et le fait qu'il parle quatre langues intriguent. Commissaire, puis président de la Commission interaméricaine des droits de l'homme, Mendes offre au nouveau diplômé de venir travailler pendant un an comme clerc à la Commission. Le défi est imposant. Le champ de travail intéressant. Bernard Duhaime accepte l'invitation.
Peu connue, la Commission interaméricaine des droits de l'homme existe pourtant depuis plusieurs années. Essentiellement, on y reçoit des requêtes de la part d'individus qui se plaignent de violation des droits de l'homme dans leur État, soit en vertu de la Convention américaine des droits de l'homme, qui est en fait un traité multilatéral relatif aux droits de l'homme dans toutes les Amériques ou encore, en vertu de la Déclaration interaméricaine des droits de l'homme. « En général, les individus peuvent faire appel à notre Commission lorsqu'ils ont épuisé les recours domestiques dans leurs États respectifs. La Commission évalue alors l'admissibilité de la requête, si elle la juge recevable, elle peut ensuite demander plus d'information à l'État concerné après quoi, un processus quasi judiciaire s'enclenche avec présentation de preuves et puis, éventuellement, un rapport de la Commission qui comprend une série de recommandations. »
Au quotidien, Bernard Duhaime travaille auprès d'un avocat canadien chargé de traiter les demandes en provenance de la Jamaïque, de Trinité Tabogo et des États-Unis. Il prépare les rapports de la Commission, évalue les requêtes et les demandes de mesures provisoires qui peuvent être déposées. Récemment, il émettait une demande de mesure provisoire pour les célèbres détenus de Guantanamo Bay à Cuba et demandait, dans la même foulée, aux États-Unis de déterminer le statut des détenus en ayant recours à un tribunal compétent avant d'imposer quelle que sanction que ce soit.
Difficile d'espérer travail plus stimulant? Bernard Duhaime en convient, mais ajoute cependant du même souffle que l'aventure est extrêmement exigeante. « C'est intéressant et Washington est une ville très dynamique, mais en même temps c'est un choix de vie un peu difficile, qui exige beaucoup de mobilité. J'ai toujours aimé voyager, je suis curieux et je suis intéressé par les autres pays, mais ça fait parfois une vie décousue. Pour le moment je peux le faire parce que je suis jeune et que j'ai l'énergie qu'il faut, mais je ne crois pas que l'on puisse faire ça toute sa vie. On verra bien. Je ne sais pas où je serai dans cinq ans. Je viens tout juste d'arriver et je vais me donner à fond dans ce que je fais. Pour le moment c'est tout ce qui compte. »
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